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La famille royale n’a pas droit au bonheur dans la magnifique saison 3 de The Crown

Notre fascination pour les Windsor et leurs tourments reste intacte en saison 3.

Depuis deux saisons, The Crown, créée par Peter Morgan, s’échine à nous montrer le poids qui pèse sur les épaules d’Elisabeth II, couronnée à l’âge de 26 ans. Avec ce troisième volet, qui nous plonge dans l’Angleterre des années 1960 et 1970, la reine désormais incarnée par Olivia Colman semble plus assurée dans son autorité, mais la série va insister sur ses failles plus intimes. Son entourage, quant à lui, va faire les frais d’une époque en pleine mutation et d’une pression toujours plus forte selon leurs rôles respectifs. Dans The Crown, il y a celles et ceux qui plient sous le poids du destin, et celles et ceux qui dépérissent de n’en avoir aucun.

Toujours dans une débauche de décors, de costumes et de plans tous aussi sublimes les uns que les autres, la série continue d’entretenir son rapport ambigu à la reine. Le défi est double, et il est présent depuis le début de la série : nous offrir un personnage (car nous sommes malgré tout devant une œuvre de fiction, pas un documentaire) divertissant, tout en respectant une certaine véracité historique. Le risque serait d’être trop révérencieux. Il faut donc parvenir à humaniser la reine, sans toutefois lui trouver systématiquement des excuses.

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Un exercice d’équilibriste que The Crown parvient presque tout le temps à maîtriser. Mais ce dernier devient plus fragile encore en saison 3, alors qu’Elisabeth n’affiche plus un visage aussi doux (c’est du moins l’illusion qu’offrait la jeunesse de Claire Foy, sa précédente incarnation). Olivia Colman apporte une sévérité, qui s’explique par tout ce qu’a traversé la reine durant les deux saisons précédentes, encore plus difficile à ébranler. 

Elle-même s’interroge, dans l’épisode 3, sur sa capacité d’empathie : "Je sais depuis longtemps que quelque chose ne va pas chez moi", dit-elle à son premier ministre, Harold Wilson (interprété par Jason Watkins). N’ayant pu verser la moindre larme après la catastrophe d’Aberfan — un terrible accident de mine ayant fait 144 morts, dont 116 enfants —, Elisabeth a dû se résoudre à un simulacre, pour la photo, lors de sa visite sur les lieux du drame. Cette saison 3 de The Crown nous montre une reine endurcie par ses fonctions et les pertes que cela implique, une mère froide, une sœur indifférente, une épouse distante… Mais réussit toutefois le tour de force de l’humaniser.

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Par petites touches, et au fil des épisodes, des moments rares et précieux : elle va s’élever contre sa propre mère qui veut briser l’idylle entre Charles et Camilla, ou encore venir réconforter Margaret lorsqu’elle est au plus mal. Mais là où elle est la plus vulnérable, c’est au chevet de Winston Churchill (John Lithgow est revenu en saison 3 pour l’incarner une dernière fois). Face à son ancien premier ministre mourant, Elisabeth comprend qu’elle est en train de perdre la dernière personne qui la raccrochait véritablement à son père, qu’elle aimait tant. 

Parmi les nouveaux arrivants de cette saison 3, Tobias Menzies prend la suite de Matt Smith dans le rôle de Philip, et offre une performance plus mature évidemment, mais aussi plus contenue. Le duc d’Édimbourg semble d’abord mieux accepter son rôle périphérique. Lui qui orbite autour du soleil qu’est la reine nourrit soudain une obsession pour la Lune, déclenchée par la retransmission télévisée de la mission Apollo 11.

Il sera piqué au vif quand un prêtre réduira l’astre à un vulgaire caillou poussiéreux. Une belle métaphore de son statut. Le prince Charles, qui n’apparaît qu’à l’épisode 6, a lui aussi de belles scènes à défendre. Loin de la couverture médiatique dont il a fait l’objet, on y découvre un jeune homme sensible (interprété par Josh O’Connor), terrifié par son destin de potentiel futur souverain, épris de "normalité" et amoureux au cœur pur d’une certaine Camilla Shand (future Camilla Parker Ball). 

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Les autres femmes qui gravitent autour d’Elisabeth ne sont pas en reste. Les princesses rebelles Margaret (sa sœur) et Ann (sa fille) ont une soif de liberté qui inspirent instantanément l’empathie. La première — même si Helena Bonham Carter a du mal à s’effacer derrière le rôle tellement son charisme prend le dessus — ne parviendra jamais à trouver sa place au palais. Cantonnée à jouer les VRP chez les Américains, et pendant que son histoire d’amour avec le comte de Snowdon vire au poison, tentera par tous les moyens d’échapper à sa famille.

Mais Buckingham ayant une peur maladive du scandale, elle sera extirpée du fragile bonheur trouvé auprès d’un jeune amant, pour son plus grand malheur. Quant à Ann, incarnée par Erin Doherty, et qui n’a pas sa langue dans sa poche, elle offre par ses rares apparitions une vraie bouffée d’air frais entre les murs oppressants de la cour. Celle qui semble être la plus libre a pourtant, elle aussi, bien conscience de n’être qu’un second couteau. 

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Personne ne peut être heureux à Buckingham Palace, et c’est bien là toute la tragédie de The Crown dans cette saison 3, plus centrée sur les tourments intérieurs de ses protagonistes et moins obnubilée par les remous de l’Histoire que les précédentes. Et c’est toujours un régal.

Les trois saisons de The Crown sont disponibles sur Netflix.

Par Delphine Rivet, publié le 21/11/2019

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