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Netflix teste l’amour à l’aveugle avec Dating Around, un docu-série captivant

Pour la Saint-Valentin, le géant du streaming a misé sur un dating show honnête, aux antipodes des Bachelor et autres fac-similés.

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Le dating, pour beaucoup, peut être un fléau. Et pour le coup, ça l’est encore plus lorsqu’on a des caméras braquées sur soi et une équipe de professionnels payée pour vous pousser à bout afin de faire exploser l’audimètre. Depuis le début des années 2000, une cohorte interminable d’émissions de téléréalité pullulent sur le petit écran, où l’on croise des inconnu·e·s supposément à la recherche de l’amour avec un grand A, le plus souvent dans des destinations paradisiaques. On pense à The Bachelor ou, plus récemment et dans notre Hexagone, aux Princes de l’amour.

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La plupart du temps, ces programmes-là sont surfaits et paraissent tout le contraire de naturels. Les candidat·e·s recherchent l’amour, la production recherche le buzz. Et en soi, quand on jette un coup d’œil à ces émissions, c’est surtout pour assister à du drama interpersonnel plutôt que de s’assurer que notre célibataire fétiche repartira avec la bague au doigt. Pour la Saint-Valentin édition 2019, Netflix a décidé de prendre le contre-pied total en lançant Dating Around, un docu-série assez surprenant.

Chaque épisode de Dating Around – il y en a six seulement au total, de 30 minutes environ – suit le même schéma spécifique. Une personne célibataire est envoyée dans cinq premiers dates à l’aveugle, à raison d’un rendez-vous galant par jour sur la durée d’une semaine. Dès lors, grâce à un montage rythmé, on assiste à ces dates en parallèle, qui ont lieu dans les mêmes bars et restaurants, jusqu’au moment où les deux célibataires se séparent. À l’issue de l’épisode, on voit si la personne du début a décidé de revoir un·e de ses prétendant·e·s et, si oui, lequel ou laquelle. C’est tout, ça ne va pas plus loin que ça.

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Le concept de cette série documentaire n’a rien de transcendant. Et pourtant, à l’heure où les dating shows veulent faire dans le toujours plus spectaculaire, Dating Around fait du bien. D’une part, parce qu’il n’y a pas de scénario. Le contexte – en l’occurrence le bar et/ou le restaurant – est posé mais, au-delà de ça, c’est aux candidats d’influer sur la direction que va prendre leur rendez-vous. En prime, on notera qu’il n’y a pas de confessionnal, pas de moments face caméra, pas de narrateur en voix off. Autrement dit, on est placé dans une position de voyeur, où l’on observe avec fascination deux inconnu·e·s qui se rencontrent et échangent pour la toute première fois.

Le rendu final pourrait s’avérer superficiel au possible et, oui, tous les épisodes ne se valent pas. Pour autant, Dating Around est intéressante d’un point de vue sociologique, plus qu’aucune autre téléréalité over-the-top actuellement à l’antenne. Tout d’abord, au niveau du choix des participant·e·s, la diversité règne : il y a des personnes de couleurs, d’ethnies, de religions ou d’orientations sexuelles différentes. Et c’est justement ce melting-pot social qui fait que Dating Around fonctionne.

Dans le second épisode, Gurki, une businesswoman de 36 ans, part en date avec Justin, un trentenaire blanc. Et si l’on mentionne sa couleur de peau, ce n’est pas gratuitement. Tandis qu’ils discutent autour d’un dernier verre, la conversation prend un tournant décisif. Le ton monte, le conflit est là. Sans en dévoiler trop, ils ont une divergence d’opinions concernant leur rapport au mariage et à l’amour. Agacée, Gurki lance à son interlocuteur : "Tu vois, ça, c’est ce qu’on appelle un choc des cultures." Parce que Gurki a des origines indiennes, sa vision du monde diffère de celle de Justin, dont l’étroitesse d’esprit est ici flagrante. Assister à cet échange, aussi frustrant qu’il puisse être, est enrichissant pour peu qu’on prenne du recul sur ce que cette interaction implique.

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Le cinquième volet de Dating Around, lui, est centré sur Sarah, une jeune femme pétillante qui reconnaît être tombée sur des mecs nocifs au fil de sa vie. Manque de bol, un de ses prétendants s’avère être le pire des beaufs, enchaînant les sous-entendus sexuels sans prêter attention au fait que Sarah ne semble pas du tout réceptive. Lassée, elle finit par prétexter un mal de tête, prend ses affaires, s’excuse et déguerpit sans demander son reste. Cette scène, irritante à bien des égards, risque d’être bien trop familière pour de nombreuses femmes.

En si peu d’épisodes, le docu-série de Netflix couvre énormément de thématiques, que ce soit les préjugés dont sont victimes les personnes bisexuelles ou encore la proximité instantanée qui se crée entre deux individus appartenant à la même communauté (en l’occurrence, dans l’épisode 3, les "gaysians", soit les homos d’origine asiatique). On pense épier un premier date entre deux inconnu·e·s et on se retrouve témoin d’un réel carambolage culturel, où le vécu et la perception de l’un entrent en collision avec ceux de l’autre.

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Alors oui, les multiples dates de la série peuvent parfois se ressembler, avec des sujets de discussion qui reviennent presque comme s’il s’agissait de cases à cocher. Mais, entre ces banalités et questions attendues, on décèle des petites nuances qui font de Dating Around une série documentaire culturellement riche et bien plus complexe qu’une émission de rencontres lambda.

La première saison de Dating Around est disponible dès maintenant en intégralité sur Netflix.

Par Florian Ques, publié le 15/02/2019

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