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Wayne, la rencontre jouissive entre True Romance et The End of the F***ing World

La première pépite sérielle de 2019 est une comédie romantique violente et touchante sur la quête d’identité de deux ados marginaux.

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À l’heure où les séries et les diffuseurs se multiplient à la vitesse de la lumière, YouTube Premium a su trouver sa voie grâce à des propositions audacieuses et surprenantes. On pense à Cobra Kai, le sequel de Karaté Kid, Impulse, le spin-off de Jumper ou encore Origin, un huis clos de science-fiction porté par Tom Felton. En ce début d’année, la plateforme de streaming démarre en fanfare avec Wayne (aucun rapport avec la véritable identité de Batman), mix improbable et génialement dosé entre le film culte True Romance de Tony Scott et la série anglaise The End of the F***ing World, disponible sur Netflix dans l’Hexagone.

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Wayne est un gamin taiseux et turbulent qui vit dans un bled paumé au fin fond du Massachusetts. Il passe ses journées à chercher des embrouilles à son entourage, quitte à se faire tabasser ensuite. Cette espèce de pseudo-Kick-Ass, la philosophie héroïque et le costume en moins, vit en fait très mal le cancer de son père et le départ de sa mère pendant son enfance. Le jour où son paternel décède des suites de sa maladie, Wayne entreprend un road trip périlleux vers la Floride pour récupérer une voiture qui lui revient de droit.

Solitaire devant l’Éternel, il tombe amoureux d’une jeune fille aussi détraquée que lui peu de temps avant son départ. Del, qui a perdu sa mère et subit les foudres d’un père violent et alcoolique, décide de l’accompagner sur un coup de tête. À eux deux, ils vont semer la pagaille sur la côte Est, se confronter à la réalité des bouseux de l’Amérique profonde et peut-être trouver une forme d’épanouissement dans un voyage sanglant, tordant et irrésistible.

Une fable sociale crue et poignante

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Wayne est un petit ovni sériel sorti de nulle part, mais développé avec une liberté de ton très marquée. On peut remercier les producteurs Rhett Reese et Paul Wernick, les scénaristes de Deadpool, pour ce duo insolent mais très vite attachant. Les directeurs de casting ont fait un pari audacieux mais payant en capitalisant sur Mark McKenna et Ciara Bravo, les deux inconnus qui interprètent respectivement Wayne et Del. Tantôt timbrés, tantôt émouvants, ils incarnent à la perfection le mal-être d’une jeunesse traumatisée par une famille dysfonctionnelle et plus largement une société déshumanisée.

Les tribulations du tandem, réparties sur un format parfait de 10 épisodes d’une trentaine de minutes, sont tout simplement jouissives à visionner. Wayne et Del traversent le sud-est des États-Unis à toute allure, perchés sur une moto brinquebalante, parfaite allégorie de leur statut de marginaux. Le créateur Shaw Simmons (Awkward) et son équipe de réalisateurs multiplient les séquences brutales et souvent absurdes, quitte à tomber sans aucune limite dans le grotesque. Car oui, Wayne n’a peur de rien, et encore moins de l’avis de ses spectateurs.

Le show suit ses propres codes de l’ultraviolence tout en faisant référence aux maestros du style, Tarantino et Robert Rodriguez (le fameux genre du film d’exploitation). À l’inverse, l’œuvre ne se gêne pas non plus pour se moquer ouvertement de la pop culture : on pense à Wayne qui ignore tout des Hobbits et du Seigneur des anneaux. On en vient presque à envier ces personnages qui vivent en dehors du carcan moderne de la société, n’ayant pas peur de mettre leur vie en jeu pour des broutilles. À l’écran, ça donne une scène incongrue mais hilarante dans l’épisode 4, où Wayne se jette à vélo à travers une fenêtre dans une piscine hors sol afin de relever un défi d’action ou vérité…

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Si on rit franchement avec la série, qui est souvent basse du front mais jamais malsaine, elle renferme une grande tendresse. Là encore, on peut remercier la partition épatante des jeunes acteurs mais aussi une justesse et une efficacité dans l’écriture qu’on ne soupçonnait pas au visionnage des deux premiers épisodes. Ces digressions sentimentales prennent tout leur sens dans l’épisode bouteille du chapitre réservé à Del et l’histoire bouleversante sur sa famille, où comment comprendre en 30 minutes le traumatisme d’une ado, là où 13 Reasons Why nécessitait une saison entière pour le faire.

Mais ne citer que Wayne et Del serait un affront aux scénaristes, tant la palette de personnages secondaires est riche et farfelue. Entre un duo de frères plus débiles que Dumb et Dumber, un proviseur névrosé et revanchard et un étudiant noir obsédé par le porno, le casting est détonant. Tous ces seconds rôles ont un aspect quasi cartoonesque mais fonctionnent à plein régime dans l’univers timbré de Wayne. Oui, la série arrive après The End of the F***ing World, mais elle est beaucoup plus tendre et barrée dans son écriture.

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Impossible de conclure cette critique sans évoquer la BO rock’n’roll qui entre en osmose parfaite avec l’ambiance de la série. Sérieusement, Wayne va vous refaire votre liste de classiques du genre, du metal progressif de Rush au garage rock des Raconteurs en passant par le stoner de High on Fire, la bande-son est un plaisir non dissimulé pour nos esgourdes. Les réalisateurs s’arrangent toujours pour les faire entendre dans des plans fêlés du bocal, dont cette baston de rue entre lycéens sur la mélodie pop de "A Thousand Miles" par Vanessa Carlton. C’est du grand n’importe quoi, mais brillant, maîtrisé et franchement hilarant. Le genre de la rom-com n’a jamais été aussi subversif et anarchiste qu’avec Wayne et Del.

En France, la première saison de Wayne est disponible en intégralité sur YouTube Premium.

Par Adrien Delage, publié le 23/01/2019

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