Ⓒ DC Universe

Harley Quinn s'émancipe du Joker dans un cartoon sanglant et féministe

L'Arlequine trouve son indépendance dans une série animée pop et acidulée. Attention, spoilers.

Lancée en septembre 2018, la plateforme de streaming DC Universe, dédiée à l’univers éponyme, continue son petit bout de chemin dans le game des séries. Après les deux premières saisons de Titans, Doom Patrol et la (trop) vite annulée Swamp Thing, le président Sam Ades et ses troupes s’essaient à l’animation avec un cartoon dédié à Harleen Quinzel, aka Harley Quinn. Dans la continuité de leurs productions originales, l’acolyte historique du Joker est plongée dans un univers noir et sanglant, mais avec un twist plus pop et résolument féministe.

Le premier épisode de la série animée démarre sur un énième braquage des deux amants maudits. Sans surprise, Batman intervient pour mettre fin aux festivités. Harley est conduite à l’asile d’Arkham tandis que le Joker parvient à s’échapper. Pendant un an, la super-vilaine ronge son frein dans les cellules de la prison, persuadée que l’homme de sa vie viendra la libérer. Finalement, Poison Ivy et le Sphinx la feront sortir contre son gré pour mieux découvrir une vérité qu’Harley refusait de voir, bercée d’illusions : le Joker n’en a absolument rien à faire d’elle et a abusé à répétition de ses sentiments pour sauver ses miches.

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Émancipation et empowerment

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Contrairement à ses petits compagnons du catalogue DC, Harley Quinn est une méchante plutôt jeune. Elle est née dans la série animée Batman de 1992, encore aujourd’hui considérée comme la meilleure adaptation de la Chauve-souris, tous médias confondus. Ses créateurs, Paul Dini et Bruce Timm, sont d’ailleurs consultants sur la série animée. Pourtant, le style de cette Harley Quinn cru 2019 est bien loin du personnage sombre, détraqué et soumis au Joker des années 1990.

Dans ce nouveau cartoon, l’ancienne psychiatre est bien plus fun et indépendante. C’est d’ailleurs le pitch de base de la série animée, qui fait écho à des thématiques très actuelles et ancrées dans la réalité. En vérité, le Joker est une allégorie des violences domestiques voire du pouvoir patriarcal dans tout ce qu’il a de plus toxique et abusif. On le voit à travers la souffrance d’Harley dans ce premier épisode, qui est régulièrement moquée, humiliée, mise en danger et finalement sacrifiée par son clown du crime misogyne.

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Aveuglée par son amour, possiblement piégée par cette illusion douce et amère qu’elle n’ose briser, Harley ne parvient pas à s’en défaire. Là encore, on peut y voir une deuxième comparaison avec notre société : la peur des femmes de témoigner suite à des violences physiques et/ou sexuelles. En fin de compte, notre super-vilaine y parvient grâce au soutien de Poison Ivy, qui symbolise une force d’empowerment voire de sororité pour une femme qui, retenue par l’emprise d’un homme violent, n’a jamais connu de relations saines et égalitaires (tout du moins dans cette version du personnage).

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En plus de cette bonne et moderne surprise de fond, la série animée se dévoile sous une forme séduisante. Contrairement au DC Animated Movie Universe, très irrégulier sur le style d’animation, celui d’Harley Quinn tape juste. Sans être vraiment originale, l’animation proposée est fluide et pop, avec des couleurs chatoyantes qui changent des œuvres ciné souvent très sombres. Par ailleurs, la promesse des bandes-annonces est tenue, avec un festival de séquences sanglantes et barbares qui montrent toute l’étendue des talents de tueuse de l’Arlequine.

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Autre point fort de cette nouvelle itération, le doublage des comédiens. Kaley Cuoco, pétillante Penny de The Big Bang Theory, se révèle très convaincante dans un genre d’humour bien plus vulgaire et macabre. On saluera aussi la partition du génial Alan Tudyk, un habitué des doublages (American Dad!, La Reine des neiges), qui fait du Joker un antagoniste aussi séduisant que détestable. Enfin, et même si on regrette la voix du désormais mythique Kevin Conroy, Diedrich Bader (BoJack Horseman) s’en sort remarquablement bien sous le masque du Chevalier noir.

Le seul petit point noir au tableau de ce premier épisode très réussi dans les largeurs est sur le scénario. À la fin du pilote, on ne sait pas trop où les aventures d’Harley Quinn vont l’emmener, si ce n’est de prendre sa revanche sur le Joker en régnant sur le crime organisé de Gotham City.

Le cartoon devrait d’ailleurs multiplier les apparitions des méchants du Batverse (King Shark, Catwoman, l’Épouvantail, Queen of Fables…) à travers l’intervention de la célèbre Legion of Doom, une équipe de super-vilains. Espérons qu’avec cette série animée chorale, les scénaristes ne perdront pas de vue la protagoniste de cette histoire, qui n’est autre qu’une Harley Quinn fun, émancipée et féministe dans l’âme.

En France, la première saison d’Harley Quinn reste inédite.

Par Adrien Delage, publié le 02/12/2019

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