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Pourquoi la saison 3 de The Bold Type a été aussi frustrante

Nos 3 copines "du genre audacieuses" font du surplace.

La troisième saison de The Bold Type s’est achevée sur Freeform par un twist destiné à bousculer la bulle dans laquelle nos héroïnes – Sutton, Kat et Jane – évoluaient depuis quasiment le début de la série. Après un énième coup de trafalgar au conseil d’administration, l’indétrônable Jacqueline Carlyle était aux abonnées absentes, tandis que l’étage de Scarlet était en déménagement.

On connaîtra le fin mot de l’histoire lors de la prochaine saison, qui semble partie pour refléter une certaine réalité : celle des postes de journalistes précaires sur le Web, et des magazines papier en faillite. On pense notamment à Teen Vogue et sa ligne édito progressiste, qui a arrêté sa diffusion papier en 2017. En dépit de ses airs de bonbon acidulé (et c’est aussi pour ça qu’on l’aime), The Bold Type a toujours su évoquer avec une certaine pertinence les problématiques liées aux métiers du journalisme. 

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Cette saison 3, à la qualité mitigée, ne fait pas exception à la règle. Les meilleurs épisodes explorent le quotidien pro des protagonistes, avec notamment l’arrivée d’un nouveau rédac chef à la tête du pôle digital de Scarlet. Patrick Duchand est non seulement un homme mais aussi un millennial aux pratiques très différentes de celles de Jacqueline. Cela donne lieu à quelques scènes comiques réussies et autres frictions intéressantes, mais cet arc narratif aurait pu être davantage creusé, tout comme ce personnage trouble, incarné avec brio par Peter Vack.  

La zone grise du consentement

Le meilleur épisode de la saison, "Stroke of Genius" (S3E3), met en avant le personnage d’Alex (Matt Ward) et s’inspire de récents faits journalistiques américains. Le journaliste apprend qu’une de ses anciennes conquêtes vient d’écrire une nouvelle dans laquelle elle parle d’un date désastreux, et aborde le sujet de la zone grise du consentement.

Après l’avoir revue, il comprend avec effroi qu’il est l’homme qui n’a pas su lire ses signaux négatifs. Il va alors se remettre en question, et finir par écrire un papier honnête où il revient sur l’affaire et examine son comportement en rendez-vous amoureux. Cette storyline s’inspire de l’affaire Aziz Ansari mais aussi d’une nouvelle, Cat Person, publiée sur The New Yorker en 2017 et qui a connu un succès international sur une histoire similaire de date vécu extrêmement différemment selon qu’elle est racontée du point de vue de l’homme ou de la femme.

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Cette question primordiale du consentement se trouve au cœur des réflexions féministes post #MeToo, car elle a tout simplement le pouvoir de redéfinir les rapports entre les femmes et les hommes. Et elle est loin d’être aussi simple qu’elle en a l’air. Mais dans The Bold Type, la question de cette frontière floue est pliée en un épisode. Alex a fait amende honorable. Circulez, il n’y a plus rien à voir. 

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Au lieu de s’attarder sur cette passionnante problématique, cette saison 3 s’entête sur un fil rouge plus alambiqué : Jane et Jacqueline enquêtent sur une photographe renommée qui aurait eu un comportement abusif envers ses mannequins. Sous-entendu : les féministes doivent aussi balayer devant leur porte. La sororité, c’est aussi aider les autres femmes quand celles-ci sont victimes de violences commises par des femmes.

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Cet arc narratif possède au moins deux failles : dans la vraie vie, l’écrasante majorité des affaires d’abus de photographes sur des shootings de mode concerne des agresseurs masculins et des victimes féminines. Pour une série qui a pour but avoué de se faire le témoin de réalités sociétales, s’attarder aussi longtemps sur une exception – sans vraiment préciser que cela en est une, d’ailleurs – est au minimum étonnant. Et si l’idée était d’explorer des personnages de femmes au sexisme intériorisé, il aurait fallu un peu de temps pour expliquer le concept à l’audience. 

Sur le papier, la showrunneuse Amanda Lasher a la volonté de s’attaquer à des sujets sensibles, complexes. Mais à l’écran, ils sont traités maladroitement. Du côté de la vie amoureuse des trois copines, on fait face à un sérieux manque d’originalité, voire à un retour en arrière. Voir Jane et Ryan se prendre la tête parce que ce dernier a embrassé une femme pendant la promotion de son roman, ou Sutton culpabiliser parce que Richard veut absolument l’aider financièrement à réaliser son rêve – celui d’être designeuse –, nous donne envie de jeter notre test de Bechdel à la tête des scénaristes.

Du côté de notre queer préférée, Kat, ce n’est pas glorieux non plus. Que la jeune femme se lance dans la politique, soit. Mais tout va trop vite, et on a vraiment du mal à croire à son histoire avec sa cheffe de campagne Tia (Alexis Floyd). L’alchimie n’y est pas, et du coup, on ne comprend pas pourquoi Kat prend le risque de tout mélanger – sa carrière politique naissante et sa vie privée. Ses pseudo-retrouvailles avec Adena, couple autrefois flamboyant, font aussi pschiiit. 

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Plusieurs pistes narratives semblent avoir été explorées puis laissées tomber. Ainsi, on suit Sutton qui tente de réaliser son rêve, celui de devenir designeuse. Son ascension est telle qu’elle termine la saison par présenter plusieurs de ses créations lors d’un défilé espoir. La jeune femme semble très talentueuse et vouée à une carrière passionnante. Mais finalement, elle décide qu’elle n’aime pas travailler en solo, comprenez dessiner des pièces seule derrière son bureau. Elle préfère le travail en équipe à Scarlet. Comme si le métier de designeuse incluait uniquement cette partie solitaire et pas du tout un travail d’équipe.

Que Sutton tente de réaliser un rêve pour se rendre compte que ce n’était qu’un mirage, pourquoi pas. Sa justification est en revanche plutôt artificielle. En plus d’être un peu trop légère sur les sujets féministes – il y en a encore tellement à aborder –, cette saison 3 procure la désagréable impression que les trois amies font du surplace, voire même régressent dans leur vie. Histoire de réveiller tout le monde, elle s’achève par un coup de tonnerre – la possible fermeture de Scarlet telle que Kat, Sutton et Jane l’ont connue et nous avec elles. 

La nouvelle showrunneuse Wendy Straker Hauser (la troisième depuis le début de The Bold Type en 2017, ce qui peut expliquer des saisons à la qualité inégale) aura la lourde tâche de rebattre les cartes pour une saison 4 que l’on espère plus inspirée et plus audacieuse. Et toujours aussi fun !

The Bold Type est diffusée sur Amazon Prime Video en France. 

Par Marion Olité, publié le 24/06/2019

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