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Fiona a quitté Shameless, et elle va nous manquer

Après neuf saisons, une page se tourne tandis que l'aînée du clan Gallagher prend son envol du nid familial.

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Chers aficionados de Shameless, l’heure est au changement. À compter de ce dimanche 10 mars 2019, nous entrons frileusement dans une ère post-Fiona puisque, comme on avait pu l’apprendre il y a quelques mois, l’excellente Emmy Rossum s’en est enfin allée vers d’autres horizons. Oui, après neuf saisons, l’aînée de la famille est fin prête à quitter son South Side natal pour voler de ses propres ailes, loin des déboires dans lesquels sa fratrie semble constamment l’entraîner. La relève étant assurée, Fiona peut enfin être l’électron libre qu’elle avait toujours le potentiel de devenir.

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C’est à travers pas moins de 110 épisodes que l’on a pu scruter les moindres faits et gestes de Fiona Gallagher. Une figure maternelle improvisée et contre son gré. Une amante passionnée, parfois extrême. Une bosseuse acharnée et pleine de ressources. Au fil de la série, la grande sœur du clan Gallagher aura revêtu plusieurs casquettes, certaines lui allant mieux que d’autres. Mais s’il y a bien une chose qui ne laisse aucune place au doute, c’est que Fiona est le personnage le plus riche de tout Shameless… voire son meilleur, n’en déplaise à ses nombreux·ses détracteur·rice·s.

En soi, on peut saisir pourquoi Fiona ne fait pas l’unanimité. Elle peut passer pour une égoïste uniquement intéressée par l’appât du gain : c’est ce que son frère, Ian, lui a reproché dans les dernières saisons diffusées. Elle a parfois des décisions incohérentes, voire totalement irréfléchies, comme son mariage impulsif avec Gus en saison 5. Il y a aussi toutes les fois où, sous couvert de son âge, elle a essayé d’asseoir son autorité sur ses frères et sœur avec une condescendance à peine camouflée. Tous ces supposés défauts en sont-ils, au bout du compte ? Ça reste à débattre.

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Pour apprécier Fiona en tant que personne plus encore qu’en tant que personnage, il faut d’abord considérer sa situation dans son ensemble. C’est à 16 ans, en pleine puberté, qu’elle a écopé d’un rôle parental, contrainte de prendre soin de sa famille après le départ de Monica et, surtout, la quasi-absence de Frank qui a préféré la boisson à l’éducation de ses rejetons. En somme, donc, Fiona n’a pas eu d’adolescence à proprement parler, en plus de devoir encaisser l’abandon de ses deux géniteurs.

Sa relation, tantôt explosive, tantôt inexistante, avec ses parents est l’explication première de son comportement. Ses idylles naissantes avec la gent masculine se sont souvent soldées par des décisions douteuses et des échecs cuisants. Pourquoi ? Il y a le facteur hasard, pour sûr, qui l’a poussée à tomber sur des mecs pas franchement recommandables (Jimmy, menteur notoire, en est un bon exemple). Mais on a surtout envie de souligner l’impact nocif de ses parents. L’approche qu’a Fiona de l’amour est le reflet de ce qu’elle a appris à travers Frank et Monica, dont la relation est fondée sur un profond manque de communication et sur une tendance à l’autodestruction.

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Le pire dans tout ça, c’est que Fiona en a conscience. Ce n’est pas pour rien que, dès la saison 7, elle se donne corps et âme sur le plan professionnel, cumulant diverses entreprises (le diner, la laverie, le building qu’elle met en location…) à gérer en parallèle. À travers ces initiatives, Fiona cherche un épanouissement qui soit autre que sentimental, mais est aussi en quête d’émancipation, envisageant un futur où elle n’aurait plus toutes ses responsabilités de pseudo-mère de famille. C’est un moyen pour elle de fuir le déterminisme social qui semble chercher à la happer, où qu’elle aille et quoi qu’elle fasse.

Car au fond, Fiona n’a jamais voulu se distancier de ses frères et sœur. Elle les aime, c’est une évidence. En revanche, il y a deux choses qu’elle a toujours, consciemment ou non, refusées : d’une part, son milieu socio-économique. On se rappelle, lors des premières saisons, de sa relation avec Mike, son boss chez World Wide Cup (un des rares jobs corporate que Fiona ait eu) à la saison 4. Avec lui, sans pour autant renier ses origines "white trash", elle visualisait un autre mode de vie, loin des factures impayées et des fins de mois en dèche totale. C’était pour elle un moyen de prétendre qu’elle appartenait à une autre classe sociale que la sienne, mais elle est vite revenue à la réalité.

La seconde chose que Fiona veut éviter par-dessus tout, c’est de ressembler à son père. Leur relation, complexe au possible, est basée sur une animosité palpable mais aussi sur un amour partagé, sensible à travers les non-dits. Pour autant, Fiona ne veut pas marcher dans les pas de Frank. C’est d’ailleurs en sombrant petit à petit dans l’alcool, après une accumulation de choix de vie désastreux, que Fiona prend conscience qu’elle devient comme lui, en pire. Frank lui fait d’ailleurs remarquer, c’est dire. Puis, elle a un déclic, impulsé par Lip notamment mais aussi par elle-même. Fiona refuse de céder à une certaine fatalité héréditaire, ce qui la pousse à prendre une décision drastique : partir, loin et seule.

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Somme toute, même si Shameless n’aura plus la même saveur sans elle, Fiona Gallagher se doit de prendre, enfin, ses cliques et ses claques pour aller explorer le reste du globe. C’est la suite logique des choses : elle a donné ce qu’elle avait à donner (essentiellement à sa famille), elle a pris ce qu’elle avait à prendre (de la maturité, des leçons de vie). Les neuf saisons durant lesquelles on l’a vue évoluer auront été des années formatrices pour Fiona, qui est désormais parée pour aller découvrir un ailleurs peut-être plus radieux, et c’est tout ce qu’on peut lui souhaiter.

Au fil du temps, on aurait pu croire que Fiona était définie par le monde qui l’entoure. Par sa famille, par ses jobs alimentaires, par ses relations amoureuses et les hommes qui ont été de passage dans ses draps. Mais en fin de compte, Fiona s’est toujours définie par elle-même et par son aptitude à toujours retomber sur ses pattes pour mieux se relever et aller de l’avant. Le personnage de Fiona Gallagher n’est pas exempt de défauts, c’est sûr. Mais ce fut probablement l’un des plus aboutis et des mieux incarnés (merci Emmy Rossum) du petit écran.

Par Florian Ques, publié le 11/03/2019

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