©Christophe Offret/Arte

Il était une seconde fois, une série très "Nouvelle Vague française" avec Gaspard Ulliel

Si vous n'aimez pas le style Nouvelle Vague, passez votre chemin.

Diffusée cette semaine sur Arte, Il était une seconde fois propulse Guillaume Nicloux et Gaspard Ulliel dans le monde des séries. Les deux hommes se sont professionnellement rencontrés sur le film Les Confins du monde, en 2018, et avaient envie de prolonger leur collaboration, l’un devant et l’autre derrière la caméra.

En tant que cinéaste ayant toujours aimé jouer avec les codes des films de genre – notamment le film noir – Nicloux s’attaque cette fois à la romance dans cette œuvre en quatre épisodes. Paumé depuis sa rupture avec Louise, survenue quelques mois auparavant, Vincent se fait un jour livrer par erreur une grosse boîte en bois, dont il finit par découvrir les propriétés magiques. Quand il rentre dedans, il se retrouve dans le passé. Le jeune homme va alors tout tenter pour recoller les morceaux avec sa bien-aimée.

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Il était une seconde fois a beau porter le nom de mini-série, on sent dès le premier épisode que le projet vient d’un passionné de cinéma. L’esprit de la Nouvelle Vague – un mouvement du cinéma français entamé dans les années 1950 et porté par des Jean-Luc Godard, François Truffaut, Éric Rohmer… – traverse cette histoire d’amour, osons le dire, un brin ennuyeuse.

Si à son époque la Nouvelle Vague apporta un vent de fraîcheur à une industrie cinématographique formatée, on se rend compte ici qu’elle est difficilement soluble dans un format sériel. D’autant que Guillaume Nicloux s’applique à en reproduire les gimmicks sans y mettre une once d’ironie ou de subversion, que ce soit esthétiquement ou dans le point de vue, une fois de plus celui d’un homme blanc hétérosexuel.

Comme dans de nombreux films de la Nouvelle Vague donc, Vincent est un jeune homme ordinaire, oisif, qui court après l’amour et cherche un sens à sa vie. Gaspard Ulliel, très bon acteur, lui prête son charme naturel, tel un Jean-Paul Belmondo des temps modernes. Et l’amour prend les traits de l’insaisissable Freya Mavor. Un peu plus souvent dévêtue que son partenaire masculin, l’actrice découverte dans Skins incarne une forme d’idéal féminin. Elle est mince et un peu boudeuse, et sa frimousse pleine de taches de rousseur est inoubliable.

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Mais durant ces quatre épisodes, elle n’est que l’objet du désir de Vincent. Désir de contrôler cet amour, son destin d’abord à eux, puis en fait à elle. Elle a besoin d’être sauvée. Malgré un caractère gentiment frondeur, elle est reléguée, de façon cliché, à une position passive. Elle pose beaucoup de questions, auquel il a ou non les réponses. Elle lui dit des choses comme "J’ai jamais autant joui qu’avec toi", ou "Le problème, c’est que tu baises trop bien".

(© Christophe Offret/Arte)

De manière générale, les dialogues d’Il était une seconde fois en appellent davantage à la mémoire du cinéphile qu’à celle du sériephile. Il faut aimer – et je peux y trouver un certain charme dans un autre contexte – ces répliques très intellectualisées, que l’on entend uniquement dans le cinéma d’auteur français. Elles se veulent profondes et pleines d’esprit ("On se quitte avant de mourir ou on meurt avant de se quitter ?"), mais elles sonnent faux ou elles donnent une méchante impression de déjà-vu. Il faut aussi aimer voir débarquer un personnage féminin qui balance à Gaspard Ulliel un "Je veux que tu me baises, là, maintenant" et qui, devant son refus, met trois claques d’affilée au malheureux, tout interdit par la fougue de ces dames qui, décidément, ne font que le malmener.

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Ne parlons pas des scènes accessoires avec des personnages secondaires – un frère mi-fou mi-devin, un livreur casse-pieds, des potes inutiles – qui n’ont que très peu d’intérêt, si ce n’est d’appuyer là où il ne faut pas, soit l’élément fantastique déjà bancal. Il prend la forme de cette boîte qui ramène notre héros dans le passé, ce qui donne des séquences en format carré, comme dans le récent Homecoming de Sam Esmail. Ce choix formel se justifie. En revanche, les scènes où Vincent perd son temps à tenter de convaincre ses petits camarades de la réalité de sa boîte en bois nous éloignent du véritable sujet, mieux effleuré dans les deux premiers épisodes, la suite prenant des airs de thriller.

Et le véritable sujet (inépuisable) à creuser sur quatre épisodes de 45 minutes, c’était évidemment la rupture amoureuse, la douleur, la mélancolie, le rapport au temps, l’évidence du renoncement qui s’impose… Si la détresse de Vincent est parfois palpable – la caméra le suit à chacun de ses pas – on ne ressent pas la fièvre de cet amour, l’alchimie de leurs premières rencontres (qui est montrée en flash-back).

Dans le même genre, on retournera donc regarder Eternal Sunshine of the Spotless Mind, un film réalisé par un homme (Michel Gondry) qui prend le point de vue d’un homme ordinaire (incarné par l’extraordinaire Jim Carrey) sur une histoire d’amour et de rupture douloureuse.

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Il était une seconde fois est disponible en intégralité sur la plateforme d’Arte.tv.  

Par Marion Olité, publié le 30/08/2019

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