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Après sept saisons, les détenues d'Orange Is the New Black font leurs adieux

Et c'est avec un clap de fin étonnamment satisfaisant que Chapman et ses camarades nous abandonnent. Attention, spoilers.

Pour Netflix et ses millions de fidèles, c’est une ère qui se termine. Après la disparition de House of Cards et ses magouilles au cœur de la Maison-Blanche, le mastodonte de la SVoD se sépare maintenant de sa deuxième production originale. Inaugurée à l’été 2013, Orange Is the New Black s’était imposée d’entrée de jeu comme l’une des figures de proue de la plateforme. Puis l’annulation, inéluctable, fut annoncée l’an passé. Mais avec une qualité en dents de scie, variant gravement de saison en saison, la série de Jenji Kohan se devait de s’en aller la tête haute. Et c’est ce qu’elle a fait, thank God.

Dans la lignée de la cuvée précédente, cette septième saison se présente comme un patchwork d’intrigues entrelacées, aux décors bien différents. Tandis que Piper a enfin pu renouer avec sa liberté, d’anciennes détenues qu’on connaît bien subissent les foudres de l’immigration. Pendant ce temps, la vie suit son cours dans la prison haute sécurité où résident les rescapées de Litchfield, notamment Taystee qui rencontre quelques difficultés à digérer sa réclusion à perpétuité.

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On ne va pas se mentir, la saison 6 d’Orange Is the New Black s’apparentait à un capharnaüm sans nom. En plus d’introduire de nouveaux personnages absolument abjects (Badison, la pire), ces treize épisodes interminables se focalisaient beaucoup trop sur la rivalité entre deux sœurs psychopathes. Un fil rouge ô combien décevant quand on arrive enfin au dénouement, retombé comme un soufflé. Mais ce qu’on peut reprocher à cette saison-là de la série carcérale de Netflix, c’est surtout de n’avoir eu aucune idée à véhiculer, aucun parti pris à défendre. Le tout était, au bout du compte, dénué de réel sens.

Face aux critiques, la septième saison se présente comme un retour aux sources. Pour le plus grand plaisir des fans, Orange Is the New Black rebrousse chemin pour mieux retrouver son ADN, soit ce qui fait que la série fonctionne. Ici, elle prouve sa pertinence en s’attaquant à la thématique de l’immigration, et surtout à la façon dont la police douanière gère les sans-papiers. En prenant appui sur deux personnages qui nous sont familiers – Blanca et Maritza –, elle mise sur l’affect pour nous montrer comment les lois du gouvernement trumpiste touchent de réels individus. Après avoir fait écho aux propos du mouvement Black Lives Matter avec sa saison 4, le show se calque encore une fois sur l’actualité en traitant de la situation migratoire aux US et réussit sans effort à tirer son épingle du jeu.

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Fidèle à elle-même, la série excelle là encore dans sa façon d’explorer la zone grise, en montrant qu’il y a aussi bien des happy ends que des fins hautement plus tragiques. Cette année, on a dû dire adieu, en cours de route, à Pennsatucky, l’exemple presque caricatural de la white trash, issue d’une classe pauvre, peu futée mais indéniablement attachante. En se débarrassant d’elle via une overdose, le show tue dans l’œuf une histoire de rédemption prometteuse. En ça, elle n’oublie pas de mettre en lumière le côté fataliste qu’on associe à l’univers carcéral. C’était une fin déplorable pour le personnage, qui a beaucoup évolué depuis ses débuts, mais compréhensible dans le sens où la prison est souvent synonyme de désespoir.

S’il fallait bien se munir d’un paquet de Kleenex au cours de cet ultime visionnage, Orange Is the New Black n’a pas donné que dans le déprimant. A contrario, elle a aussi su montrer des arcs narratifs bien plus optimistes, comme celui de Taystee. Condamnée à perpétuité, elle songe un temps à mettre fin à ses jours, aussi bien par facilité que par dépit. Et puis, de fil en aiguille, elle s’éveille, notamment aidée par Tamika, et comprend qu’elle peut vivre une vie derrière les barreaux. Pas la vie dont elle rêvait, non, mais une vie qui peut la combler en dépit de la contrainte. C’est un beau message, empreint d’humanité, comme la série sait si bien le faire dans ses meilleurs moments.

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D’ailleurs, au-delà de nos prisonnières fétiches, le show réussit à offrir des développements satisfaisants à ses autres protagonistes, avec une mention spéciale à Caputo et sa douce Figueroa. Un temps présentée comme une reine des glaces sans cœur, cette dernière gagne en profondeur cette saison. Son temps fort restera la scène chez sa gynécologue, où elle prend la décision d’avorter car elle refuse d’élever un enfant dans ce monde qui ne tourne pas rond. C’est, là encore, un autre message fort que délivre Orange Is the New Black, criant haut et fort que rien ne va avec le climat politique et sociétal contemporain. Respect.

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Quant à Caputo, celui-ci se trouve au cœur d’une polémique facilement associable au mouvement #MeToo, accusé de harcèlement sexuel sur son lieu de travail par une ancienne gardienne. D’abord outré de cette façon dont il est pointé du doigt, l’ex-dirigeant de Litchfield finit par ouvrir les yeux, comprenant que son comportement n’était pas adéquat. Il finit par apprendre de ses erreurs. Et si sa rédemption n’est pas totalement complète, il fait preuve d’une grande maturité et s’impose alors comme l’un des protagonistes masculins les plus étoffés et bien écrits de toute la série.

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En plus de tout ça, cette saison 7 traite aussi de discrimination positive, d’écarts salariaux, de la vie post-prison… C’est un dernier round extrêmement complet, qui mixe un tas d’intrigues périphériques sans que l’une paraisse plus importante que l’autre. Relevant le niveau après une saison en demi-teinte, Orange Is the New Black revient avec ce qu’elle sait faire de mieux : explorer des thématiques sociétales puissantes et dans l’air du temps, le tout à travers une galerie de personnages qu’elle sait choyer et rendre attachants de la première à la dernière réplique. Et si toutes nos détenues adorées n’ont pas une fin heureuse, la série, elle, s’en va sur un clap de fin terriblement satisfaisant.

L’intégralité d’Orange Is the New Black est disponible sur Netflix à l’international.

Par Florian Ques, publié le 29/07/2019

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