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The Politician ou la satire socio-politique pop selon Ryan Murphy

Pour sa première série Netflix, le créateur de Glee et American Horror Story dresse un portrait au vitriol de la scène politique.

Des répliques finement écrites assénées du tac au tac, une esthétique visuelle léchée avec une propension pour les teintes saturées, un sens de la diversité et de l’inclusivité sans pareil… C’est à travers ces qualités-là (et bien d’autres) qu’on identifie une œuvre signée Ryan Murphy, le grand monsieur derrière Glee, American Horror Story ou encore Scream Queens. Et ce sont ces mêmes qualités qu’on distingue chez The Politician, tout premier poulain du showrunner issu de l’écurie Netflix, suite à son méga deal avec la plateforme de streaming en février 2018.

Dès son épisode inaugural, The Politician donne l’impression d’être un Glee sous stéroïdes. On y observe la campagne électorale tumultueuse de Payton Hobart, élève d’un lycée prestigieux de la côte californienne convaincu qu’il prendra un beau jour la tête des États-Unis. Mais avant de prendre ses aises à la Maison-Blanche, il se doit de remporter sa première élection afin de devenir le président du conseil des étudiants de son établissement. Un poste de confiance décisif, qui pourrait bien lui garantir une place dans l’école de ses rêves : Harvard, la grande.

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Si Ryan Murphy et ses collaborateurs de longue date [Brad Falchuk et Ian Brennan, ndlr] ont opté pour un lycée huppé en toile de fond, mieux vaut ne pas se méprendre. Ici, il est question de politique, et surtout de critiquer le fonctionnement des sphères qui s’y rattachent. Les imbroglios juvéniles et les techniques de manipulation sordides de Payton et ses camarades dans The Politician ne sont ni plus ni moins qu’un parallèle avec la réalité. Ou, pour être exact, la réalité selon Ryan Murphy.

Fidèle à lui-même, le créateur de la série s’appuie sur des caricatures et joue sur le grotesque pour faire passer son propos. Un propos assurément désabusé et critique sur le milieu de la politique dans son ensemble, et plus particulièrement sur la figure de la personnalité politique. Son regard caustique est on ne peut plus clair dans le générique, aussi soigné que symbolique de The Politician, où Payton est assimilé à une mannequin de bois qu’on remplit d’ingrédients clés pour séduire son électorat.

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Et au fil des épisodes, c’est un peu ce qu’est Payton. Ce dernier se mue tel un caméléon au gré des statistiques lui prédisant ou non sa victoire. Il choisit ses partenaires de campagne non pas par conviction, mais par stratégie. Aux antipodes des personnages masculins un peu trop lisses qu’on croisait dans Glee, le showrunner esquisse ici un anti-héros complexe qu’on aurait raison de soupçonner de sociopathie. Ben Platt, dont l’expérience sur les planches de Broadway est utilisée à bon escient au fil de cette première saison, est excellent et brille de justesse dans les scènes qui soulignent sa vulnérabilité.

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Bien que The Politician ait ses moments de génie portés par un casting au diapason – Jessica Lange, Gwyneth Paltrow, Zoey Deutch –, la série se présente comme un melting-pot assez diffus. Ça veut parler de deuil, d’ambition, de dépression… tout en conservant un aspect étrangement superficiel. À trop vouloir ratisser large en un court laps de temps (la saison ne dure que huit épisodes), elle finit par s’égarer. Une minute, la série veut explorer les rouages politiques et le besoin d’exister à travers le regard de l’autre. La suivante, elle s’adonne à des histoires clownesques telles un faux kidnapping. Ce contraste entre intrigues percutantes et tonalité pop à la limite de l’absurde fonctionne habituellement chez Ryan Murphy. Seulement, ici, ça sonne faux la plupart du temps et c’est bien dommage.

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Pour autant, il est difficile de pointer du doigt ce qui crée ce déséquilibre chez The Politician. Peut-être cette impression de précipitation, comme si la série reposait davantage sur sa volonté de dénoncer que sur celle de prendre le temps de façonner des personnages forts et les relations qu’ils entretiennent entre eux. Malgré cette sensation d’inachevé, la série se laisse facilement regarder et s’impose comme une satire piquante et réussie qui met à mal le politiquement correct (et le politique tout court). Si Ryan Murphy ne signe pas ici le point culminant de sa filmographie, il parvient à nouveau à concevoir un univers funambulesque enjolivé par un vernis pop. Son ultime épisode, l’un des plus solides de cette saison inégale, pose les bases pour un second tour de piste plein de promesses, d’ores et déjà commandé par Netflix.

La première saison de The Politician est disponible dès maintenant en intégralité sur Netflix.

Par Florian Ques, publié le 30/09/2019

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