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Little America : les citoyens de l'ombre mis en lumière dans une anthologie poignante

La dernière production d'Apple TV+ se réapproprie le rêve américain et propose un récit nécessaire sur l'immigration.

Depuis que Donald Trump a élu domicile à la Maison-Blanche, la question migratoire est plus que jamais centrale. D'ailleurs, lorsqu'on aborde ce sujet-là, c'est souvent à travers un prisme politique. On souligne les enjeux légaux, on parle des pratiques pas toujours réglementaires des douaniers, notamment les agents de ICE (Immigration and Customs Enforcement) – ceux qui traquent les sans-papiers pour les expulser du territoire. On en finit par négliger la dimension humaine liée à l'immigration. Lancée il y a peu sur la plateforme Apple TV+, Little America est là pour rectifier le tir.

Conçue en huit épisodes d'une trentaine de minutes, cette anthologie comble un manque et donne la parole à celles et ceux qui n'en ont pas. Pour ce faire, elle s'appuie sur des histoires vraies, puisées dans les pages d'Epic, un magazine américain qui avait regroupé des parcours singuliers et des anecdotes parfois improbables de personnes immigrées venues aux États-Unis.

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Une mère célibataire ougandaise lance son business de cookies dans le Kentucky en partant de rien, une trentenaire française part à la quête d'elle-même dans une retraite silencieuse au Massachusetts, un gamin indien de 12 piges se retrouve en charge du motel de ses parents après leur expulsion des States... Concrètement, Little America brasse large dans les récits qu'elle porte à l'écran. Selon les épisodes, on peut tomber sur une intrigue fascinante, tout comme sur une autre plus anodine.

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Mais ce qui frappe, une fois le visionnage de Little America achevé, c'est par-dessus tout la volonté d'inclure des trajectoires diverses qui, malgré les embûches, se concluent sur une note pleine d'espoir – en guise d'exemple, son huitième épisode : son dernier et, de loin, son meilleur.

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Intitulé "The Son", il retrace le quotidien ardu d'un demandeur d'asile originaire de Syrie. Menacé par sa famille ayant découvert son homosexualité, celui-ci se réfugie un temps en Jordanie avant d'obtenir gain de cause en étant accueilli aux USA. Sur place, il renoue avec un ami à lui, syrien et ouvertement gay, qui l'emmène dans une boîte de nuit queer. Lors d'un instant, qui semble suspendu, il observe une drag-queen chanter du Kelly Clarkson en play-back, son visage s'illuminant au gré de la performance. C'est un passage symbolique, touchant de simplicité.

Cet épisode-là est peut-être le plus délicat dans son propos (l'homophobie dont est victime le personnage peut en déranger plus d'un) mais il représente parfaitement la force de Little America : dépeindre des tranches de vie, sans fard, en misant sur l'humain plutôt que sur le sensationnel. Les histoires de cette anthologie ne regorgent pas de rebondissements. Il n'y a pas de twist final, pas de cadence haletante. A contrario, elle joue la carte de la sobriété, aussi bien dans sa narration que dans son esthétique, posant une question qu'il est bon de se poser à l'ère de Trump : et si ces citoyens diabolisés ou oubliés étaient, au final, des êtres humains comme tout le monde ?

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Dans Little America, le fameux rêve américain n'a pas la même saveur qu'à l'accoutumée. On n'est pas ici face à une actrice en herbe qui veut percer sur la scène hollywoodienne ou un chanteur en mal de reconnaissance. Non, ce n'est pas cet "American Dream" plein de strass et de paillettes que la série convoque. Les enjeux sont différents. Ici, ces individus ayant migré aux États-Unis ont un désir de stabilité, de normalité. Ils ne veulent pas plus que les autres, mais tout autant que les autres. Cet appel à l'égalité des droits, à l'égalité des chances, est terriblement bien amené, peu importe l'épisode de cette première saison captivante.

Déjà reconduite pour une deuxième fournée, Little America n'a pas beaucoup fait parler d'elle. À tort, clairement. Bien que les histoires qu'elle narre aient pour dénominateur commun la thématique migratoire, sa finalité est tout autre : la série tend à montrer l'humain dans des récits que les médias ou les politiques ont tendance à déshumaniser. En ça, le pari est réussi.

Little America est disponible en intégralité sur Apple TV+.

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Par Florian Ques, publié le 29/01/2020

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