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All American, le teen drama au croisement entre Newport Beach et 90210

Avec le milieu du football américain en toile de fond, cette production calibrée pour les ados réussit à moderniser (légèrement) le genre.

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Comme beaucoup d’autres genres propres à l’univers sériel, le teen drama semble increvable. Très souvent, c’est un peu la même rengaine : des lycéen·ne·s friqué·e·s qui accumulent les histoires improbables et les amourettes superficielles, le tout dans une métropole où tout est vraisemblablement possible et imaginable. Seulement, ces dernières années, certaines œuvres dans la veine de 13 Reasons Why tentent de moderniser le genre, sans pour autant le révolutionner. C’est le cas d’All American, récente production de la CW aux États-Unis.

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Inaugurée en octobre dernier, All American s’inspire de la vie de Spencer Paysinger, un linebacker américain de la NFL à la carrière mémorable. La série, totalement fictive, nous invite à suivre le parcours de Spencer James (Daniel Ezra), un lycéen afro-américain originaire d’un quartier difficile de Los Angeles. Grâce à ses prouesses sur le terrain de foot, il se fait remarquer par un coach qui lui fait une proposition de rêve : venir étudier au lycée de Beverly Hills afin de mettre toutes les chances de son côté pour faire une véritable carrière dans le sport qu’il aime tant.

La suite, on la connaît. Spencer, l’archétype du héros au grand cœur, se voit tiraillé entre sa famille et ses amis d’enfance d’un côté, et sa nouvelle vie pleine de promesses de l’autre. La dichotomie ne s’arrête pas là, puisque c’est à deux modes de vie différents qu’il est confronté. La semaine, Spencer habite sous le toit du coach Billy Baker (Taye Diggs) et sa famille, où tout n’est qu’opulence et où dépenser sans compter semble être le mot d’ordre. Le week-end, il renoue avec sa mère et son petit frère, dans un quartier rongé par la guerre des gangs et où joindre les deux bouts est une réelle épreuve.

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D’entrée de jeu, le pitch d’All American n’est pas des plus novateurs, c’est sûr. On pense par exemple à Newport Beach, qui adoptait le même point de départ avec le bad boy Ryan Atwood qui ne se sent pas à sa place dans le microcosme friqué des Cohen. Mais on pense aussi, avec moins de conviction, à Friday Night Lights, pour la thématique du football américain en filigrane.

Mais si l’on est vraiment honnête, All American fait surtout écho à 90210, aka le remake plutôt laborieux, bien qu’addictif, du Beverly Hills des années 1990. D’une part, l’établissement scolaire est le même et d’autre part, comme dans 90210, les ados de la série passent peu de temps à aller en classe, préférant les innombrables soirées arrosées et autres concerts improvisés. Pour ce qui est des intrigues, c’est un peu la même chose : on a des coucheries, des tromperies, des secrets de famille ne demandant qu’à être dévoilés. C’est du soap pur et dur, à un détail près.

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Comme 13 Reasons Why, qui parle de culture du viol et d’autres sujets avec une résonance actuelle, All American essaie de se montrer plus pertinente qu’un simple teen drama sans profondeur. Pour ce faire, elle mise sur l’identité de son protagoniste : Spencer est un jeune homme noir habitant dans un quartier défavorisé. La menace des gangs, bien réelle dans certaines grandes villes américaines, semble être un des fils conducteurs de la série, comme si elle planait constamment au-dessus de Spencer et de ses proches.

En prime, All American se montre inclusive à travers Coop (Bre-Z), la meilleure pote du héros, une jeune lesbienne, noire et butch au possible. À travers elle est évoquée la difficulté de s’assumer en appartenant à autant de communautés distinctes. Montrer des personnages racisés, 90210 et Gossip Girl le faisaient, avec parcimonie et sans jamais creuser leurs origines et leur identité. Pour le coup, All American va plus loin en franchissant la ligne de l’intersectionnalité. Elle peut se targuer d’avoir un casting éclectique et multiculturel, mais aussi de ne pas négliger ses différences.

Qu’on ne se méprenne pas, All American n’a rien d’une série révolutionnaire. Ses intrigues ont souvent un goût de réchauffé, ayant déjà été développées (parfois mieux) dans d’autres teen dramas. Le traitement de ses personnages est inégal, certains souffrant d’un manque de profondeur évident. Mais la série représente néanmoins l’avenir du genre, soit une production tout aussi jouissive dans sa frivolité mais qui s’ancre dans une réalité où des thèmes forts sont traités et où les héros ne sont pas tous blancs et hétérosexuels. C’est fun, c’est contemporain : parfois, ça suffit amplement.

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All American est diffusée depuis le 10 octobre sur la CW aux States, et reste inédite en France.

Par Florian Ques, publié le 28/12/2018

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