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Si vous aimez les histoires d'horreur façon L'Exorciste, vous aimerez Evil

Le couple King sublime le procedural sur les networks américains avec un twist fantastique et des personnages captivants.

Comme à chaque nouvelle rentrée, les cinq grands networks américains ont profité des premiers jours orageux de l’automne pour faire défiler leurs séries fraîchement commandées. Commencent alors les paris sur la survie (ou non) de la bonne trentaine de productions inédites, entre sitcoms pseudo-révolutionnaires, soaps mielleux et cop shows à l’ancienne. Pourtant, il y a toujours une pépite qui se dégage de cette grande bataille, et cette année le trophée revient sans aucun doute à Michelle et Robert King.

Les créateurs du feuilleton à succès The Good Wife (et de son spin-off The Good Fight) ont débarqué avec l’un des projets les plus intrigants du lot : Evil. Dans ce procedural horrifique, un prêtre catholique, une psychologue légale et un chasseur de fantômes sceptique s’embarquent dans une série d’enquêtes aux frontières du réel. Au cours de leurs investigations paranormales pour le compte du Vatican, le trio tente d’élucider les mystères autour d’une possession démoniaque, d’un miracle divin ou encore d’une malédiction pernicieuse.

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Sublimer le "Freak of the week"

Ⓒ Elizabeth Fisher/CBS

Diffusée sur CBS, une chaîne grand public et historiquement conservatrice, Evil est pourtant bien plus qu’un énième procedural bas du front. Si elle reprend un format qui existe depuis les années 1950 et reste extrêmement populaire à travers le monde, la série des King sublime ses codes grâce à leur écriture moderne et viscérale. Le couple n’a pas peur de surprendre un public habitué aux Experts et autres New York, unité spéciale en jouant sur l’épouvante et la notion du mal qui naît dans l’intimité des gens, peut-être même de leurs spectateurs.

Car, oui, Evil terrifie malgré sa vision tout public. Les King font appel à des peurs très contemporaines, notamment liées aux réseaux sociaux ou aux nouvelles technologies, mais aussi plus humaines, comme les violences et les comportements abusifs envers les femmes. La série peut notamment compter sur le glaçant Michael Emerson (Lost, Person of Interest) pour concentrer toutes les pulsions du mal(e), un personnage à part entière, infâme et sordide qui s’immisce dans la vie de personnes innocentes pour mieux les pervertir.

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En seulement quelques épisodes, la saison 1 s’attaque frontalement à des problématiques qui agitent les États-Unis : la pédocriminalité sur Internet, la violence de groupes extrémistes comme les incels, la manipulation des médias et des émissions de divertissement abrutissantes…

Ⓒ CBS

Dans Evil, le mal prend racine partout et il suffit d’une graine de rancœur, de colère ou d’incompréhension pour faire pousser une forêt de méchanceté. La série est une réelle critique acerbe de l’Amérique instable et conflictuelle de Donald Trump, qui réinvente et surtout modernise une télévision linéaire pas toujours très progressiste.

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Le style d’Evil, qui oscille entre vrais moments de frousse et paranoïa ambiante, ressemble à une créature hybride entre Black Mirror et Mr. Robot. Certes, les Kings possèdent une liberté et des moyens moindres face aux grosses machines de Netflix et USA Network, mais leur talent d’écriture transcende les petits défauts visuels de la série.

Par ailleurs, on y trouve une certaine ambition artistique, propulsée par une mise en scène appliquée pour chaque épisode. Les Kings assument leur volonté de s’inscrire dans un format procedural, tout en soignant leurs effets et en empruntant des références à la pop culture (le démon récurrent qui apparaît dès l’épisode 2 évoque Ryuk du manga Death Note).

Une histoire de personnages hantés

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Le talent du couple de scénaristes se retrouve principalement dans l’écriture des personnages. On peut évidemment saluer les partitions d’Aasif Mandvi (Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire), Katja Herbers (Westworld) et Mike"Luke Cage" Colter et leur alchimie (notamment la tension sexuelle entre les deux derniers qui rajoute une touche de soap non négligeable). Les trois sont excellents et leur profondeur les rend d’autant plus captivants à suivre pour le spectateur qui, comme eux, doute constamment de la véracité des personnes possédées ou miraculées.

Ainsi, chaque protagoniste trouve une forme de catharsis à travers les enquêtes. Pour David, il s’agit de tisser des liens avec une figure paternelle, celle de Dieu en l’occurrence. Kristen, une femme solitaire élevant quatre adorables mais turbulentes jeunes filles, y trouve une forme de stabilité à la fois pragmatique et psychologique : si les gens ne sont pas possédés par des entités maléfiques mais bel et bien malades, il est possible de les soigner, et donc il est possible de résoudre son propre mal-être intérieur. Enfin, pour Ben, et même s’il a du mal à se l’avouer, il s’agit de trouver un peu de fantaisie dans sa vie, symbolisée par son crush pour une femme qui se dit hantée par sa défunte sœur.

Au final, le titre de la série a deux connotations, à la fois claires et passionnantes à suivre. En premier lieu, on pense aux démons qui peuplent l’enfer et qui semblent se manifester sur Terre à travers le personnage de Michael Emerson et les cas étudiés par le trio. La série joue évidemment sur les faux-semblants et refuse pour le moment d’apporter une réponse concrète à ces apparitions paranormales.

Dans un deuxième temps, le couple King scrute les démons intérieurs de nos héros, qui les consument à petit feu et qui pourraient les faire basculer du côté obscur. On en vient à se demander si, pour ces personnages, le diable ne serait pas le reflet de l’Amérique contemporaine, marquée par le racisme, l’ultra-consumérisme et l’idolâtrie pour des hommes puissants se comportant comme de faux dieux. Cette Amérique peut désormais compter sur un trio de choc pour tenter de l’exorciser sur le petit écran.

La saison 1 d’Evil est diffusée sur CBS outre-Atlantique et sera disponible courant 2020 sur TF1 dans nos contrées.

Par Adrien Delage, publié le 26/11/2019

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