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En saison 2, Killing Eve reste une comédie jouissive mais un thriller prévisible

Le bijou hybride de Phoebe Waller-Bridge continue de briller avec sa deuxième saison, juste un peu moins fort.

L’an passé, toute la sphère sériephile s’amourachait de Killing Eve. Créée par Phoebe Waller-Bridge à qui l’on devait déjà la remarquable Fleabag, cette coprod' américano-britannique s’apparentait à un chassé-croisé enivrant entre une agente du MI6 au quotidien monotone et une tueuse à gages sociopathe. En huit épisodes, son écriture piquante assurément féministe et son tandem d’actrices au sommet de leur forme ont donné lieu à une première saison stellaire en tous points.

Puis, la saison 2 est arrivée. Inévitablement, après un tel accueil aussi bien critique que public, les attentes étaient hautes et la pression palpable. Killing Eve avait huit nouveaux épisodes pour cultiver la magie de sa fournée inaugurale, voire placer la barre un cran au-dessus. Verdict ? Malgré une cohérence indéniable et un humour toujours on fleek, ce second round fait du surplace qui empêche la série d’être un sans-faute.

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Sans surprise, Killing Eve a cerné ce qui avait fait son succès initial : la relation complexe unissant Eve, l’ange, à Villanelle, le démon. C’est en toute logique donc que la série continue de miser sur ce duo atypique… voire un peu trop. Par moments, on se demande si Killing Eve est consciente qu’elle a d’autres personnages à explorer et, surtout, une mythologie à développer.

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L’exemple ultime ? On entend beaucoup parler de The Twelve le groupe secret qui faisait appel aux services de Villanelle , sans pour autant en apprendre davantage à son égard. Après deux saisons, on n’est pas plus fixés quant aux tenants et aboutissants de cette menace ultime, qui semble tout de même planer sur Villanelle depuis un moment sans pour autant prendre forme. Cette négligence scénaristique est symptomatique d’un plus gros problème : Killing Eve perd pied quand il s’agit d’être un thriller.

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En saison 1, la tension était présente de bout en bout. Désormais, les enjeux semblent s’estomper et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé d’inclure une nouvelle ennemie, appelée The Ghost, pour relancer la machine. Au début, on y croyait. On se disait que le duo allait devenir trio, complexifiant ainsi les relations féminines devenues le fer de lance de la série. Ce fut finalement un pétard mouillé, et toute cette partie thriller a été tuée dans l’œuf. Il y avait bien l’histoire d’Aaron Peel sur laquelle se replier, intrigante au demeurant mais bousillée dans l’épisode final de manière assez peu justifiée.

Après avoir soulevé ces imperfections, il est tout de même bon de rappeler que Killing Eve n’est pas seulement un récit d’espionnage haletant. C’est aussi une comédie efficace au sens de l’humour affûté qu’on retrouve peu sur la petite lucarne. En ça, cette saison 2 reste brillante. Vraiment, brillante. En une seule scène, la série se montre plus hilarante qu’une majorité de sitcoms à l’antenne et ce, même en incluant une scène de torture bien sanglante dans le quartier rouge d’Amsterdam.

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Cette dimension humoristique est en majeure partie due à Jodie Comer, qui joue avec brio le côté impétueux et enfantin de Villanelle dans ses moments les plus légers. On repense d’emblée au passage à Paris où elle se fait accoster par une jeune femme qui la complimente et lui demande son approbation pour la prendre en photo pour son Instagram. "Non, absolument pas", rétorque notre criminelle préférée, avant de continuer avec un "achète-toi une vie" qui nous fait rire aux éclats. Bon, OK, raconté ainsi, ça semble nettement moins drôle.

En tout et pour tout, Killing Eve a effectué un retour en douceur, se complaisant dans les aspects qui ont fait le succès de sa première saison sans pour autant oser nous surprendre ou creuser davantage son univers. La relation entre Eve et Villanelle demeure toujours aussi captivante mais la série se repose trop sur elles deux, ce qui risque de lui porter préjudice sur la durée.

Les dernières secondes, qui font écho à celles de la saison précédente, nous laissent perplexes quant à la longévité de Killing Eve, qui risque de faire des redites avec sa saison 3. Mais bon, on ne va pas se mentir : rien que pour les beaux yeux d’Eve et Villanelle, on sera au rendez-vous.

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Les deux saisons de Killing Eve sont disponibles en rattrapage à la demande sur MyCanal en France.

Par Florian Ques, publié le 28/05/2019

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