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Qui était le véritable Oswald Mosley, le nouvel antagoniste des Peaky Blinders ?

L'adversaire politique de Tommy était également un leader fasciste dans la vraie vie, qui a reçu Hitler pour son deuxième mariage.

Darby Sabini, Tatiana Petrovna, le prêtre Hughes, Luca Changretta, Alfie Solomons… Au cours de leur prise de pouvoir sur Birmingham, Tommy et sa fratrie ont affronté des adversaires coriaces et impitoyables. Si le leader des Shelby est toujours parvenu à trouver leurs failles pour les vaincre, il est tombé sur un antagoniste de premier choix dans la saison 5. Entre l’IRA et les Billy Boys, la gloire des Peaky Blinders se joue maintenant dans les hautes sphères du gouvernement britannique, où sévissent des ordures souvent pires que les bandits de grands chemins.

À la Chambre des Lords, Tommy a fait la rencontre d’un aristocrate énigmatique et charismatique : Oswald Mosley, incarné avec brio par Sam Claflin (Hunger Games). Le politicien a rapidement tenté de le séduire, en lui promettant un poste de choix dans son parti fasciste. Mais Mosley ignorait qu’il était en train de prêcher un socialiste convaincu, pas franchement attiré par la haine des juifs et les mouvements autoritaires en provenance d’Italie et d’Allemagne. Si l’affrontement intense entre les deux députés est une invention de Steven Knight pour la série, Oswald Mosley a véritablement existé au XXe siècle et il incarnait une menace dictatoriale et antisémite qui a fait trembler l’Angleterre.

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De la campagne des Midlands à l’Inde de Gandhi

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Oswald Mosley Jr. est né un jour grisâtre de novembre 1896, dans le quartier de Mayfair, à Londres. Il est issu d’une lignée de la gentry, la noblesse non-titrée du Royaume-Uni, et est élevé dans un cadre strict et autoritaire. Son père, un baronet, est régulièrement ivre et l’emmène à la chasse. En 1900, les parents de Mosley divorcent par une séparation des corps et le futur politicien part s’installer avec sa mère et son grand-père dans le Shropshire. Il développe alors d’excellentes capacités sportives, notamment pour le sabre en escrime.

En 1914, il s’engage à l’armée mais est expulsé seulement quelques mois plus tard après des comportements d’insubordination et d’indiscipline. Finalement, avec la Première Guerre mondiale qui éclate pendant l’été, il est rappelé dans le 16e régiment de cavalerie et part s’entraîner en Irlande. Par la suite, il s’engage dans le Royal Flying Corps, l’ancêtre de la Royal Air Force, où il espère obtenir son brevet de pilote. Mais un an plus tard, au cours d’un vol improvisé pour impressionner sa mère et sa sœur, il s’écrase et se blesse grièvement à la jambe.

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Malgré ce handicap, il retourne au combat, notamment lors de la bataille d’Ypres, avant d’être rapatrié en Angleterre pour soigner son entaille. Finalement, sa jambe est amputée de quelques centimètres, ce qui l’obligera à porter des chaussures orthopédiques pour le reste de sa vie.

Mosley finira sa carrière militaire en restant derrière un bureau jusqu’en 1920, à travailler pour le ministère des Affaires étrangères, où il commence à s’intéresser aux femmes et côtoie des hautes sphères politiques. De 1918 à 1924, il est le député de la circonscription de Harrow. Il finit par se marier avec la fille du ministre George Curzon, Lady Cynthia. Les deux époux partent alors en Inde, où une rencontre exceptionnelle va changer la vie de Mosley.

Oswald Mosley et sa femme, Lady Cynthia Curzon. (Ⓒ Express)

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Du Sri Lanka à Calcutta en passant par Madras (devenue Chennai en 1996), Mosley se passionne pour les paysages et la culture de l’Inde. Il y fait la rencontre de plusieurs chefs du Raj britannique et finit même par croiser Gandhi lors d’une conférence donnée par le guide spirituel, dont il saluera l’intelligence. À son retour en Angleterre en 1924, il décide de quitter le parti conservateur pour passer chez l’opposition, le parti travailliste.

Lors des élections des députés britanniques en octobre, Mosley relève un pari fou : battre Neville Chamberlain, l’héritier d’une riche famille d’aristocrates à la tête de la circonscription de Ladywood (à Birmingham) depuis 70 ans. Il perd de peu et retourne en Inde pour écrire ses premiers essais sur la révolution travailliste. Il devra finalement patienter jusqu’en 1927 pour revenir au Parlement, avant d’être fait Chancelier du duché de Lancaster pour une durée d’un an. Là, il décide de fonder son propre parti politique, The New Party, qui essuiera une cuisante défaite aux élections générales de 1931.

Mais dans l’esprit de Mosley, ces multiples échecs n’en sont pas. En effet, depuis le début des Années folles et son premier mariage, il est devenu une personnalité emblématique de Birmingham, si bien que son nom est connu de toute l’Angleterre. Son comportement impétueux mais brave pendant la Grande Guerre lui a valu la reconnaissance de ses pairs, ce qui lui a valu d’être élu député pour la première fois à seulement 22 ans. Il est ami avec Churchill, se remarie avec la fille d’un comte à la mort de Lady Cynthia et se fait la voix du peuple, notamment en attirant dans son parti des personnalités appréciées tel que le boxeur Ted Lewis.

Mussolini et l’Union des fascistes britanniques

Ⓒ History Extra/BBC

Cependant, avec cette énième défaite, le New Party est fragilisé de l’intérieur et finit par éclater lors de la Grande Dépression. Mosley encaissera cet échec avec beaucoup d’amertume et décidera de voyager afin d’étudier les nouveaux mouvements politiques européens. En janvier 1932, il se rend à Rome pour rencontrer Benito Mussolini, alors Premier ministre d’Italie, et ses partisans, qui l’accueillent à coups de parades et autres saluts fascistes.

Pour Mosley, c’est la révélation. À son retour en Angleterre, il est convaincu que la société anglaise doit tendre vers cette forme de gouvernement autoritaire. À la fin de l’année, il dissout le New Party et monte un nouveau bloc politique, cette fois ouvertement anticommuniste et protectionniste : l’Union des fascistes britanniques (British Union of Fascists). Avec ce parti sur-mesure, Mosley s’attire l’attention des médias et des opposants. En cause, ses discours houleux, son appel à l’usage de la violence et ses propos politiques qui s’orientent vers le nationalisme.

Grâce au soutien financier de Mussolini, le parti de Mosley grossit très rapidement. Il multiplie les essais sur le fascisme, mais reste pour le moment éloigné des propos antisémites du nazisme. Il crée toutefois un symbole fort, un éclair blanc sur un drapeau rouge, pour rallier ses troupes et se met dans la poche le Daily Mail et le Daily Mirror, qui publient ses tribunes et lui apportent une certaine crédibilité auprès du peuple.

À l’été 1934, le BUF possède un siège, un hebdomadaire, plus de 40 000 adhérents et même une milice : les "chemises noires" (blackshirts), qui lui servent de protection rapprochée lors de ses apparitions publiques. Mais en 1935, le parti prend un virage radical. Mosley se remarie en secret avec sa maîtresse Diana Mitford chez Joseph Goebbels, un proche de la famille, en présence… d’Adolf Hitler, récemment élu Führer du Reich allemand. Le leader du BUF est fasciné par le personnage, qui le félicite plusieurs fois pour son parti et sa nouvelle épouse, et finit par adhérer aux théories nazies.

Du jour au lendemain, le discours de Mosley change. Ses discours deviennent ouvertement antisémites, et ses chemises noires s’attaquent violemment aux Juifs et aux communistes dans les rues de Birmingham. Il s’attire également les services d’Unity Mitford, sa belle-sœur, décrite dans les livres d’histoire comme une "hitlériste déchaînée" et une intime du Führer. Avec le soutien des deux plus puissants dictateurs d’Europe, Mosley se sent intouchable, malgré les espions du MI5 qui le suivent à la trace.

Au cours de cette période noire, deux gros incidents surviennent pendant ses prises de parole. D’abord à l’Olympia de Londres, où Mosley lâche ses chemises noires contre la foule, entraînant une émeute impressionnante. Peu de temps après, il se rend dans la partie est de la capitale et organise une parade fasciste dans une rue connue pour être une zone juive. Cet événement, rebaptisé "Bataille de Cable Street", donna lieu à un véritable affrontement entre les 7 000 blackshirts et les 100 000 antifascistes présents sur place.

Après ce drame, le gouvernement britannique prend des mesures drastiques contre Oswald Mosley. Il vote le Public Order Act, qui interdit le port d’uniformes politiques dans un lieu public (et démantèle donc les chemises noires) et le leader du BUF se voit interdit de lancer de nouvelles parades dans tout le Royaume-Uni. Cette loi ainsi que le début de la Seconde Guerre mondiale marqueront le déclin de son parti fasciste, avant que Mosley ne soit blacklisté puis enfermé à la demande du Premier ministre de l’époque, son ancien ami Winston Churchill.

Oswald Mosley fut relâché en 1943 et en profita pour relancer le BUF sous l’appellation de l’Union Movement, un parti toujours fasciste mais qui n’était plus antisémite. Après la guerre, il s’est retiré dans le Temple de la Gloire à Orsay, en France, et a continué à être mêlé aux scènes néofascistes espagnole et portugaise, aux négationnistes et aux Teddy Boys racistes.

En 1977, neuf ans après avoir écrit son autobiographie, Mosley découvre qu’il est atteint de la maladie de Parkinson, qui aura finalement raison de lui en décembre 1980. À ses funérailles, son fils Alexander confiera qu’aucune lettre insultante ne figurait parmi les condoléances, car "Tout ça, s’était passé il y a très longtemps". Oswald Mosley ne s’est pourtant jamais repenti pour ses actes violents et antisémites.

Les 5 saisons de Peaky Blinders sont disponibles en intégralité sur Netflix.

Par Adrien Delage, publié le 08/10/2019

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