© Steve Dietl/Netflix

De The Haunting of Hill House à The Terror, les meilleures (et les pires) séries d’horreur de 2018

L’année sérielle 2018 a été marquée par un essor impressionnant de séries horrifiques bien décidées à détrôner American Horror Story. Voici les grands crus (et les flops) sélectionnés par Biiinge, pour les retardataires ou les sériephiles qui seraient passés à côté de ces petites pépites flippantes.

Les tops

The Terror, saison 1

© Aidan Monaghan/AMC

En 1845, les capitaines Sir John Franklin (Ciarán Hinds, Game of Thrones) et Francis Crozier (Jared Harris, The Crown) sont commissionnés par la Royal Navy pour ouvrir le passage du Nord-Ouest, une voie commerciale située au nord du Canada, qui permet aujourd’hui aux navires de joindre l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Au cours de cette dangereuse traversée, dans une région quasi inhabitée par l’homme, leurs deux navires se retrouvent pris au piège des glaces hivernales. Immobilisés, Franklin, Crozier et leurs équipages vont devoir survivre pendant de longs mois à la famine, aux maladies comme le scorbut et à une créature inquiétante qui rôde sur ces terres froides et désolées.

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Ce récit horrifique, adapté d’un roman fantastique de Dan Simmons, lui-même inspiré par l’histoire vraie de l’expédition Franklin, est horrifique de bout en bout. The Terror est un habile mélange entre drame historique, slow burner et série de genre ultra-immersive. Les décors et la photo sont sublimes, soutenus par une mise en scène intimiste qui se concentre sur les comportements de tous ces hommes victimes d’aliénation et cernés par un monstre menaçant, interprétés par un cast excellent. Les thématiques abordées, dont le cannibalisme dans des cas de survie, dérangent au plus haut point. The Terror, c’est donc dix heures d’angoisse difficilement soutenables sur les perversions de la masculinité, dont on ressort profondément bouleversé.

En France, la première saison de The Terror est disponible en intégralité sur Amazon Prime Vidéo.

Ghoul, mini-série

© Netflix

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L’officière de l’armée Nida Rahim (Radhika Apte, héroïne badass à chemin entre Ellen Ripley et Michonne) évolue dans une société indienne fasciste, dirigée par un régime autoritaire qui réfrène la liberté d’expression et glorifie ses fidèles. Le jour où elle dénonce son père, qui possède des livres interdits par le gouvernement, Nida est promue au poste d’interrogatrice dans une prison de haute sécurité. Là, elle est en charge d’interroger Ali Saeed, un terroriste craint par le monde entier. Rapidement, Nida et les membres du pénitencier découvrent avec effroi que le criminel est possédé par un Djinn, une créature démoniaque qui n’aura de cesse de tuer tant que son invocateur ne l’aura pas renvoyé en enfer.

Après Le Seigneur de Bombay, Ghoul est la seconde fiction originale de Netflix, avec une sacrée entrée en matière pour cette production signée Blumhouse. En seulement trois épisodes, la mini-série parvient à créer un univers dystopique crédible et prenant, où intervient un phénomène surnaturel particulièrement flippant. Si la mise en scène manque un peu d’originalité (des jump scares à toutes les sauces), la mythologie du show, qui puise dans le folklore oriental, est captivante.

Entre huit clos angoissant et thriller crado, Ghoul est une petite pépite surprise qui aurait mérité quelques épisodes supplémentaires pour donner un peu plus de matière à son propos politique. Patrick Graham, le créateur et réalisateur de la mini-série, voulait en réalité faire de Ghoul un film en trois parties qu’il a dû réduire pour Netflix. Mission réussie, on en fait encore des cauchemars la nuit.

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En France, les trois épisodes de Ghoul sont disponibles en intégralité sur Netflix.

The Haunting of Hill House, saison 1

© Steve Dietl/Netflix

Les enfants de la famille Crain ont grandi dans une maison hantée, le manoir des Hill, qui les a laissés traumatisés après la mort de leur mère dans ces murs. Une mort brutale dont ils ne savent s’il s’agit d’un suicide suite à une démence ou si des fantômes ont pris possession de son esprit. Des années plus tard, Steven, Luke, Theo, Shirley et Nell tentent tant bien que mal de faire leur deuil mais les âmes damnées prisonnières de la mystérieuse bâtisse continuent de les obséder.

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Beau, poétique, tragique, virtuose… On ressort des dix épisodes de The Haunting of Hill House plus émus que terrifiés. Le réalisateur Mike Flanagan a envisagé chaque personnage du show comme une étape du deuil à surmonter. Passé maître dans l’art de construire des ambiances horrifiques, il pousse ici le souci du détail jusqu’à dissimuler des spectres dans ses plans, transformant son œuvre en une mise en abime transcendante. Brillante série d’épouvante et drame intimiste plein d’humanité, The Haunting of Hill House est très clairement l’une des meilleures séries de 2018.

En France, la première saison de The Haunting of Hill House est disponible en intégralité sur Netflix.

Les Nouvelles Aventures de Sabrina, saison 1

© Netflix

À l’aube de ses seize ans, la jeune orpheline Sabrina Spellman, qui vit chez ses deux tantes et son cousin, va devoir faire un choix impossible : se plier à la tradition des rites occultes et renoncer à sa part d’humanité, ou protéger ses ami·e·s au risque de fâcher les sorcières et sorciers de son clan.

En général, les œuvres fantastiques rivalisent de métaphores pour symboliser le passage à l’âge adulte en mode "ton corps change, ce n’est pas sale" (par exemple, les garçons, au moment de la puberté, peuvent s’identifier au loup-garou qui se transforme en bête enragée et pleine de poils). Pour notre héroïne, c’est le sabbat qui marque ce changement, quand elle souffle sa seizième bougie.

Mais en bonne petite graine de féministe, et parce qu’elle aime vraiment beaucoup ses amies et son boyfriend humain·e·s, Sabrina ne saute pas de joie à l’idée de donner son âme (et son corps) au Diable. Avec ce remake gothique, impertinent et à l’esthétique délicieusement rétro, la jeune sorcière a réussi son come-back !

La première saison des Nouvelles Aventures de Sabrina est disponible en intégralité sur Netflix, et la plateforme nous concocte un épisode spécial pour Noël.

Channel Zero, saison 4

© Syfy

Tom et Jillian, tout juste mariés, vivent le parfait amour dans leur nouvelle maison, jusqu’au moment où Jillian commence à soupçonner son mari de mener une double vie avec une autre femme. En plein travaux de rénovation, le couple découvre au sous-sol une porte qui ne devrait pas se trouver là et qui refuse de s’ouvrir malgré leurs efforts pour la faire céder. Ce qu’elle renferme finira pourtant par s’en échapper…

Avec cette saison 4 reprenant le nom de la creepypasta qui l’a inspirée, The Dream Door revient aux sources de Channel Zero : un récit où la frontière entre le réel et le rêve (pour ne pas dire le cauchemar) est particulièrement floue. Elle offre ici une relecture du mythe du Golem, avec pour héroïne une femme en colère. Le tour de force de cette série est, une fois de plus, de distordre notre perception de l’horreur et de l’ordinaire.

Rien ne colle avec le "monstre" de cette saison, son visage étrange, son sourire enfantin, en passant par sa façon désarticulée de se mouvoir et sa folie sanguinaire… C’est ce qui le rend d’ailleurs si parfait pour cette série où le malaise est perceptible dans chaque scène du récit. Channel Zero, par son approche plus sensorielle et artistique que les autres fictions du genre, se place une nouvelle fois au-dessus du lot.

En France, The Dream Door, la saison 4 de Channel Zero, est diffusée depuis le 30 octobre, chaque mardi à 22h35 sur SYFY France.

Les flops

Castle Rock, saison 1

© Patrick Harbron/Hulu

Dans la petite bourgade de Castle Rock, dans le Maine, le personnel de la prison de Shawshank se réveille un jour avec un sérieux mal de crâne : le directeur de l’établissement s’est suicidé et, au même moment, l’un des gardes découvre un mystérieux jeune homme dans une aile abandonnée. L’arrivée inexpliquée de ce dernier semble être liée à une succession de phénomènes troublants qui se sont produits dans la ville.

Sur le papier, ce patchwork des œuvres de Stephen King avait tout pour plaire. Une ambiance glauque à souhait, une foule de références, un casting aux petits oignons… Pourtant, Castle Rock se complaît dans l’hommage et se regarde beaucoup trop le nombril pour véritablement captiver son public. D’une lenteur abyssale, le moindre twist ne se savoure pas mais s’endure ! Compte tenu des attentes énormes que suscitait Castle Rock, la déception est grande.

En France, la première saison de Castle Rock est disponible en intégralité sur myCANAL.

The Purge, saison 1

© USA Network

Cette série propose de suivre la trajectoire de plusieurs personnages au cours de la nuit de la Purge, instituée par le gouvernement pour permettre à ses citoyens de libérer leurs pulsions et de commettre tous les crimes sans être condamnés. Ces derniers vont-ils affronter la soirée de l’horreur, se barricader chez eux, engager des mercenaires pour faire le sale boulot ou se défouler sur des inconnus ? Un peu de tout ça, mais surtout beaucoup de n’importe quoi.

Après quatre longs-métrages, la franchise American Nightmare commence à épuiser son concept. Mais comme le spin-off en série est tendance, Blumhouse a décidé de transposer son bébé sur le petit écran. Mauvaise idée : le récit de cette nuit d’horreur en dix épisodes se révèle longuet, inintéressant et parsemé de clichés. Les personnages insipides et le manque de budget flagrant n’aident pas à faire remonter le niveau. On n’attendait pas grand-chose de ce show plus somnolent que flippant mais le constat est là : la purge est à prendre au premier degré. Ce qui n’a pas empêché USA Network d’en commander une nouvelle saison…

En France, la première saison de The Purge est disponible sur Amazon Prime Vidéo.

Into the Dark, saison 1

© Aaron Epstein/Hulu

Into the Dark est une anthologie horrifique au concept original. La saison est composée de douze épisodes qui sortiront tout au long de l’année à raison d’un épisode par mois. Chaque histoire s’inspire d’une célébration mensuelle, dont Halloween et Thanksgiving, sujets des deux premiers épisodes. Noël, le Nouvel An, la Saint-Valentin ou encore Pâques seront exploitées prochainement.

Après deux épisodes en demi-teinte, on peut quasiment confirmer le fait qu’Hulu a gâché son concept pourtant intrigant. La faute à des récits peu inspirés, trop longs (le format d’1h30 fait du tort à la série) et surtout complètement désincarnés. On cherche encore les éléments censés nous faire peur, surtout après le rendu de mauvaise série B du pilote. Le deuxième épisode, un huis clos survivaliste qui aborde l’agoraphobie, remonte un peu le niveau mais Into the Dark ne mérite pas (encore) d’entrer dans la catégorie des bonnes séries d’horreur.

En France, la première saison d’Into the Dark reste inédite.

Light as a Feather, saison 1

© Hulu

Chaque année, cinq adolescentes se donnent rendez-vous dans un cimetière le soir d’Halloween. Conformément à leur tradition, elles se racontent des histoires d’horreur et relèvent des défis pour pimenter leur soirée. Ces dernières ne se doutent pas qu’une véritable entité démoniaque s’est dissimulée parmi elle et que leur prochain jeu, "Light as a feather, stiff as a board", déterminera le sort qui les attend lors de leur trépas.

Remake officieux de la saga Destination finale, Light as a Feather est au mieux un plaisir coupable bien cheap, au pire une bouse sans nom vue et revue. Jeu d’acteur inexistant, scénario bancal, effets spéciaux conçus sur Windows 95, mise en scène des accidents impersonnelle… La série enchaîne les faux pas, au point d’en devenir plus ridicule qu’horrifique. Au final, Light as a Feather est aussi insipide que les jeux de ses protagonistes, condamnées à mourir dans des souffrances atrocement soporifiques.

En France, la première saison de Light as a Feather reste inédite.

Cet article a été coécrit avec Delphine Rivet.

Par Adrien Delage, publié le 18/12/2018

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