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Aidan Turner : "Ross Poldark est un personnage réaliste et complexe"

De passage au Festival de télévision de Monte-Carlo, l’acteur Aidan Turner, pressenti pour incarner le prochain James Bond, est revenu sur le succès de sa dernière série anglaise, Poldark.

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C’est peut-être le futur James Bond (mais on n’en saura pas plus, il nous est interdit de lui en parler). En attendant d’enfiler, peut-être, le costume trois pièces de l'agent de Sa Majesté, Aidan Tuner poursuit sa route pavée de succès sur le petit écran. Après Being Human qui l’a révélé en 2008, l’acteur enchantait ses nombreuses fans dans And Then They Were None, adaptation très propre des Dix petits nègres d’Agatha Christie.

C’est encore dans une adaptation d’un classique littéraire anglais qu’on le retrouve, le mélodrame d’époque Poldark, transposé à la télévision par Debbie Horsfield pour BBC One. Après une première série diffusée dans les seventies, le héros romanesque Ross Poldark prend les traits d’Aidan Turner et, une nouvelle fois, c’est un carton d’audience. Le show n'a pas tardé à être renouvelé pour une saison 2.

De passage au Festival de télévision de Monte-Carlo, l’acteur irlandais, cheveux plaqués et barbe fournie, nous explique son coup de cœur pour le personnage.

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Biiinge | À quel moment avez-vous senti que Poldark allait être un succès en Angleterre ?

Aidan Turner | Assez tard en fait. C’est fou, je ne peux pas y croire ! Je me souviens de la diffusion des épisodes 4 et 5. On était très étonnés de voir la montée en puissance de la série en audience, mais aussi dans la presse. Chaque jour, on avait des articles. Sur le coup, j’ai été un peu bête, j’ai cru que c’était normal d’avoir cette couverture de la part des médias.

En fait, on ne s’attend jamais à un succès massif quand on se lance dans une petite série comme celle-là. Mais ça arrive. J'ai eu l’impression que ce succès s’est construit sur la durée.

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Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce personnage de Ross Poldark ?

C’est un personnage si complexe. J’ai lu les livres [dont est adaptée la série, ndlr] et les scripts au même moment en fait. Je ne savais pas trop ce que j’allais faire. J’étais au milieu du premier livre et du premier script. Je me suis dit que ce type était vraiment intéressant. Ce n’est pas juste un héros sur son cheval blanc, avec son épée et une fille à protéger.

"Poldark ne supporte pas l'hypocrisie de l'aristocratie"

Dès le début, j’ai senti que j’avais à faire à un personnage réaliste et nuancé. C’est un homme moderne, d’une certaine manière. Il veut aller de l’avant, il n’est pas bloqué sur de vieilles traditions ou idéologies. C’est vraiment le Ross des livres. Il était parti en guerre pour éviter la prison et la peine de mort après avoir été reconnu coupable de contrebande. Sur le front guerrier, tout le monde est sur un pied d'égalité.

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Il revient de la guerre avec cette idéologie en tête. Il ne supporte pas l’hypocrisie de l’aristocratie, et la façon dont sont traités les gens issus de la classe ouvrière, dont les esprits sont fermés. Il veut faire quelque chose pour changer tout ça. Ça, c’est le bon Ross, le champion de la cause ouvrière que nous aimons voir évoluer.

Mais l’homme n'est pas parfait. Il a aussi un caractère ombrageux et il n’est pas toujours très compréhensif.

Oui, il a un sacré ego. C’est un homme doté d’une grande fierté. Quand il revient dans sa ville, il découvre que sa bien-aimée, Elizabeth, avec laquelle il devait se marier, est sur le point de convoler en justes noces avec son cousin. Il le prend mal évidemment. Elle lui dit plus tard : "On pensait que tu étais mort." Il demande alors "pourquoi ?", et elle lui répond : "parce que tu n’as pas écrit." Elle marque un point !

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Il est parti faire la guerre pendant quatre ans, sans envoyer une seule lettre. Et ils n’étaient pas officiellement fiancés. Il lui faisait la cour. Qu’il ne comprenne pas la logique de ses pensées, à elle, et ne prête pas attention à ses sentiments ou à ceux de son cousin, c’est un comportement assez brutal.

Pendant longtemps, il a mis cette partie de sa vie de côté. À tel point qu’il l'a presque oubliée. Et quand il fait face à cette situation, il est sur le point d'exploser. D'ailleurs quand il voit cette fille dans la rue en train de se faire brutaliser, et qu’il prend son parti, c’est presque un affront à tous ceux qui sont présents. C’est un bras d’honneur à Elisabeth, Francis et tout simplement à l’aristocratie.

La saison 2 va se dérouler au même moment que la Révolution française. Cet aspect-là de sa personnalité va donc davantage se développer. C’est un homme anti-système en fait.

Oui, je pense aussi, mais c’est compliqué parce qu’il a un nom de famille célèbre. Il reste une figure de la bourgeoisie. Il a été très bien éduqué, on l’a envoyé dans une bonne école, mais il ne se comporte pas comme il faut, notamment lorsqu’il doit aller à un bal. Il trouve tout cela grotesque. Il se soûle et a quelques mots inconvenants. Il devient hors de contrôle.

Cette attitude rend les gens autour de lui très mal à l’aise. Parce que tout ce qu’ils veulent, c’est se montrer, mais personne ne s’écoute. Si vous avez assez d’argent, vous entrerez dans le cercle. Dans le cas contraire, vous serez écarté, puis éventuellement réintégré si vous réussissez à en avoir. Ce n’est pas une question de personnalité, mais de statut.

Ross sait qu’il ne va pas perdre son statut. Il s’en fout un peu. Ce qu’il veut, c’est être respecté par la classe ouvrière, les vraies personnes, comme ses amis de toujours.

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Aidan Turner et sa partenaire Eleanor Tomlinson sur le tournage de Poldark. © BBC

Quel a été votre plus gros challenge sur Poldark ?

C’est d'être celui sur qui repose le show, donc qui doit montrer l’exemple. Il fallait que je sois présent presque tout le temps. Et ce n’est pas facile de rester concentré, professionnel, en forme aussi. On parle de sept mois de tournage. Chaque scène est longue et compliquée à tourner. Elles sont toujours doublées.

"Être toujours sur le qui-vive, c’est ça qui était dur sur Poldark"

Si vous n’êtes pas dans une scène, vous êtes généralement sur un autre plateau avec une autre équipe. Pas de pause possible. Le tournage se termine vers 7 heures ou 8 heures du soir. Je suis sur les rotules, mais il y a ces dialogues à apprendre pour le lendemain, sans oublier de passer à la salle de gym. Ou c’est le producteur exécutif qui veut faire un point. Donc il faut y aller !

Être toujours sur le qui-vive, c’est ça qui était dur sur Poldark. Il y a un moment où tu as juste envie de faire un tour en ville, de couper ton téléphone, de prendre du bon temps. Mais ensuite, quand j’ai vu le résultat, la saison 1, j’ai compris pourquoi j’avais fait tout ça. C’est très gratifiant.

Pensez-vous être capable d’assurer ce rythme pour quatre ou cinq saisons ?

Oui, c’est vraiment le challenge sur une série comme celle-ci. Je suis en train de jongler avec des plats et il ne faut pas que j’en lâche un, sinon l’autre aussi va tomber. Et je continue à faire ça. Si je le fais bien, normalement, personne ne le voit [rires].

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Aidan Turner dans And Then They Were None, adaptation des Dix petits nègres par la BBC. (© BBC)

Les séries sont en train de vivre un nouvel âge d’or en termes de production et de storytelling. Elles rivalisent avec le cinéma. Vous avez d’ailleurs tourné sur ces deux supports.

Oui, c’est vraiment une belle époque pour les séries télé. On peut s’impliquer davantage dans nos personnages qu’au cinéma car on ne les compose pas pendant seulement deux heures. On n’a pas ailleurs cette opportunité d’interpréter un personnage pendant dix-huit heures, même si vous jouez dans un Peter Jackson, et pourtant il fait de longs films [rires] ! [Aidan Turner a joué Kili dans la trilogie du Hobbit, ndlr].

Les barrières entre cinéma et télévision disparaissent. Je connais d’excellents scénaristes de télévision qui écrivent maintenant des films. C’est pareil pour les acteurs, qui tournent maintenant facilement sur les deux. C’est intéressant de voir qu’aujourd’hui, ces deux formats partagent un terreau commun, artistiquement et intellectuellement.

La télévision n’est plus le vilain petit canard. Je me souviens qu’il y a quelques années, les acteurs n’allaient pas facilement vers la série. Et maintenant, on me conseille d’aller jouer Ross à la télévision. Les choses changent et je trouve ça super.

La première saison de Poldark a été diffusée sur la BBC en 2015. La saison 2 doit arriver cet hiver si tout va bien. En France, la série n'a pas encore de diffuseur officiel.  

Par Marion Olité, publié le 20/06/2016

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