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Marianne est une incursion horrifique française pop et jouissive

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La mise en ligne du trailer avait posé une ambiance maîtrisée qui avait alléché plus d’un·e spectateur·ice. Ce vendredi 13 (bouh !), Netflix sort finalement sa première série d’horreur française, imaginée par Samuel Bodin, un des showrunners les plus intéressants de sa génération. Découvert avec sa précédente série, Lazy Company, diffusée sur OCS, le trentenaire bercé par les séries US aime se frotter au genre et sait éviter les écueils habituels dans lesquels tombent nombre de fictions françaises (les mauvais dialogues, le manque d’autodérision, les interprètes inégaux).  

Marianne raconte les aventures d’Emma (incarnée par la révélation Victoire Du Bois, juste parfaite en final girl version 2019), une romancière à succès qui raconte des histoires d’horreur depuis plusieurs années. Son héroïne fictive se bat constamment contre une terrible sorcière, prénommée… Marianne évidemment. Alors qu’elle a décidé de mettre un terme à cette saga littéraire, les histoires cauchemardesques qu’elle couche sur papier vont prendre vie. Emma n’a d’autre choix que de retourner dans sa ville natale, Elden, en Bretagne, et se confronter aux démons de son enfance. 

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Avant même de voir les premières images, j’étais attirée par ce pitch frais, méta et par l’audace de son showrunner, qui débarque avec sa série d’horreur, quasiment un an après The Haunting of Hill House, le chef-d’œuvre horrifique de Mike Flanagan, diffusé lui aussi sur Netflix. Il n’y a pas vraiment lieu de comparer les deux – le ton, le budget, les ambitions sont si différents. Toutefois, les deux séries ont en commun de ramener leurs spectateur·ice·s à ce dont on ne se défait jamais vraiment : la famille, les émois adolescents et les terreurs de l’enfance. 

Terreurs nocturnes 

Comme nous l’a confié Samuel Bodin dans une interview à paraître sur Biiinge, Marianne a pour point de départ un de ses plus vieux cauchemars d’enfant, quand il rêvait d’une sorcière, qui prenait possession de ses proches pour l’attaquer. Il le sait : pour que ce genre fonctionne, il faut y aller, faire vraiment peur. Et on peut dire que sur ce point, c’est plutôt réussi. Sans réinventer la roue, le showrunneur/réalisateur/scénariste utilise les grands classiques du genre avec bonheur : les portes grincent, les ongles crissent, les dents tombent et les jump scares s’enchaînent. Et puis, entre ses petits paquets de peau et cheveux ensanglantés laissés un peu partout pour maudire ses ennemis, son imprévisibilité et ses regards déments, la sorcière – utilisée ici dans tout son folklore horrifique pop – fout vraiment les jetons. Chapeau à l’actrice Mireille Herbstmeyer, qui incarne des pieds à la tête, pendant une bonne partie de la première saison, la mère d’une amie d’enfance d’Emma, qui se retrouve possédée par l’esprit maléfique. Les scènes sont glauques et malaisantes à souhait. L’utilisation qu’elle fait de son corps, vecteur de la folie sanguinaire du monstre – est flippante et fascinante. 

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Derrière le motif horrifique, Marianne est prétexte à parler du rapport d’Emma avec les autres : sa famille, ses amis d’enfance, et même la mort. Un des meilleurs épisodes de la première saison, le cinquième, raconte en flash-back l’adolescence de la jeune femme dans cette ville paumée de Bretagne. Il y a tout dans cet épisode : l’insouciance de l’adolescence, les jeux d’enfants qui tournent mal (très mal), la sensation d’isolement terrible de l’héroïne, l’incompréhension des parents, la fuite en avant… Les sensations s’entrechoquent au milieu de ce décor naturel – quelle bonne idée d’aller tourner une histoire d’horreur en Bretagne – paradoxalement réconfortant et oppressant. 

La série aurait en revanche gagné à se resserrer sur sa tonalité, elle tombe parfois dans une ambiance presque burlesque qui détonne. Alban Lenoir en inspecteur à la ramasse et Alexandre Philip en spécialiste mystique ne convainquent pas complètement, même s’ils sont sympathiques. On reconnaît là l’attirance de Samuel Bodin pour le mélange des genres. Et puis le scénariste ne semble pas avoir conscience d’avoir créé une héroïne lesbienne. Ce qui est dommage car du coup, on ne croit absolument pas à ses interactions romantiques avec la gent masculine. J’attendais plutôt un rapprochement avec Camille, son assistante/confidente, incarnée par la choupi Lucie Boujenah. Il se passe quelque chose entre elles, ce qui explique d’ailleurs pourquoi la jeune femme reste aux côtés d’Emma alors que les corps s’empilent les uns après les autres. 

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On peut toujours aussi trouver des choses à redire dans le rythme de certains épisodes, mais il n’empêche que les promesses de Marianne sont tenues. Avec un petit budget, Samuel Bodin et son équipe ont réussi à nous cuisiner une série d’horreur divertissante, haletante (il me manque 3 épisodes, qui seront clairement visionnés ce week-end), qui n’a pas peur de prendre des risques et de mettre son public très mal à l’aise. Il m’a confié avoir en tête une série qui durerait dans les trois saisons. Il n’y a plus qu’à espérer que le public soit au rendez-vous. 

La première saison de Marianne, composée de huit épisodes, est disponible sur Netflix depuis le 13 septembre. 

Par Marion Olité, publié le 13/09/2019

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