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Roswell, New Mexico a la tête dans les étoiles et les pieds bien enracinés dans son époque

À la question "peut-on faire du neuf avec du vieux ?", Roswell, New Mexico répond "oui" et s’impose comme un bel exemple de recyclage réussi.

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Roswell, série diffusée de 1999 à 2002 d’abord sur la WB puis sur le réseau UPN (c’était avant que les deux fusionnent pour donner naissance à la CW) entre à son tour dans la catégorie des séries "pas si vieilles que ça mais suffisamment pour ne pas être connue des plus jeunes millennials" ayant droit à leur reboot. Celui-ci a été développé par Carina Adly Mackenzie, d’après les romans de Melinda Metz intitulés Roswell High, pour la CW.

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Pour les trentenaires, on ne va pas se mentir, le plus gros affront est de ne pas avoir conservé Dido pour le générique. Pour tout le reste, le pilote de Roswell, New Mexico est très fidèle à l’original… à une différence près, et elle est de taille : cette nouvelle version est, sans équivoque, ultra-politisée. Le premier qui crie "Social Justice Warrior" a perdu ! Ça ne plaira pas à tout le monde selon son bord (mais à moins qu’ils/elles n’aient atterri par hasard sur cette chaîne, les républicain·e·s ne foutent quasiment pas les pieds sur la CW, surtout avec ses récentes productions très orientées à gauche). En revanche, pour peu que l’on se range du côté du progrès et du libéralisme à l’américaine, le pilote de la série est loin d’être inintéressant.

Toujours sur le même postulat de départ que son aînée, Roswell, New Mexico raconte comment une jeune femme, Liz, apprend que sa petite ville héberge dans le plus grand secret une fratrie d’aliens, Michael, Isabel et Max. Pour couronner le tout, elle va tomber amoureuse de ce dernier. Ce qui va orienter tout le propos de la série, et qui est le premier indicateur de cette prise de position, c’est d’avoir fait de son héroïne une vingtenaire (plus âgée que les ados de l’originale, donc) latino-américaine (quand la Liz de 1999 était incarnée par Shiri Appleby), dont le père réside illégalement sur le territoire.

La série va alors jouer sur le double sens, en anglais, du mot "alien" qui signifie "extraterrestre", mais aussi "étranger/étrangère". Les "illegal aliens", ceux qui filent des sueurs froides à Donald Trump et son entourage, au point de vouloir bâtir un mur pour les empêcher d’entrer, tiennent justement une place importante dans cette nouvelle mouture de Roswell. Celle-ci se veut ainsi plus inclusive (elle introduit un personnage queer dès le début et a mis l’accent sur la diversité dans son cast), et plus en phase avec son époque que l’originale de 1999.

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Ce n’est pas à dire que la première série Roswell devait être corrigée – et ce serait d’ailleurs probablement une erreur de la revoir aujourd’hui, ça vieillit mal ces choses-là (coucou Charmed). Non, en réalité, la responsabilité d’être dans le commentaire sociétal incombait exclusivement à son remake. Parce qu’il est diffusé aujourd’hui, dans le contexte politique américain que l’on connaît et dans lequel les séries ont clairement choisi leur camp, il lui était impossible de ne pas se positionner. Elle est même bien plus légitime dans cet exercice que Charmed, par exemple, pour qui le cast latinx est une cerise sur le gâteau. Cette dernière a d’ailleurs plus porté son discours sur l’Amérique après #MeToo et la figure de la sorcière dans le panthéon des icônes féministes, mais on digresse.

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Ce Roswell 2.0 a donc décidé, pour se distinguer de son aînée, d’ajouter "New Mexico" à son titre. Cette précision de l’État dans lequel se déroule l’action (les noms de villes américaines sont couramment associés à celui de leur État, notamment pour éviter certaines confusions, à l’image de "Paris, Texas") est aussi là pour rappeler que nous sommes près de la frontière américano-mexicaine, devenue le symbole des divisions qui dévorent le pays. Dès les premières minutes, notre héroïne Liz est confrontée à un coup de filet des services de l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) dont les méthodes expéditives et immorales ne sont plus à démontrer.

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Elle se fait contrôler à son tour et, comme elle est habituée à ce genre de délit de faciès, elle est sur la défensive : "Donc vous laissez passer les Jones et les Jenner, mais vous arrêtez la latina et vous allez prétendre que c’est juste un contrôle d’alcoolémie ?" Elle prouve aussi qu’elle a déjà préparé sa défense si le pire devait arriver en menaçant d’appeler l’ACLU, l’American Civil Liberties Union, un organisme caritatif qui joue un rôle essentiel aux États-Unis dans les cas de détentions et d’expulsions abusives. Pour simplifier, ce sont les pires ennemis de l’ICE.

Le fait que Roswell plante son décor de cette façon, avant même d’avoir commencé à exposer l’intrigue des jeunes aliens, en dit long sur les ambitions de cette nouvelle version. Là où on va l’attendre au tournant, c’est lorsque la série va inévitablement tenter de comparer le sort des extraterrestres qui vivent parmi nous depuis des années, au nez et à la barbe des villageois incrédules (lesquels prendront leurs fourches et leurs torches au moindre soupçon), aux immigrés qui travaillent dur mais ne parviennent pas à se faire accepter, malgré tous leurs efforts, par une population raciste.

Il va falloir filer la métaphore avec prudence, même si l’intention cachée, c’est de permettre aux spectateur·rice·s blanc·he·s de s’identifier à nos trois aliens (blancs eux aussi). Le pilote de Roswell, New Mexico ne prend d’ailleurs pas de pincettes quand il introduit un animateur de podcast conspirationniste, forcément parano et xénophobe, pied de nez au, hélas, tout à fait réel Alex Jones, un masculiniste, raciste, homophobe et fou enragé, originaire du Texas, qui braille ses théories aussi fausses que perturbantes sur les ondes américaines. Il faudra, bien sûr, regarder les prochains épisodes pour savoir si le chemin emprunté sera payant ou non, et si l’engagement militant ne viendra pas écraser l’intrigue dramatique. Mais voilà un pilote qui fait le job et attise assurément notre curiosité.

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Par Delphine Rivet, publié le 18/01/2019

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