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Le duel intense entre Nicole Kidman et Meryl Streep sauve la saison 2 de Big Little Lies

Retour en eaux troubles à Monterey, pour le meilleur et pour le pire des mensonges. Attention, spoilers.

Maîtresse incontestée des mini-séries américaines depuis une bonne décennie (The Night Of, Sharp Objects et Chernobyl parmi ses plus belles réussites), HBO a finalement craqué avec Big Little Lies. Peut-être a-t-elle ployé sous le poids de sa popularité, de ses actrices hollywoodiennes également productrices ou tout simplement de l’appât du gain en renouvelant la série de David E. Kelley pour une deuxième saison. Un vrai plaisir pour ceux qui avaient passé du bon temps à Monterey, un sombre calvaire pour les lecteurs du roman éponyme de Liane Moriarty qui ont logiquement crié au blasphème.

Et pourtant, toutes les femmes de la bande sont revenues sans sourciller pour sept nouveaux épisodes, avec également l’arrivée surprise voire salvatrice de Meryl Streep. Après avoir vaincu un terrible Loki sous les traits d’Alexander Skarsgård, nos héroïnes avaient désormais un véritable Thanos à combattre dans une saison 2 sous forme de crossover dantesque, qui aurait même filé des sueurs à Kevin Feige. Big Little Lies est-elle parvenue à lier l’utile à l’agréable à travers ce nouveau chapitre mis en scène, officiellement tout du moins, par Andrea Arnold (American Honey) ?

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Tensions à Monterey

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Au visionnage des premiers épisodes de la saison 2, on se retrouve dans l'une ou l'autre de ces deux catégories de spectateurs : soit celles et ceux qui voyaient la mort de Perry comme LE gros mensonge de l’histoire, mis en scène à travers une narration rétroactive, et pensent donc que ce nouveau chapitre ne sert à rien ; soit celles et ceux pour qui la saison 1 n’était qu’un prologue à la fabulation du gang et à la culpabilité de Bonnie, intrigues explorées dans cette seconde saison. Voilà déjà un premier sujet de discorde pour les fans.

Dans l’épisode "The Bad Mother", Celeste assure à Madeline que "le mensonge est le ciment de [leur] amitié". Mais paradoxalement, on a l’impression que nos chères héroïnes de Monterey n’ont jamais été aussi esseulées. Là où la saison 1 apportait une forme d’empowerment à leurs vies perturbées par une forme de masculinité toxique, la saison 2 semble les séparer, exception faite du procès de Celeste. Les scénaristes ont choisi d’offrir des sous-intrigues à chaque famille, entraînant de fortes inégalités d’intérêt entre elles.

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Ainsi, on a du mal à compatir pendant plusieurs épisodes devant la relation complexe entre Bonnie et sa mère, qui tire sur la longueur et invoque des éléments quasi surréalistes qui n’ont pas leur place dans une série aussi terre à terre et progressiste. Dans la même veine, Renata est clairement la queen de la saison pour ses accès de colère et le talent incontestable de Laura Dern à les exprimer, mais elle n’est finalement résumée qu’à cette hystérie et tombe dans une caricature du personnage. Pire, la saison 2 se désintéresse carrément des enfants, qui étaient pourtant une valeur ajoutée et un facteur de pathos important dans la première saison, portés par un casting remarquable.

David E. Kelley et son équipe de scénaristes s’en sortent davantage avec les personnages masculins. Il y a une forme d’absurdité hilarante dans Big Little Lies, qui s’exprime à travers ces hommes tous plus stupides et malheureux les uns que les autres. Ed Mackenzie (Adam Scott) en devient même touchant après la tromperie de Madeline et ses tentatives désespérées pour sauver leur mariage, si bien que la série parvient toujours à nous rattraper par l'émotion, lorsqu’on commence à se perdre.

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Malgré la prise de pouvoir de Jean-Marc Vallée sur le montage, Andrea Arnold est parvenue à nous bouleverser au moins une fois par épisode. Si elle peut évidemment remercier le talent des actresses studio présentes sur le plateau, la réalisatrice britannique répète ses gammes à merveille : mise en scène sobre et réaliste, utilisation poignante des silences, flash-back en filigrane, plan abstrait sur les vagues de l’océan… L’esthétique de Big Little Lies est toujours aussi fluide et agréable à regarder, et sa touche féminine (la scène de danse sur la plage dans l’épisode "Tell-Tale Hearts"), quand elle a été respectée, casse cet aspect parfois plastique d’une réalisation parfaitement rodée et instaurée par Vallée.

The people vs. Mary Louise

Au final, l’intérêt de cette saison 2 tient principalement sur la confrontation entre Celeste et Mary Louise. D’abord, parce que quand Meryl Streep cabotine, on se lève et on applaudit avec les deux mains. Ensuite, parce que les scénaristes ont joué à fond la carte de la belle-mère culottée. On rit jaune de l’humour noir et des répliques cinglantes qui animent le personnage, même si le personnage incarné (toujours avec brio) par Nicole Kidman reste le souffre-douleur de la série.

Une fois n'est pas coutume, l'émotion transmise à travers les scènes du procès de Celeste sublime cette fin de série. Mary Louise est devenue une boîte à mèmes intemporelle pour HBO, ne serait-ce que pour son cri dans l’épisode 2 qui la positionne directement favorite aux Emmy Awards 2020. Malheureusement, une dynamique entre deux personnages, aussi fusionnelle et poignante soit-elle, ne suffit pas à faire tenir une saison entière.

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La saison 2 de Big Little Lies avait pour mission de répondre aux répercussions de la mort de Perry. Si l'enjeu est en partie tenu pour Celeste, qui parviendra finalement à protéger ses garçons et exorciser le mal, les intrigues secondaires sont bâclées voire carrément évacuées à la fin de la série.

Mère bouleversante, Jane se retrouve bloquée dans l’archétype d’une femme victime de viol pendant toute la saison ; le twist sur la double vie de Corey n’était qu’une odieuse machination des scénaristes ; Renata perd tout pour ne rien retrouver et Madeline n’obéit qu’au trope du "good/bad adultery". C’est officiel, nos héroïnes de Monterey sont devenues de véritables desperate housewives, et ce n’est pas forcément le souvenir qu’on aurait aimé garder d’elles.

En France, les deux saisons de Big Little Lies sont disponibles en intégralité sur OCS Go.

Par Adrien Delage, publié le 24/07/2019

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