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En saison 3, This Is Us a perdu de sa superbe

Si son charme a opéré pendant un certain temps, la série familiale de Dan Fogelman ne fait plus le même effet avec sa troisième saison. Attention, spoilers.

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Déjà en saison 2, ça partait mal. Un temps série familiale innovante mêlant plusieurs temporalités qui s’entrecroisent, This Is Us a pris un virage trop dramatique et le soufflé est vite retombé. À ses débuts, elle présentait les aléas de la vie, avec ses hauts et ses bas, sans jamais trop voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. L’équilibre était là. Vint alors la douce dégringolade avec sa deuxième salve d’épisodes, larmoyante jusqu’à l’excès. Les personnages faisaient alors du surplace et le quotidien des Pearson devenait si déprimant que suivre leur vie n’avait plus la même saveur.

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Ça, c’était pour récapituler le goût légèrement amer que nous avait laissé This Is Us. Alors forcément, quand démarra la saison 3 en septembre dernier, c’était un peu quitte ou double. Soit elle mettait un terme à la manipulation émotionnelle et retrouvait de sa superbe, soit elle continuait à patiner et le point de non-retour allait vite être atteint. À peine sept épisodes ont été diffusés sur NBC outre-Atlantique, mais on commence déjà à perdre espoir, et ce pour diverses raisons.

La première : on s’ennuie franchement. Qu’importe l’épisode, je me suis surpris à regarder plusieurs fois le curseur de Videostream pour voir combien de minutes il me restait avant de pouvoir enchaîner avec une autre (meilleure) série. Le coup fatal fut, de loin, le volet entièrement consacré à Jack et sa contribution à la guerre du Vietnam. J’ai beau adorer Milo Ventimiglia (Gilmore Girls représente), ce chapitre-là était des plus ennuyeux et, oui, j’ai conscience que c’est pleinement subjectif. En dépit d’un contexte historique a priori intéressant, les scénaristes de This Is Us ne sont pas parvenus à y instiller suffisamment d’énergie pour qu’on soit captivé.

On en vient ainsi à mon second problème avec cette saison 3 laborieuse : le rythme. Non, This Is Us n’a jamais été une œuvre hyperdynamique avec des rebondissements à la pelle, et ce n’est pas non plus ce qu’on lui demande. Tout ce qu’on veut, c’est terminer un épisode avec un sentiment de satisfaction. La satisfaction d’avoir vu des personnages évoluer, d’avoir appris de nouvelles choses sur eux. Au lieu de ça, This Is Us nous abreuve d’intrigues inégales et, entre celles-ci, de séquences au ralenti qui s’éternisent, la caméra braquée sur les moues désabusées des personnages, sur fond de musique folk mélancolique. Si je voulais du remplissage superflu, je materais la saison 2 de Riverdale, merci bien.

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On arrive tout logiquement à mon souci majeur avec This Is Us, qui persiste depuis la saison précédente mais semble s’accentuer en saison 3 : les jumeaux. Oui, je n’aime pas Kate et Kevin, qui font partie des personnages les plus détestables de ces dernières années. Tous deux sont des égocentriques finis qui préfèrent se placer en position de victimes plutôt que de se remettre en question.

Alors ouvrons les festivités avec la sœur du tandem. Lors d’un épisode, par exemple, Kate déblatère sur sa volonté d’avoir un enfant, "un vrai". Sous-entendu, elle veut accoucher, avoir un gosse qui lui ressemble, et, de préférence, ne pas devoir adopter. Une décision supposément légitime – bien qu’elle le semble de moins en moins à l’heure du réchauffement climatique et de la surpopulation –, que son frère adoptif Randall prend mal, à raison. Kate a fait preuve de maladresse dans ses propos et, plutôt que de s’excuser, reproche à son Randall de ne pas se mettre à sa place. La morale de l’épisode ? Randall avait tort, Kate avait raison, et c’est à lui de venir faire ses excuses puisque, évidemment, sa sœur préfère bouder.

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De l’autre côté de la balance, Kevin Pearson. Dès son plus jeune âge, ce dernier n’a pas de mal à faire preuve d’égoïsme, voulant toujours passer avant Randall et être le centre d’attention. À l’âge adulte, ça ne va pas en s’améliorant. Cette saison, il s’est entiché de Zoe, la cousine de Beth, et passe pour un gros lourd à plusieurs reprises. Il semble totalement insensible aux problématiques raciales auxquelles sa nouvelle girlfriend doit faire face (attitude hostile d’une caissière, soins particuliers pour ses cheveux) et n’essaie jamais d’en apprendre davantage à ce sujet. En somme, Kevin semble être raide dingue de Zoe pour ce qu’elle représente et non pas pour ce qu’elle est.

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En prime, This Is Us met constamment en avant ces deux personnages-là tout en négligeant les autres qu’elle relègue au second plan. Si la saison 2 était marquée par l’inclusion de Deja, cette dernière est à présent aux abonnés absents. Quant aux autres filles de Randall et Beth, ce n’est même pas la peine d’en parler tant leur existence devient anecdotique. Sur ce point, le show devrait prendre exemple sur Parenthood, une autre série familiale qui avait le double de personnages à gérer et, néanmoins, arrivait facilement à les développer sans que d’autres paraissent laissés pour compte. Je persiste et je signe : This Is Us ne sait pas comment faire évoluer ses personnages et encore moins comment les rendre un minimum sympathiques.

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Bien sûr, une série n’est pas dans l’obligation d’écrire des personnages au capital sympathie élevé. Après tout, des séries comme Crazy Ex-Girlfriend ou You’re the Worst partent même de ce postulat, avec des protagonistes imparfaits et souvent méprisables. Mais dans ce cas-là, s’il n’y a aucun moment où l’on a envie de ressentir de l’empathie pour eux, alors il ne faut pas s’étonner que le téléspectateur décroche. C’est aussi ça, de jouer avec le feu.

Afin de clôturer en beauté cette diatribe anti-This Is Us, on finira par évoquer le twist final de la saison précédente, où une nouvelle timeline était ajoutée, se déroulant dans le futur où Randall et Tess allaient rendre visite à une femme dont l’identité était tue. Si les théories de fans ont vite fusé, la frustration restait tout de même palpable. Lorsqu’un cliffhanger est utilisé, on s’attend à une résolution la saison suivante. Or, après sept épisodes, rien du tout. Nada, que dalle. This Is Us franchit alors une autre étape dans la manipulation, nous laissant cogiter pendant plusieurs épisodes – lents et oubliables – dans l’espoir d’obtenir enfin une réponse qui ne vient pas.

Pour la faire courte, This Is Us n’a plus la même qualité qu’à ses débuts. Elle est frustrante, répétitive et semble de moins en moins respecter ses fans. Par pur masochisme, je pense achever le visionnage de cette troisième saison. Pour ce qui est de la suite, j’y crois beaucoup moins.

This Is Us est diffusée chaque semaine sur NBC aux États-Unis, et en US+24 sur Canal+ Séries en France.

Par Florian Ques, publié le 22/11/2018

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