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Jane the Virgin nous quitte avec le plus doux des happy endings

On a fait le plein de belles choses et d'aventures folles, on en a bien profité, maintenant il faut dire au revoir.

Rares sont les séries qui parviennent, au terme de cinq saisons, à faire un sans-faute. Et bien sûr, Jane the Virgin n’a pas toujours été parfaite – cette dernière année passée en sa compagnie n’a pas échappé à quelques petits écueils – mais oui, on l’affirme haut et fort, elle a fait un sans-faute. Elle n’a jamais cédé à la facilité de larmes trop facilement arrachées ou de sourires si aisément donnés, chacun d’entre eux était tellement mérité et authentique. Surtout, elle ne nous a jamais trahi·e·s.

Le pacte de confiance entre elle et nous a toujours été respecté, du début à la fin, de notre première rencontre avec Jane (et sa pétillante interprète Gina Rodriguez que l’on a découverte dans ce rôle) et sa famille, jusqu’à nos adieux. Celles et ceux qui étaient rebuté·e·s dès le départ par l’étiquette "telenovela" sans chercher plus loin se sont privé·e·s d’une œuvre méta, intelligente, courageuse, respectueuse du genre dont elle s’inspirait sans nier l’extravagance de celui-ci, irrésistiblement drôle, passionnée, tendre, qui aimait profondément ses personnages, sans porter de jugement de valeur sur leurs choix ou leurs attitudes. 

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Jamais Jane the Virgin n’aurait pu nous quitter sur une fausse note. Impossible. Sa fin est douce, joyeuse et accomplie, comme on l’espérait. Car la telenovela, comme le rappellent ses actrices dans l’avant-dernier épisode (qui compile des interviews du cast et de la créatrice de la série Jennie Snider-Urman), ont toujours une fin (peu de séries ont ce luxe de choisir l’heure de quitter nos écrans pour de bon), et cette fin est toujours heureuse (après tout ce qu’y subissent leurs personnages, c’est quand même la moindre des choses). L’amour a triomphé, celui de Jane et Rafael, et même Michael qui a eu droit à sa propre histoire d’amour, celui d’Alba et Jorge, de Rogelio et Xiomara, de Petra et l’autre Jane, mais aussi celui de cette famille si soudée, dont les trois femmes Villanueva étaient le cœur battant.

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Cette conclusion a aussi su rendre honneur à l’un des piliers de la série, notre complice depuis le début et qui n’apparaissait jamais à l’écran (du moins, c’est ce que l’on croyait avant un ultime twist) : le narrateur. Cette voix qui nous a accompagné·e·s durant cinq saisons, c’est celle d’Anthony Mendez. Et c’est seulement dans les dernières minutes qu’il nous a subtilement été révélé que ce commentateur pas tout à fait omniscient mais terriblement drôle et attachant, et qui vivait les mêmes émotions que nous, n’était autre que Mateo devenu adulte. OMG ! Straight out of a telenovela !

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Jane the Virgin a débarqué en 2015 dans un paysage sériel américain où l’idée même de représentation des diversités à l’écran était encore hésitante. Elle s’est achevée, hélas, dans un climat politique qui a rarement été aussi hostile avec les demandeurs d’asile venus d’Amérique du Sud. Mais elle a aussi offert une voix aux invisibles, devant comme derrière la caméra, puisque la writer’s room est essentiellement composée de femmes et de latino-américain·e·s. Elle a permis, à sa petite échelle, de mettre sur le devant de la scène une famille latina et a su trouver l’équilibre entre raconter des expériences propres à la communauté (Alba, la grand-mère qui continue de parler espagnol dans son foyer et qui obtient sa green card) et des histoires universelles. 

Ses héroïnes – car oui, ce sont les femmes qui portent Jane the Virgin sur leurs épaules, même si les hommes sont parmi les personnages masculins les mieux traités des séries actuelles, mais on y reviendra – ont toutes connu de merveilleuses évolutions. Mais c’est Petra qui a eu la plus belle partition à jouer. Grâce à une écriture au cordeau et à une grande empathie pour celle qui était au début une rivale froide et manipulatrice, et à l’immense talent de son interprète Yael Grobglas, aussi hilarante que touchante, aussi déterminée que vulnérable. Petra a, sous nos yeux, appris à baisser sa garde. 

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C’est un peu ce que la série a fait avec nous : le pitch de départ – une jeune femme vierge apprend soudain qu’elle a été artificiellement inséminée par accident avec le sperme de son ex-crush – avait laissé tout le monde dans l’expectative, mais dès le pilote, on a bien senti qu’elle avait quelque chose de spécial, cette petite bluette aux intrigues surréalistes. Des surprises, elle en avait en pagaille, mais son plus grand tour de passe-passe a été de nous faire aimer un genre dont on ignorait tout et sur lequel on avait beaucoup d’a priori. Elle n’a pas subverti la telenovela, elle l’a magnifiée tout en la rendant accessible aux newbies un peu snobs que nous sommes, biberonné·e·s à la série sauce US (dont les personnes latinx étaient, jusqu’à récemment, relativement absentes). 

Et, contrairement au cliché du mâle macho venu du sud, elle nous a offert des personnages masculins comme on rêverait d’en voir plus souvent. Rafael, le bellâtre latino, Michael le flic beau gosse, et Rogelio, le sex-symbol star de la télé qui adore le mauve… Ces hommes-là n’ont aucun problème à montrer leurs émotions, à pleurer, à déclarer leur amour, bref, à challenger les préjugés sur la virilité. Et mine de rien, regarder une série dont on a la certitude que les hommes ne sont pas violents et ne rabaissent pas les femmes, c’est comme trouver une oasis au milieu du désert. 

Donc non, vraiment, ne pleurez pas la fin de Jane the Virgin, parce qu’elle a fait son job, au sens le plus noble du terme. Elle quitte le petit écran dans un meilleur état que celui dans lequel elle l’a trouvé. Pareil avec nos petits cœurs. La balancelle du "porche des pleurs", comme le surnomment affectueusement ses actrices, continuera de récolter leurs larmes et leurs fous rires. La seule différence, c’est qu’on ne sera plus là pour les voir.

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Par Delphine Rivet, publié le 08/08/2019

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