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Game of Thrones : "A Knight of the Seven Kingdoms" est un touchant adieu aux armes

"The things we do for love..."

"The things we do for love…" Cette réplique prononcée par Jaime Lannister pour la première fois dans le premier épisode de Game of Thrones, alors qu’il s’apprêtait à pousser Bran – qui avait eu la malchance d’assister par accident à ses ébats avec Cersei – du haut d’une tour du château de Winterfell, a de nouveau retenti avec à propos dans l’épisode 2 de la saison 8. Comme un miroir de la première saison, c’est Bran qui prononce cette fois ces mots à Jaime, alors que celui-ci tente de défendre ses actes lors d’un procès improvisé au domaine des Stark. L’ancien "prince pas trop charmant", devenu l’un des personnages masculins les plus attachants de cette histoire de feu et de glace, justifie ainsi son comportement : "Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour ma famille." Jaime, personnage shakespearien par excellence, esclave de sa passion destructrice pour sa sœur jumelle, n’avait jamais dissocié le concept d’amour de celui de famille.

On assiste, ému·e·s, à l’impossible rédemption (ou à un moment de répit si l’on veut être cyniquement réaliste), loin de Port-Réal et au contact de Brienne de Torth, d’un personnage que l’on pensait si amoral. Comme le pointe le titre de l’épisode, "A Knight of the Seven Kingdoms" ("Un Chevalier des Sept Royaumes), parmi toutes les relations de la série, la plus bouleversante pourrait bien, contre toutes attentes, être celle de l’héritier Lannister avec Brienne, dont il va réaliser le vœu le plus cher : l’adouber "chevalière des Sept Couronnes".

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Quelque temps avant, c’était elle, femme discrète hors des champs de bataille, qui sauvait la tête de Jaime devant Sansa et Daenerys, bravant sa timidité pour défendre l’honneur du Lion, si souvent moqué pour avoir brisé ses serments. Leur relation, faite de non-dits mais basée au fil des épreuves sur une confiance absolue, un sens du sacrifice mutuel et un rapport de force inexistant au final car complètement égalitaire, est belle à pleurer.

"The things we do for love…" Finalement, Jaime Lannister continue à agir par amour et par sens du serment. Quelles raisons avait-il d’aller risquer sa vie sur les terres d’une famille haïe, les Stark, si ce n’est parce qu’il l’avait promis lors du rassemblement de la saison 7 à Fossedragon et pour revoir Brienne ? Sans oublier la présence de Tyrion, qu’il est définitivement le seul Lannister à aimer fraternellement. Avouons que les discussions à bâtons rompus entre eux, teintées d’humour mais aussi pleines de vérités acides, nous avaient manqué. Tyrion dit par exemple à Jaime, qui tente d’amenuiser ses responsabilités dans sa relation avec Cersei : "Elle ne t’a jamais dupé. Tu savais exactement qui elle était, et tu l’as aimé malgré tout."

Family matters

Il y a la famille que l’on subit et la famille que l’on choisit. Loin des traditions autoritaires et violentes des Lannister, de cet héritage pesant imposé aujourd’hui par Cersei, digne fille du patriarche Tywin, Jaime et Tyrion s’épanouissent auprès de leurs compagnons d’armes, alors même que la fin du monde est dans quelques heures. Cet épisode, sous forme d’adieu aux armes, nous a réservé un autre moment de grande émotion, qui nous attrape presque par surprise. On ne s’y attendait pas, à être autant ému·e·s de voir Theon Grejoy et Sansa Stark se prendre dans les bras. L’adversité (ils sont tous deux des survivants de l’atroce Ramsay Bolton), ça crée des liens. Voir Theon, ce personnage pour qui faire un choix entre sa famille adoptive et celle de son sang a été source de tous les malheurs de son existence, revenir à Winterfell pour potentiellement y vivre ces dernières heures est très fort.

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L’épisode n’est pas exempt de quelques longueurs et autres scènes prévisibles et mal négociées : on pense notamment à la révélation de Jon à Daenerys sur ses origines, complètement bâclée. Mais en cette dernière nuit avant la Grande Guerre, on a envie de s’attarder sur ce qui a été réussi, comme cette veillée au coin du feu entre Ser Davos, Tormund et son origin story pour le moins malaisante, Podrick, Brienne, Jaime et Tyrion. Mais aussi cette scène entre Gendry et Arya, qui avait envie d’avoir des relations sexuelles. Si on a souvent, et à raison, reproché à Game of Thrones un sexisme caché à bien des endroits derrière ses "personnages féminins forts" et notamment niché dans ses scènes de sexe rarement égalitaires et systématiquement filmées pour attiser le désir masculin, cette fois, il n’en est rien. Fidèle à elle-même, Arya, ce personnage qui défie depuis le début les stéréotypes de genre, décide, prend les devants, déterminée devant un Gendry étonné mais clairement pas mécontent de se laisser faire. You go girl.

Tordre le cou à ce qu’on attend du comportement des femmes, Game of Thrones a su le faire aussi, notamment avec le personnage de Daenerys, la "défétichisant" au fil des épisodes. Non, elle n’est pas la déesse, mère du peuple parfaite. D’aucuns ont été choqués qu’après l’annonce de son lien de parenté avec Jon, la jeune femme se focalise plutôt sur les lois patrilinéaires de l’accession au pouvoir, qui font qu’il est l’héritier légitime du trône de Fer (sous-entendu avant elle). Comme l’explique très bien Emilia Clarke dans une interview, abandonnée par sa famille, vendue par son frère à un chef dothraki, violée, Daenerys s’est forgée seule, a conquis des villes, libéré des esclaves, fait face aux dilemmes de l’exercice du pouvoir avant de revenir sur ses terres natales. Si le trône de Fer était une méritocratie, elle devrait être dessus.

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Mais Game of Thrones est tout le contraire : c’est une série sur l’ironie de la vie. Ou l’homme d’honneur se fait couper la tête après avoir dû renoncer à ses principes, où celui que l’on imagine sans aucun honneur est en fait l’un des plus fidèles à ses serments, où le bâtard qui ne veut pas être roi se révèle l’héritier légitime du royaume des Sept Couronnes. Ou la princesse se fait violer avant de devenir celle que personne n’attendait : la plus redoutable des politiciennes.

C’était ça Game of Thrones, une galerie de personnages, des évolutions spectaculaires, des duos improbables, un sens imparable du paradoxe de l’existence, de l’épique, de l’humour, de l’amour qui naît là où ne l’attend pas. Des personnages liés par l’affection née du temps et des épreuves passées ensemble. Le Limier, Tormund, Ser Davos, Gilly, Theon, Ver Gris ; peut-être même Sam, Tyrion, Brienne ou même Missandei, Arya et Daenerys… nous ont fait leurs adieux dans cet épisode. Quels que soient les survivants, une partie de ce qui a fait la splendeur de GoT ne sera plus après la Grande Guerre. C’est le début de la fin. On ne peut pas dire que Jaqen ne nous avait pas prévenus. Valar Morghulis.

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La saison 8 de Game of Thrones est diffusée en France sur OCS en simultané avec HBO.

Par Marion Olité, publié le 24/04/2019

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