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De Freaks and Geeks à Sex Education, les 10 meilleures séries ados

Publié le

par Marion Olité

Parce qu'il faut bien faire un tri dans l'énorme proposition de séries, voici un classement (personnel) des plus cultes.

#1 My So-Called Life, la plus pure (1994-1995) 

Diffusée en 1994 sur ABC et sur France 2 chez nous sous le titre Angela, 15 ans, elle est considérée à la fois comme une pionnière et comme celle qui a su le mieux transcrire la beauté de l’état adolescent et son expérience intime. Créée par Winnie Holzman, elle suit l’évolution d’Angela Chase, une ado de 15 ans incarnée par la bouille de Claire Danes (alors seulement âgée de 16 ans, fait rarissime dans les séries ados, où il est d’usage de caster des interprètes plus vieux pour diverses raisons, la première étant que les mineur·e·s ne peuvent pas travailler aussi longtemps que les adultes) et ses grands yeux inquiets.

©ABC

En quête d’identité, elle se révolte contre ses parents, rejette ses amis d’enfance, développe de nouvelles amitiés, un crush pour un bad boy taiseux (Jared Leto), ou encore elle se teint les cheveux en roux foncé. Sa vie d’ado ordinaire est sublimée par une écriture à fleur de peau, et une voix off où l’héroïne partage ses émotions, ses doutes, ses angoisses. La société n’était peut-être pas prête à regarder l’adolescence en face, sans la glamouriser : cette perle de sensibilité, filmée à hauteur d’ado, ne durera que 19 épisodes avant l’annulation. Regrets éternels, et en même temps, My So-Called Life n’a pas eu le temps de devenir mauvaise.

Angela, 15 ans est disponible uniquement via AppleTV en France.

#2 Freaks and Geeks, la plus cool (1999-2000)

Autre comète inoubliable des années 90, moment bénie d’un genre ado en pleine éclosion, Freaks and Geeks s’intéresse en particulier, et comme son nom l’indique, à deux catégories d’ado : d’un côté, les "geeks", les vrais, ceux avec de grosses lunettes de vue, qui faisaient deux têtes de moins que les filles et avaient l’air d’avoir 12 ans, et de l’autre les "freaks", c’est-à-dire les marginaux, fans de rock et de pétards, toujours prêts à jouer les cyniques et les rebelles without a cause. Produite par Judd Apatow, la série est créée par Paul Feig, qui reconstitue ici ses propres années ado et place son intrigue en 1980.

Annulée trop tôt, au bout de 18 épisodes, la série reste inoubliable pour plusieurs raisons : son côté rétro irrésistible, ses acteur·ice·s appelé·e·s à de belles carrières à Hollywood (James Franco, Linda Cardellini, Seth Rogen, Busy Philipps, Jason Segel…) sans parler de guests tout aussi fous (Ben Stiller, Rashida Jones, Shia LaBeouf), ce générique resté culte… Mais évidemment, tout ça ne serait rien sans une écriture aux petits oignons, qui lève le voile sur les doutes et les transformations de chacun·e des personnages avec drôlerie, tendresse, sans jamais leur manquer de respect. Un vent de liberté adolescente souffle dans Freaks and Geeks, l’une des rares séries qui donnerait presque envie de revivre l’âge ingrat (et les années 80).

Malheureusement, Freaks and Geeks n’est pas dispo en France pour le moment.

#3 Dawson’s Creek, la plus friendzone (1998-2003)

À l’origine d’une série ado se trouve bien souvent un·e scénariste traumatisé par son adolescence ! Cette fois, c’est Kevin Killiamson qui s’inspire de ses jeunes années pour sa série centrée sur un aspirant réalisateur, Dawson Leery, grand fan de Spielberg devant l’éternel et ses deux BFF, Joey Potter et Pacey Witter. Leur vie tranquille dans la bourgade de Capeside est bouleversée par l’arrivée d’un quatrième larron, Jen Lindley, une jeune new-yorkaise qui fait tourner la tête de notre apprenti cinéaste, au grand désarroi de Joey. Et c’est parti pour un chassé-croisé amoureux et peut-être le plus grand hommage sériel au concept de friendzone. C’est-à-dire que dans cette série, à peu près tous les ados se sont faits friendzoné·e·s à un moment donné ou à un autre.

Petit bijou de prise de tête, surtout sur sa première saison très aboutie et qui rend hommage au cinéma de mille manières différentes, Dawson’s Creek est aussi une des premières séries à parler frontalement de sexe, et à oser faire prononcer à ses acteur·ice·s des mots comme "pénis" sur un network. C’est aussi la première à proposer une storyline de coming out dans un teen show et un baiser gay, à travers le parcours bouleversant du jeune Jack McPhee. De sensibilité féministe, la série aborde aussi des thématiques comme le slut-shaming, la maltraitance des parents, la dépression ou encore l’avortement. Alors oui, les acteur·ice·s n’avaient pas 16 ans, et ok, ils passaient beaucoup de temps à se psychanalyser, mais comme dirait Dawson à propos du Peter Pan de Spielberg (Hook, 1991), la justesse des émotions, elle, est réelle ! Au passage, notons que la série a sublimé le cliché du sidekick rigolo en la personne de Pacey Witter (Joshua Jackson), aka l’ado masculin hétéro le plus attachant de l’histoire des séries ados. C’est dit.

Les six saisons de Dawson’s Creek sont disponibles sur Amazon Prime Vidéo.

#4 Buffy, the Vampire Slayer, la plus métaphorique (1997-2003)  

Le lycée, c’est l’enfer, on est d’accord ? Qu’à cela ne tienne, Joss Whedon imagine une histoire dans laquelle une pom-pom girl californienne doit sauver le monde des démons, des vampires (et des forces du mal pour reprendre le prologue), attirés par l’énergie mystique d’une Bouche de l’Enfer, située dans la bibliothèque du lycée de Sunnydale. Récit d’un passage à l’âge adulte à la sauce fantastique, Buffy fonctionne par métaphore. L’ado qui se sent invisible le devient réellement, le bad boy plus âgé devient un monstre (Angelus) une fois avoir couché avec Buffy (aka le pire cauchemar d’une jeune femme), la prof sexy est une mante religieuse, et le beau-père abusif un robot maléfique.

Et puis au milieu de ce capharnaüm, il y a Buffy, qu’on aurait bien aimé être pour botter les culs des harceleurs et trouver la répartie qui cloue le bec. Entourée du Scooby Gang - à l’origine Willow, Giles et Xander - cette superhéroïne va apprendre à maîtriser son pouvoir, ses propres démons, à devenir une leadeuse bienveillante, à protéger son prochain, à chérir ses amitiés, à ne pas tout miser sur l’amour, à protéger sa sœur… et ses sœurs, et à devenir une femme empouvoirée. Un role model pour toutes une génération d’adolescent·e·s. Et un réservoir à mèmes inépuisable.

Les sept saisons de Buffy contre les vampires sont disponibles sur Amazon Prime Vidéo.

#5 Friday Night Lights, la plus sportive (2006-2011)  

Développée par Peter Berg à la suite du livre de H. G. Bissinger et puis du film éponyme qu’il a réalisé en 2004, Friday Night Lights est au croisement du drama sportif, familial et adolescent. Bienvenue à Dillon, Texas, où Eric Taylor commence un nouveau job, celui de coach de l’équipe de foot des Dillon Panthers, tandis que Tami Taylor, sa femme, devient conseillère d’orientation au lycée. On suit leur quotidien, mais aussi celui de leur fille, Julie, et d’autres adolescents aux backgrounds divers. Quoi qu’il en soit, tous les vendredis soir, la ville est au stade, pour encourager ses sportifs et vivre des émotions fortes.

À la fois réaliste et réservant de très beaux moments de poésie, Friday Night Lights a capté comme personne la ferveur sportive dans ce qu’elle a de plus beau, mais aussi les états d’âme de ses ados en quête de leur identité, faisant face à des épreuves terribles (Jason Street se retrouve paralysée lors du premier match de la saison), des parents absents ou dans le besoin, et une pression dingue à assurer. La série porte aussi un regard inédit sur la classe moyenne et pauvre américaine (dont les white trash, représentés par Tyra et sa famille), exposant sans les juger ses problématiques : l’alcoolisme, la religion, les maltraitances psychologiques ou physiques, des valeurs conservatrices et leurs conséquences sur les femmes et les hommes… Un vrai bijou, qui s’est parfois égaré (remember Tyra et Landry qui se retrouvent à couvrir un meurtre ?), mais cela ne nous empêchera pas de lancer le mantra prématch cher au coach Taylor, papa spirituel et king du discours de motivation, de toute l’équipe : "Clear Eyes Full Hearts Can’t Lose".

Les cinq saisons de Friday Night Lights sont disponibles sur Canal+Séries et AppleTV.

#6 Sex Education, la plus drôle (2019-)

On n’avait pas parlé de sexe aussi librement dans une série ado depuis Dawson ! Les années 2020, post Me Too, ont entre autres bénéfices permis de se réapproprier des termes anatomiques trop longtemps tabous, pour redécouvrir son corps, en particulier du côté des femmes (clitoris, je crie ton nom !). Laurie Nunn, la créatrice de la série british, entreprend à travers des situations hilarantes d’écrire un manuel d’éducation sexuelle, libéré des règles étouffantes de l’hétéronormativité et des injonctions à la masculinité toxique. Cela donne une galerie de personnages attachants, en quête de leurs orientations sexuelles : ils et elles sont pan / bi, lesbiennes, homos, asexuels ou hétéros…

L’important, c’est de se sentir bien dans son corps et de le découvrir dans la joie et la bonne humeur. Le choix d’un ton humoristique permet de mieux faire passer des scènes pour le moins osées, en fait jamais vues dans une série ado, comme la masturbation d’un homme gay, d’une femme hétéro, les problèmes érectiles d’un autre personnage. Drôle et bienveillante, Sex Education ne vit pas pour autant dans une utopie. Des traumatismes comme les agressions sexuelles, le harcèlement scolaire ou l’homophobie sont abordés avec sincérité et une envie de replacer les victimes et leur reconstruction au centre de l’intrigue.

Les deux saisons de Sex Education sont disponibles sur Netflix.

 

#7 Euphoria, la plus queer (2019 -) 

La dernière sensation en date est une adaptation américaine de la série israélienne éponyme par Sam Levinson. À travers l’histoire de Rue (Zendaya) et de ses camarades de classe, le showrunner raconte une génération en proie à toutes sortes d’addictions : les drogues, les réseaux sociaux, le binge-watching ou encore le sexe. Et pourtant, au fin fond de l’obscurité surgissent une poésie - appuyée par une sublime bande originale et une réalisation léchée aux teintes Instagram - et une pureté des sentiments bouleversante, quand Rue tombe sous le charme d’une nouvelle venue, Jules (Hunter Schafer). Le coup de foudre est réciproque et leur histoire fusionnelle nous emporte ailleurs, loin des dealers et des endroits pas safe. Elle est aussi révolutionnaire : on n’avait jamais vu une ado racisée et une ado transgenre se retrouver au centre d’une intrigue amoureuse, les personnages queer étant systématiquement relégués au second plan habituellement. L’écriture rend hommage autant à leur personnalité - chacune contient une part de mystère, quelque chose d’évanescent - qu’à leur histoire.

©HBO

Que ce soit à travers sa peinture de la masculinité toxique (bien flippante), l’exploration du rapport entre sexualité et réseaux sociaux (les sites de rencontre, les cam girls) ou l’utilisation des drogues (de façon récréative ou non), Euphoria est un instantané de la jeunesse des années 2010 comme Freaks and Geeks l’était pour les années 80. Elle acte aussi un vrai changement de perspective en ne s’intéressant pas à la jolie ado blonde et blanche, girl next door, et son homologue hétéro et blanc, qui peuplent la plupart des autres séries adolescentes depuis ses débuts.

La première saison d’Euphoria est disponible sur OCS.

#8 Veronica Mars, la plus Me Too (2004-2007)

Bien avant la nouvelle vague féministe axée sur le consentement et les agressions sexuelles, Veronica Mars menait une enquête traumatisante pour connaître la vérité sur une soirée durant laquelle elle a été droguée au GHB, mais aussi sur le meurtre de sa BFF, Lily Kane. Au-delà de la révélation de deux futures stars - Kristen Bell et Amanda Seyfried - la série signée Rob Thomas utilisait le genre du film noir avec détective pour parler de violences sexistes et sexuelles, de slut-shaming et de victim-blaming. Personne ne croit Veronica, alors elle enquête, fouine partout, pour récupérer des preuves et le tout avec un sens de la repartie et un humour cynique qui n’est pas sans rappeler une certaine Buffy Summers. Les deux séries ont d’ailleurs en commun d’avoir un fandom ultra-dévoué à leur héroïne.

Une lutte n’allant pas sans l’autre, Veronica se retrouve au cœur d’une lutte des classes au lycée de Neptune High. Issue de la classe moyenne, elle va aider autant les riches filles à mamans harcelées par des ex que les pauvres lycéens racisés qui ne jouissent pas des mêmes avantages que leurs petits camarades blancs. Le privilège blanc est abordé de bien des manières dans une série qui a pour superhéroïne une survivante d’un viol. En avance sur son temps, Veronica Mars a ainsi effectué deux come-back, soutenus par les Marshmallows : dans un film en 2014, et dans une saison 4 pas mal du tout, à l’été 2019.

La première saison de Veronica Mars est disponible via Canal +, les intégrales (trois saisons) à l’achat sur Apple TV et Google Play. Aucune plateforme ne propose pour le moment les quatre saisons et le film.

#9 Skins, la plus sombre (2007-2013)

À l’inverse d’une Gossip Girl qui cartonne à la même époque aux États-Unis en racontant façon soap la vie des très très riches ados de l’Upper East Side, Skins reflète une adolescence que peu de parents ont envie de voir et qui ressemble pourtant beaucoup à la vraie vie. La série suit, à Bristol, un groupe de personnages, chaque épisode étant centré sur l’un d’eux, pendant deux saisons, avant de rester au lycée pour en découvrir de nouveaux. En se plaçant du point de vue de Cassie, Effy, Tony & co, elle aborde frontalement des thématiques sensibles, déjà présentes ailleurs mais édulcorées, comme l’anorexie, l’addiction aux drogues ou encore les comportements sexuels à risque. On est peut-être beau mais pas franchement très malin quand on a 17 ans. Les personnages ont souvent des relations sexuelles casual où le préservatif n’est pas de mise. Dérangeant oui, mais malheureusement réaliste. Inclusive avant que ce mot soit sur toutes les lèvres, la série a ausculté autant des ados blancs que racisés, hétéros que LGBT.

Série amorale dans le sens où elle ne cherchait pas à faire passer un message particulier, Skins a une seule mission, celle de dépeindre l’expérience adolescence sans compromis. Pour cela, le showrunner Bryan Elsley s’est entouré d’adolescent·e·s dans la writer’s room, à commencer par son jeune fils Jamie Brittain, cocréateur de la série. Si elle s’est parfois égarée vers des intrigues clichées avec le temps - le triangle amoureux, un psy meurtrier… - Skins n’en reste pas moins une grande série sur l’adolescence, qui se traîne un mal-être, un goût du risque et un désespoir qui n’est pas sans rappeler celui des protagonistes d’Euphoria.

Les 7 saisons de Skins sont disponibles sur Netflix.

#10 Skam, la plus woke (2015-2017) 

Avant de lancer sa série, Julie Andem a rencontré des dizaines d’ados norvégiens pour comprendre leur état d’esprit, leurs aspirations et leurs peurs. Résultat : dès sa première saison, Skam, qui raconte le quotidien d’un groupe de lycéen·e·s évoluant à Oslo, explose des records d’audience, et s’attire l’amour de jeunes fans, en diffusant des bouts d’épisodes sur les réseaux sociaux, au moment où l’action de la scène se déroule. Un procédé transmédia inédit. À la manière de Skins mais avec un ton beaucoup plus bienveillant qui préfigure la joyeuse inclusivité de Sex Education, la série se centre sur la trajectoire d’un personnage par saison, et explore des thématiques comme le slut-shaming, l’homosexualité, les maladies mentales (anorexie, bipolarité), la religion ou les agressions sexuelles.

Si les sujets sont parfois lourds, les vies de Noora, Isak, Eva et les autres, filmées dans des tons très clairs, sont aussi traversés par de très beaux moments poétiques, de sororité, et par des premiers émois amoureux subtilement mis en scène. Véritable phénomène lors de sa diffusion, Skam a permis de faire rayonner à l’étranger la culture norvégienne et a donné naissance à de nombreuses versions aux quatre coins du globe, suivies par une armée de fans dévoués. Parmi elles, la très réussie Skam France, diffusée depuis 2018 sur France TV Slash, a connu un succès qui ne se dément pas. Depuis sa saison 5, elle s’est affranchie des storylines de la série originale.

Malheureusement, la série Skam n’est pas visible sur une plateforme en France.

Mention spéciale > à la première saison de 13 Reasons Why. Diffusée en 2017, l’histoire tragique d’Hannah Baker a résonné très fort dans le monde entier, la série ouvrant des discussions aussi douloureuses que nécessaire sur la dépression, le suicide des ados ou encore les violences sexuelles envers les jeunes femmes. D’un point de vue artistique, la première saison se suffisait à elle-même, les suivantes étant toujours plus médiocres, voilà pourquoi elle ne figure pas dans ce top.

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