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La team d’Engrenages est de retour dans une saison 7 efficace mais un poil classique

La Rolls-Royce de Canal+ revient ce lundi 4 février dans une saison 7 efficace mais moins épique que la précédente.

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Quand vous avez connu une saison magistrale, le virage de la suivante s’avère toujours des plus délicats. C’est le cas d’Engrenages, dont la sixième livraison, intimiste, avait poussé nos antihéros et antihéroïnes dans leurs retranchements. Ces nouveaux épisodes ont beau prendre racine à partir d’une nouvelle enquête, demeure cette impression tenace de faire face à une saison de transition. Et pour cause : il s’agit de la première saison de Marine Francou en tant que showrunneuse. Elle succède à Anne Landois qui a quitté le navire à l’issue de la saison 6. Il s’agit donc ici d’assurer une continuité et de pérenniser la marque Engrenages.

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Cela passe évidemment par l’évolution de ses personnages clés. Dans l’incapacité d’assumer ses responsabilités de mère, Laure Berthaud (Caroline Proust) a plongé dans une dépression post-partum pendant plusieurs mois. Le groupe a implosé. La saison 7 débute avec une affaire qui va ramener tout le monde au bercail : l’assassinat du commissaire Herville, le boss de la 2e DPJ depuis la saison 4. En maison de repos, Laure revient par la petite porte et accepte d’être sous les ordres de Gilou (Thierry Godard), qui a accueilli entre-temps un nouvel équipier, Ali Amrami (Tewfik Jallab). De son côté, le juge Roban (Philippe Duclos), poussé contre son gré vers la retraite, fait des pieds et des mains pour se voir confier l’affaire. Tout le monde est en ordre de bataille avec un seul objectif en tête : choper le·la responsable de la mort de Herville. Et puis de son côté, l’avocate Joséphine Karlsson (Audrey Fleurot), accusée d’homicide volontaire, doit se débrouiller pour sortir de prison.

Baby blues

Si le motif qui sert à réunir tout le monde peut sembler un peu artificiel (la mort d’un des leurs), il a le mérite d’être efficace. C’est un peu le leitmotiv de cette saison, qui n’est pas aussi prenante que la précédente mais peut se reposer sur une recette éprouvée et des personnages toujours passionnants à suivre, en particulier les deux leads féminins. Joséphine doit faire face aux conséquences de ses actes, après s’être fait justice elle-même en roulant sur l’homme qui l’a violée. Elle se retrouve comme un poisson hors de l’eau dans une prison pour femmes, mais comme chacun sait, la redoutable avocate a pour habitude de ne pas se laisser faire et de rendre les coups. Cette saison sera celle de la (lente) résurrection pour la Cersei Lannister du barreau. La relation qu’elle noue avec sa codétenue, une bully aussi impitoyable qu’elle, est intéressante même si elle aurait pu être encore davantage poussée (ce qui est peut-être le cas par la suite, cette critique s’appuyant sur les six premiers épisodes de la saison 7).

Le chemin de Joséphine va de nouveau croiser celui de Laure, qui a du mal à sortir la tête de l’eau. En travaillant à nouveau avec la 2e DPJ, elle se retrouve confrontée à ses sentiments pour son ex, Gilou (bon, la narration enfile ses gros sabots), qui lui en veut d’être aussi froide et ne comprend pas du tout ce qu’elle traverse depuis la naissance de sa fille. Marine Francou continue d’explorer la douloureuse maternité de son héroïne, montrant que les choses ne s’arrangent pas d’un coup de baguette magique, parce qu’un proche lui dit qu’elle est égoïste. Cet arc, le plus intense de la saison, est d’autant plus saisissant qu’on ne voit jamais ce genre de mère dans les séries françaises. L’entourage de Laure semble choqué qu’elle se réfugie dans son travail, telle une junkie. Mais que ce soit Gilou, Roban ou Vincent Brémont (le père biologique de l’enfant), ils ont tous vite fait d’oublier leur propre comportement, similaire à celui de leur collègue féminine. Sauf qu’ils sont des hommes : et qu’il est plus admis dans notre société qu’un homme ne se sente pas les épaules pour être père, alors qu’on a tendance à présenter la maternité aux femmes comme quelque chose d’innée.

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Label qualité

Depuis le début de la série, en 2005, Engrenages bénéficie de consultants pour rester le plus crédible possible à la fois au niveau de la mise en scène et des dialogues des personnages, mais aussi dans ces histoires mettant en scène les rouages complexes des systèmes judiciaires et policiers. Cette saison nous plonge dans une affaire d’argent sale à grande échelle, qui débute dans le quartier de Belleville et va nous plonger dans la communauté chinoise. Interviewée par le CNC, Marie Francou a expliqué comment l’idée de cette affaire fil rouge de la saison 7 a germé :

"La thématique de l’argent sale a commencé à nous obséder. Au hasard des mots-clés balancés sur Google, nous sommes tombés sur l’affaire "Virus", un scandale de blanchiment d’argent de la drogue survenu en 2015. Un reportage du Parisien décrivait minutieusement les coursiers qui livrent l’argent en cash dans des brasseries parisiennes à de mystérieux destinataires… C’était parfait pour l’action et en même temps ça rendait concret un processus assez complexe. On tenait un truc."

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Nous faire visiter les quatre coins de Paris et de sa banlieue proche de façon réaliste est l’une des forces de la série. Ceux et celles qui connaissent le 20e, le 11e et Aubervilliers, entre autres, reconnaîtront des rues et des lignes de métro (coucou la 2) familières. Là où un·e Parisien·ne s’arrache les cheveux devant les incohérences de séries à la Jack Ryan quand elles ont le malheur de vouloir faire un tour dans la capitale française, Engrenages ne nous décevra jamais. Il y a un vrai "label qualité", qui passe aussi par la représentation de toutes les diversités ethniques (certes toujours dans le cadre d’affaires criminelles, donc cela limite le type d’interactions vu qu’il s’agit en général de personnages secondaires).

La machinerie reste donc bien huilée, mais on détecte quelques signes de fatigue : des ficelles plus grosses que d’habitude, des personnages parfois en pilotage automatique, une certaine lassitude malgré les enjeux de cette enquête… Cette saison pâtit forcément de la comparaison avec la sixième, l’une des meilleures de l’histoire de la série.

La saison 7 d’Engrenages est diffusée à partir du 4 février sur Canal+.

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Par Marion Olité, publié le 01/02/2019

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