© Juhan Noh/Netflix

Kingdom, la relève sud-coréenne époustouflante des séries de zombies

Une série horrifique en costume qui sent bon le cadavre putride et souffle un vent de renouveau sur un genre en perdition sur le petit écran.

© Juhan Noh/Netflix

Ce n’est un scoop pour personne, mais le genre du zombie se meurt sur le petit écran. La CW diffusera la dernière saison d’iZombie cette année, Z Nation a été annulée dans l’indifférence générale et The Walking Dead peine à se renouveler depuis plusieurs saisons. Toujours prêt à défendre les âmes en peine et les séries de genre, Netflix a décidé d’abandonner un temps les productions américaines pour faire renaître l’univers post-apocalyptique des morts-vivants du côté de l’Asie. Un pari audacieux mais payant à en croire les deux premiers épisodes de Kingdom, la première création sud-coréenne de la plateforme.

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Adapté de la BD en ligne The Kingdom of the Gods écrite par Kim Eun-hee et illustrée par Yang Kyung-il, le show de Netflix nous plonge dans la Corée féodale de la période Joseon. Depuis quelques jours, le roi est retranché dans ses quartiers. Son premier conseiller, la reine et sa garde personnelle assurent qu’une variole virulente l’a cloué au lit. Pas dupe pour un sou, le prince héritier, auquel on a interdit l’accès à la salle du trône, décide un soir de se faufiler dans la pièce sacrée pour découvrir avec horreur qu’un monstre se balade dans le palais.

Au-delà des murs du château, le peuple, pauvre et affamé, se rebelle contre un seigneur décrit comme cupide et corrompu. Absorbés par leurs revendications, les sujets ne se doutent pas qu’une redoutable épidémie est en train de se répandre à travers le pays. Il est déjà trop tard lorsque les 48 membres d’un hospice, affamés, se résignent à manger un cadavre (contaminé, évidemment), meurent à leur tour et se réveillent la nuit à la recherche de chair fraîche, avant de retourner se cacher lorsque pointent les premières lueurs de l'aube.

Le roi est mort, vivent les zombies

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Si The Walking Dead et World War Z sont vos seules références dans le genre du zombie, il vaut mieux laisser derrière vous les codes des productions américaines avant d’attaquer Kingdom. La série de Netflix obéit aux règles du sageuk, le drame historique à la coréenne. Le terme fait référence aux fameux films en costume qui se déroulent avant ou pendant la période Joseon, qui débute à la fin du XIVe siècle. Les choix artistiques et de mises en scènes peuvent ainsi paraître surprenants voire grotesques si l’on découvre totalement ce format atypique.

Et pourtant, c’est bien là que réside toute l’originalité de Kingdom. Dès ses premiers plans, la série nous envoûte par son cadre moyenâgeux, filmé de main de maître par Kim Seong-hoon (Tunnel), qui a réalisé l’intégralité de la saison 1. Le metteur en scène sud-coréen entre en communion parfaite avec la nature, proposant des plans époustouflants dans les temples authentiques de la dynastie Joseon ou au-dessus des forêts d’érables et de ginkgos multicolores. La lumière et la photographie sont sublimes, jouant régulièrement avec les jeux d’ombre et de lumière pour créer de l’angoisse chez le spectateur. En bref, l’immersion dans ces temps anciens est immédiate, et on ne boude pas non plus son plaisir face aux combats à l’épée sanglants.

Car comme toute série de zombies qui se respecte, Kingdom est violente. Si les morts-vivants sont moins maquillés et putrides que dans The Walking Dead, le show ne se prive pas de nous montrer d’atroces morsures ou des têtes qui volent. Mais c’est là qu’intervient l’originalité du sageuk : les séquences d’action sont souvent entrecoupées de dialogues tordants ou de faces risibles d’acteurs qui surjouent l’étonnement. Grâce à ce rythme haletant et complètement imprévisible, on enchaîne à une vitesse folle les épisodes, toujours plus avides de découvrir la mythologie de Kingdom.

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© Juhan Noh/Netflix

Petit à petit, on intègre ainsi les codes qu’a mis en place la scénariste Kim Eun-hee dans son univers zombiesque. Ici, les cadavres reprennent vie seulement à la nuit tombée, tandis que l’infection suite à la morsure se déclare bien plus promptement que dans The Walking Dead. Les morts-vivants sont également plus rapides, et se déplacent davantage comme des humains que des animaux sans conscience. Au milieu de cette danse macabre, on reste en extase face aux plans paradoxalement poétiques de Kim Seong-hoon, qui confirme tout son talent en termes de cadrage et fluidité visuelle.

Par ailleurs, l’équipe de la série a travaillé le design sonore des grognements de zombies pour les rendre ultra-saturés, quasi surréalistes, et plus proches du monstre que du râle de zombie. En fin de compte, Kim Eun-hee pioche autant dans des mythes occidentaux, tels que les vampires et les loups-garous, que dans les références de son pays (Dernier train pour Busan de Sang-ho Yeon en tête) pour redéfinir les règles de son monde post-apocalyptique.

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Dans toute sa théâtralité et son excentricité, Kingdom expose en deux épisodes une très vaste palette de personnages parfois difficiles à identifier. Il faut dire que le royaume est découpé en différentes factions, entre les peuples et les souverains mais aussi un groupe corrompu qui tente de s’emparer du trône. Ainsi, le show se débarrasse des questions existentielles qu’a traitées maintes et maintes fois The Walking Dead. On se laisse plutôt porter par l’histoire addictive de ce royaume maudit et de ce peuple révolté, parfois hilarante, parfois terrifiante, mais jamais ennuyeuse.

Enfin, un petit mot sur la distribution excellente, où on observe très vite deux acteurs au-dessus du lot : Ju Ji-hoon, parfait dans le rôle du prince Chang, et des retrouvailles, qui sauront ravir les fans endeuillés de Sense8, avec Doona "Sun" Bae, en contre-emploi étonnant par rapport à sa partition dans l’œuvre des Wachowski. On leur souhaite de prendre leurs jambes à leur cou mais de ne pas s’enfuir trop loin, puisque Netflix a déjà assuré le retour de Kingdom pour une deuxième saison prochainement.

En France, la première saison de Kingdom est disponible en intégralité sur Netflix.

Par Adrien Delage, publié le 29/01/2019

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