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A Christmas Carol, un conte glaçant et envoûtant par le créateur de Peaky Blinders

Steven Knight s'attaque à un mythe de la littérature britannique en trois épisodes.

Si la culture française n’a pas été autant marquée par ce conte que celle de nos voisins anglais, A Christmas Carol reste une histoire familière, de nombreuses fois adaptée sur nos écrans. Cette fois-ci, c’est le créateur de Peaky Blinders et Taboo qui s’y colle, pour la BBC. Et la patte Steven Knight est partout sur ce récit. Le réalisateur Nick Murphy a transposé sa vision en clair-obscur à l’écran et le résultat est aussi beau qu’horrifique.

Publié en 1843 par Charles Dickens, et traduit chez nous sous le titre Un conte de Noël, A Christmas Carol raconte comment un être avare, misanthrope et cruel, Mr Scrooge, va être visité, le soir du réveillon, par trois esprits, ceux des Noël passés, présents et futurs. Ces fantômes ont pour mission de lui montrer ses erreurs, et de le tourmenter jusqu’à ce qu’il comprenne que son manque de compassion a fait des victimes, et qu’il condamne son âme s’il refuse de changer. C’est une histoire de rédemption. Mais avant d’en arriver là, c’est une histoire d’horreur.

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Ce conte très populaire n’a donc de secret pour personne. Pourtant, Steven Knight s’attache à le moderniser par petites touches. Il parvient même à créer la surprise dans un récit que l’on croyait figé jusque dans sa morale finale, évitant au passage de tomber dans le piège du manichéisme ou d’un angélisme qui risquerait de détonner avec les préoccupations agitant nos sociétés contemporaines. Un sacré tour de force encapsulé dans trois épisodes.

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Guy Pearce est un Scrooge plus jeune, toujours aussi avare que chez Dickens, au charme glaçant et au tempérament de sociopathe, ne reculant devant rien pour humilier ses congénères et se servant de son dévoué secrétaire, Bob Cratchit (Joe Alwyn), comme d’un souffre-douleur. Les seules créatures qui trouvent grâce à ses yeux sont les animaux. Les chevaux, en particulier. De là à imaginer que son âme n’est pas complètement damnée… C’est pourtant, comme on le sait, l’histoire de cette rédemption qu’on croyait impossible que nous raconte A Christmas Carol. Celle d’un homme qui a fait tant de mal autour de lui, mais qui sera sauvé in extremis des flammes de l’enfer. Chacune des visites des fantômes donne lieu à des visions aussi cauchemardesques que gracieuses.

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Le conte originel mettait ce retour en grâce sous le coup de l’esprit de Noël, partant du postulat que personne, pas même la plus immonde crapule, n’est une cause perdue. Steven Knight choisit quant à lui de donner davantage d’épaisseur à son anti-héros, étoffant son passé, explorant ses traumatismes et la seule relation qui lui a jamais apporté un peu de joie, celle avec sa sœur. Mais loin de l’excuser, le scénariste ajoute aussi une couche de perversité au personnage, en le montrant en position d’abus de pouvoir dans une scène qui fait écho au mouvement #MeToo.

Cette séquence, longue et inconfortable, ancre le discours de cette version revisitée du célèbre conte dans notre époque. Le showrunner prend le parti d’accorder une plus grande place à l’épouse de Cratchit, Mary (Vinette Robinson), et on ne prend la mesure de son importance dans le récit qu’à la toute fin. Ces petites libertés prises avec le sacro-saint récit, qui le rendent plus moderne et le positionne politiquement, ont heurté certains critiques.

Pourtant, A Christmas Carol est l’une des histoires les plus adaptées de la littérature britannique et la version de Steven Knight respecte parfaitement la tradition, sans jamais écorcher le mythe. Si l’on a plus de mal, en ces temps de colère militante, avec l’idée que tout homme, même le pire d’entre eux, mérite l’absolution, cette relecture du conte de Noël demeure visuellement envoûtante et soutenue par un cast irréprochable. Dommage de le diffuser en France après les fêtes, mais après tout, cette fable glaçante, horrifique et intemporelle n’est pas franchement adaptée aux plateaux télé en famille.

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La mini-série en trois épisodes A Chritsmas Carol est disponible sur Canal+ depuis le 6 janvier.

Par Delphine Rivet, publié le 08/01/2020

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