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Wu Assassins, entre série de kung-fu et nanar mystique

Iko Uwais, la star de The Raid, est à la tête de cette série aux scènes d'action musclées mais au scénario bancal.

Bien que l’on connaisse une période de grande créativité sur le petit écran, les séries d’arts martiaux se font rares. Into the Badlands est tristement passée inaperçue dans nos contrées, Iron Fist s’est plantée sur Netflix tandis que les séquences de baston de Sense8 n’étaient qu’un petit élément d’une œuvre surtout woke. En 2019, deux diffuseurs ont tenté une percée dans l’héritage du cinéma d’action hongkongais : Cinemax avec l’excellente Warrior, disponible chez nous sur OCS, et Wu Assassins, mise en ligne début août sur Netflix, dans le plus grand des silences.

Il faut dire qu’entre Stranger Things, La Casa de Papel et prochainement Mindhunter ou encore 13 Reasons Why, le géant américain n’a pas pris le risque de faire une promo de grande ampleur pour une telle œuvre de genre. Pourtant, Wu Assassins possède un certain potentiel, à la croisée du mysticisme asiatique et des séries d’arts martiaux sanglantes. Elle peut par ailleurs compter sur deux visages connus : Iko Uwais, acteur et artiste martial indonésien révélé par le dyptique The Raid, et Katheryn Winnick, la charismatique interprète de Lagertha dans Vikings.

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Le premier incarne Kai Jin, un jeune chef doué avec ses mains, dont le rêve est d’arpenter les festivals de musique avec son propre food truck. Mais sa petite vie paisible dans le Chinatown de San Francisco est perturbée le jour où il reçoit un trésor ancestral, qui renferme la puissance magique de moines guerriers. Cette connexion spirituelle avec des maîtres du kung-fu lui confère le don du "Wu", ce qui lui donne une endurance et des capacités de combat extraordinaires, mais suscite aussi la convoitise de la Triade locale et de flics ripoux.

Wu let the dogs out

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Wu Assassins a les qualités et les défauts redondants d’une œuvre du genre, avec notamment des scènes d’action intenses embourbées dans un scénario bancal. Le premier épisode de la série s’ouvre sur une séquence musclée et sanglante dans les couloirs d’un restaurant, qui fonctionne comme un véritable ballet de violence en huis clos. Plutôt réussies, ces 5 premières minutes cachent en réalité une intrigue insipide, des effets spéciaux douteux et un jeu d’acteurs bien en deçà de ce qu’on pouvait trouver dans Into the Badlands.

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L’histoire de Wu Assassins est cousue de fil blanc et surtout péniblement facile. Kai tombe par le plus grand hasard sur une mystérieuse femme qui lui confère le talisman renfermant la puissance des moines. La scène, d’une dizaine de secondes, arrive comme par miracle au milieu d’un montage étrange, comme si les créateurs de la série, Tony Krantz et John Wirth, n’avaient aucune envie de donner un semblant de profondeur à leurs personnages.

Pour ne rien arranger, Wu Assassins surprend dans le mauvais sens du terme – par exemple avec cette forme de mysticisme qui prend la forme d’un gloubi-boulga numérique digne des années 1990. C’est moche et franchement hors de propos. On comprend vite que Netflix propose ici un produit rapidement consommable grâce à son algorithme, mixant sans réflexion apparente arts martiaux et fantastique – une combinaison qui n’est pas sans rappeler les productions à faible budget comme Le Protecteur d’Istanbul et Jinn. Un choix regrettable, puisque Wu Assassins avait des arguments à défendre avec ses poings rageurs.

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En effet, le talent de chorégraphe d’Iko Uwais prend vie à l’écran sous la forme d’une danse macabre et organique. On sent les kicks, les lames et les coups de genoux frapper ses adversaires comme si c’était réel. Son personnage, marginal et innocent, est finalement assez touchant en dépit de dialogues franchement creux. C’est d’ailleurs bien là le vrai problème de Wu Assassins, qui se prend beaucoup trop au sérieux, rejetant tristement l’humour d’un Jackie Chan ou la poésie d’un John Woo – ce qui dénote un vrai manque d’ambition artistique de la part de ses créateurs.

Pour couronner le tout, Wu Assassins tente parfois maladroitement de citer quelques références loufoques du genre, le travail du réalisateur Stephen Chow en tête. On pense notamment à la séquence hilarante où Mui et Mighty Steel se déclarent leur amour dans Shaolin Soccer, et où la boulangère se révèle extrêmement douée pour les arts martiaux. Une scène similaire survient dans Wu Assassins, mais le second degré a disparu pour laisser place à un passage lourdingue. Au fond, on se dit que pour une série d’arts martiaux, la nouvelle production de Netflix manque cruellement de rythme et de punch.

La première saison de Wu Assassins est disponible en intégralité sur Netflix.

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Par Adrien Delage, publié le 13/08/2019

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