© BBC Three

En saison 2, Fleabag explore, avec pertes et fracas, la relation entre sœurs

Un duo bien toxique comme on les aime.

Fleabag a ce talent d’évoquer des tas de sujets d’une banalité confondante, de la plus folle et exquise des façons. Les relations familiales, amicales et amoureuses, et les tourments de son héroïne sans nom qui ne partage qu’avec nous sa petite voix intérieure… la recette du succès de cette série semble si simple. En réalité, l’esprit brillant de son autrice et actrice principale Phoebe Waller-Bridge se loge partout : dans les dialogues, entre les lignes, dans le jeu, dans ces regards caméra qui transgressent et, bien sûr, dans l’histoire très personnelle (et si universelle en même temps) qu’elle nous raconte.

La saison une était un tour de force. Et s’il est encore trop tôt pour dire si la deuxième sera du même acabit, les trois premiers épisodes sont déjà la meilleure réponse à la question : avait-on vraiment besoin d’attendre aussi longtemps pour voir la suite ? Trois ans, c’est le temps qui s’est écoulé entre deux saisons de Fleabag, lancée en 2016 sur BBC Three. Les séries anglaises aiment nous faire languir. Mais notre patience a fini par payer puisque la saison 2 démarre avec une scène de dîner familial au resto où tout dégénère.

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On se dit que quelque chose va forcément péter à un moment dès lors que l’horrible belle-mère (incarnée par la fantastique Olivia Colman), le beau-frère gerbant (Brett Gelman, condamné à jouer les mecs creepy) et un inconnu, prêtre de son état (et interprété par le merveilleux Andrew Scott), sont autour de cette table. Le décor est planté, on introduit les classiques éléments perturbateurs par qui le drame devrait arriver.

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Pourtant, c’est bien le rapport entre les deux sœurs, Fleabag (Phoebe Waller-Bridge donc) et Claire (Sian Clifford), qui est le nœud du problème. Et c’est ça qui va tout faire basculer. Dans la droite lignée de ce qu’avait amorcé la saison 1, ces trois premiers épisodes mettent plus que jamais l’accent sur la relation entre ces deux femmes, liées par le sang, mais totalement étrangères l’une de l’autre.

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"Fleabag est une lettre d’amour à ma sœur", disait Phoebe Waller-Bridge en mars 2017 dans une interview accordée à Entertainment Weekly.

Il y a tellement de non-dits entre elles que dès qu’elles sont dans la même pièce, l’atmosphère s’épaissit jusqu’à en devenir étouffante. Fleabag a peur de faire un pas de travers ou de dire quelque chose qui pourrait déplaire à sa sœur, même si ses regards caméra, complices, laissent transparaître son envie de la provoquer. Claire, de son côté, affiche un mépris évident pour sa cadette tout en étant terrifiée par cette frangine ingérable, qu’elle envie pour sa liberté et son apparente insouciance (mais elle ne l’admettra jamais). L’une est dans le contrôle absolu, l’autre a un sens inné du chaos et de l’autodestruction.

"Ces sortes de nuances dans leur relation et ce genre de complète dévotion couplée avec une intense irritabilité entre les deux, c’est totalement ma sœur et moi. On est si proches elle et moi, et je l’admire plus que n’importe qui d’autre sur cette planète. Et pourtant, je sais aussi comment l’énerver mieux que n’importe qui d’autre sur cette planète". Phoebe Waller-Bridge

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Quand les séries, le cinéma ou encore la littérature mettent en scène des sœurs, c’est souvent pour étaler leur complicité infaillible, ou pour en faire des rivales… voire les faire transiter d’un état à l’autre pour en faire une belle épopée dramatique ou un happy end. On dit que l’art imite le réel, mais c’est la société tout entière et les effluves nauséabonds du patriarcat qui poussent les sœurs à être soit les meilleures amies soit des ennemies. Et l’amour dans tout ça ? La chose est complexe, évidemment. Que l’on soit la première ou la petite dernière, les attentes et le vécu ne sont pas les mêmes, et des différences abyssales de personnalités peuvent séparer comme rapprocher.

"Il y a ces moments où je crois que je la taquine juste et où elle part en pleurant, et je me dis 'Oups'. C’est arrivé dans une scène, et vice versa. Oui, je m’amuse beaucoup à écrire pour ces sœurs-là." Phoebe Waller-Bridge.

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Il ne fait aucun doute que Fleabag et Claire ont de l’affection l’une pour l’autre, mais elles passent leur temps à se torturer, chacune enfermée dans ses mécanismes de défense. Ces deux femmes ne pourraient pas être plus aux antipodes l’une de l’autre. Pourtant, Fleabag tend parfois une branche d’olivier, de brèves secondes où les deux femmes se soutiennent et arrêtent de se juger. Mais le plus cruel dans tout ça, c’est qu’on nous arrache ces petits moments de répit et de douceur aussi vite qu’on nous les a donnés. Parce qu’à l’instar de ses deux héroïnes, la série ne nous ménage pas.

La première saison de Fleabag est disponible sur Amazon Prime Video. De son côté, Canal+ développe actuellement un remake français de la série, avec Camille Cottin dans le rôle-titre, rebaptisé Puce pour l’occasion.

Par Delphine Rivet, publié le 22/03/2019

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