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La saison 2 de Missions est belle, mais trop référencée pour son bien

"They have to go back."

Quasiment six mois après sa présentation en avant-première au festival Séries Mania 2019, la saison 2 de Missions est enfin arrivée sur l’orbite OCS, où elle est diffusée depuis le 5 septembre dernier. Souvenez-vous : en 2017 débarquait cette nouvelle série de SF au format original (10 épisodes de 22 minutes) pour son genre. La première saison avait marqué les esprits par son esthétique léchée, son ambiance minimaliste et ses mystères. Et si elle n’était pas exempte de défauts, elle confirmait que oui, les frenchies pouvaient produire de la bonne SF si on les laissait faire. Un prix ACS et une diffusion sur la chaîne AMC plus tard (Missions s’exporte dans 40 pays aujourd’hui), voici venir la saison 2, qui reprend cinq ans après les événements du season finale précédent. Jeanne restait sur Mars tandis que ce qu’il restait de l’équipe du Ulysse 1 repartait in extremis sur Terre.

Sans surprise, celle qui s’est révélée l’héroïne de cette série chorale n’est pas morte. Amnésique, elle vit au sein d’une communauté surnommée " Le Cercle", sur une planète à la végétation luxuriante, qui n’est ni Mars, ni la Terre. Ce sera le premier et loin d’être le dernier clin d’œil à Lost, série fétiche des créateurs de Missions, Henri Debeurme (producteur), Julien Lacombe (réalisateur et scénariste) et Ami Cohen (scénariste). Pendant ce temps-là, ses anciens complices spatiaux font de sales rêves incluant Jeanne et ont plus ou moins de mal à s’acclimater à la vie terrienne. Il n’en faut pas plus pour décider le milliardaire William Meyer à mettre en place une nouvelle mission, destinée à secourir Jeanne. Vous l’aurez compris, on est arrivé direct à la fin de la saison 3 de Lost et au fameux "We have to go back". Une réplique d’ailleurs utilisée texto par un des personnages de Missions dans le dernier épisode de cette saison. Vive la pop culture. Oui, mais point trop n’en faut.

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Lost dépendance

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C’est cool de voir apparaître dans une série française des références pêle-mêle à Isaac Asimov, Alien, 2001, l’Odyssée de l’espace, Lost, Stargate la porte des étoiles, Interstellar, Battlestar Galactica (on ne vous en dit pas plus, c’est une des intrigues intéressantes de cette saison) et certaines de ces œuvres recyclaient déjà des thèmes existants.

Mais la ligne est fine entre hommage malin et pâle copie. Sublimer ses références sans trop en faire, c’est tout un art. Les scénaristes sont presque trop respectueux de cet imposant héritage SF, n’osant pas le trahir, répétant des motifs sans tenter de les transfigurer. Et puis cette Lost dépendance – une séquence dans une cage, les références évidentes aux Autres, la relation que Jeanne entretient avec Komaroff/Mars… – en devient presque gênante. Cette obsession pop n’est pas sans rappeler celle des créateurs de Stranger Things avec les productions Amblin des 80’s.

Résultat : cette saison 2 demeure narrativement assez prévisible et codifiée en dépit de ses mystères et d’un twist inattendu à l’épisode 7. En revanche, du côté de la production value, Missions se distingue une fois de plus par l’élégance et la poésie de ses plans – que ce soit lors des séquences spatiales ou dans la nature. Ils sont de véritables invitations vers un ailleurs. La direction artistique de qualité reste un tour de force au vu du budget restreint de la série. Comme quoi, on peut faire beaucoup avec peu. L’identité visuelle du show est de ce point de vue forte et singulière.

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Cette deuxième saison de Missions a le don d’accentuer les qualités et les défauts d’une série visuellement immersive mais qui manque malheureusement d’un supplément d’âme. On regrettait déjà en première saison le manque de naturel dans les dialogues, l’inégalité des jeux des acteurs et actrices, ou encore la construction bancale de certains personnages – ces trois griefs étant intrinsèquement liés. Le tir n’a pas été rectifié en saison 2 : les dialogues manquent toujours autant de fluidité, et on a un mal fou à s’attacher à des personnages froids, individualistes, obnubilés par leurs petits problèmes. Au point qu’on se demande bien pourquoi la troupe a si envie d’aller sauver Jeanne.

Certaines trajectoires sont inutilement surlignées – les nombreuses et plombantes scènes avec Alex, hantée par son crime passé – rendant les personnages unidimensionnels, parfois têtes à claques, en tout cas tout, sauf complexes. Les deux scénaristes semblent dépassés par leur casting choral exponentiel : de nouveaux personnages du "Cercle" et dans l’équipée des astronautes se sont ajoutés à un casting déjà bien rempli. Mais à quoi bon rajouter des protagonistes si c’est pour ne pas les distinguer les uns des autres et qu’ils aient au final tous l’air un peu chiants ? Entre les personnages sous-exploités (Samuel, Alan) ou mal exploités (Gemma Williams, réduite à prendre soin de son ex Simon, et Jeanne, qui peine à prendre la mesure de son rôle de messie), les seuls qui sortent du lot sont Mathias Mlekuz (Meyer) et sa fille Alice, incarnée par la nouvelle venue Barbara Probst. Parce que les deux interprètes sont très bons – malgré des dialogues pas toujours subtils à déclamer – et que leur trajectoire intime comme collective a du sens au sein de Missions.

Si j’aime autant le personnage de Meyer, c’est aussi car c’est l’un des rares à avoir un peu d’autodérision dans cette fiction qui en manque. Comme Osmosis sur Netflix ou Ad Vitam sur Arte, deux autres tentatives SF (davantage tournée vers l’anticipation) récentes, Missions se prend très au sérieux. Sur un plan hexagonal, on a forcément envie d’applaudir la proposition originale que constitue la série. Mais si on la replace dans le genre SF en série, elle a encore beaucoup à apprendre pour ne pas souffrir de la comparaison avec ses illustres modèles. C’est peut-être justement quand ses auteurs se départiront de leurs encombrantes références – ou du moins ne les agiteront plus aussi souvent sous notre nez – qu’elle prendra enfin son envol.

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La saison 2 de Missions, composée de dix épisodes, est diffusée depuis le 5 septembre sur OCS Max.

Par Marion Olité, publié le 09/09/2019

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