On a discuté de The End of the F***ing World et d’une possible saison 2 avec Alex Lawther

Dans The End of the F***ing World, il prête ses traits à James, un ado perturbé persuadé d’être un psychopathe en puissance. On a rencontré Alex Lawther, un jeune acteur plein d’avenir.

(© Netflix)

Biiinge | En quelques semaines, The End of the F***ing World est devenue LA série à regarder. Chose rare, elle a conquis critiques et spectateurs. Vous attendiez-vous à ce plébiscite ?

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Alex Lawther | Ça a été une grosse surprise ! J’avais l’impression qu’on tournait tranquillement une petite série anglaise dans notre coin. Je n’ai en aucun cas anticipé l’ampleur des retours que l’on a eus ensuite.

Quelle a été votre première réaction à la lecture du script de The End of the F***ing World ?

J’ai trouvé ça très drôle et en même temps assez émouvant et surprenant. J’ai lu les scripts des épisodes 1 à 4, puis au moment d’auditionner, je venais de récupérer les derniers épisodes. Et je me souviens avoir été ravi de découvrir jusqu’où les personnages pouvaient aller en termes d’évolution.

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Ils changent tellement. Je n’avais jamais fait de séries comprenant autant d’épisodes. Ça a été un vrai plaisir d’avoir à jouer James pendant tout ce temps.

Revenons à l’audition. A-t-elle été classique ?

Oui, je dirais que ça a été une audition assez typique. J’ai rencontré Jess [Jessica Barden, qui incarne Alyssa dans la série, ndlr] pour tester l’alchimie entre nous deux, voir comment ça pouvait fonctionner devant une caméra.

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Jessica s’entend bien avec tout le monde, elle peut jouer avec tous les acteurs et les actrices de façon complètement relax. Puis je n’ai plus trop entendu parler du projet pendant un moment. Et finalement, je crois que c’était 6 mois plus tard, ils m’ont recontacté pour me dire : "Faisons-le !"

Comment avez-vous travaillé le personnage de James : en vous remémorant votre expérience d’adolescent, ou en vous tournant vers des références comme Dexter ?

Jonathan Entwistle et Lucy Tcherniak, les réalisateurs de la série, sont tous les deux très cinéphiles. Ils m’ont donné pas mal de références de films pour nous immerger dans ce que la série allait être visuellement. Concernant James, le plus gros indice pour moi, c’est qu’il ne dit pas grand-chose. Les mots qu’ils prononcent se résument à "OK", "fuck off", "oui" ou "non" [rires].

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Son dialogue intérieur [présent sous forme de voix off, ndlr], qu’il soit sincère ou pas, est très révélateur, car il pense des choses qui ne correspondent pas à ce qu’il laisse entrevoir aux gens qui l’entourent. L’une des premières choses qu’il dit, c’est : "Je suis à peu près sûr d’être un psychopathe." Que cherche-t-il à faire en se définissant comme un psychopathe ?

En fait, pour lui, être un psychopathe, c’est l’option la plus attrayante, parce que l’autre option, c’est de rester ce garçon très seul et très triste. À ce moment de sa vie, c’est plus rassurant pour lui et plus cool de se cacher derrière le masque du psychopathe. Au fil de la série, on comprend à quel point ce masque l’a isolé du reste du monde. Et il commence à se craqueler au contact d’Alyssa.

"C’est plus rassurant pour lui et plus cool de se cacher derrière le masque du psychopathe"

Vous êtes-vous un peu reconnu en James ?

Je suppose que oui dans le sens où, adolescent, j’ai sûrement aussi fait semblant d’être quelqu’un que je n’étais pas. Mais je n’ai jamais essayé d’être un psychopathe [rires]. À cet âge, tu ressens tout ce qu’il t’arrive 1 000 fois plus fort que le reste de ta vie. Pour gérer ça, on invente des mécanismes de défense, qui consistent souvent à essayer une personnalité, différentes attitudes, avant de trouver celle qui nous correspond vraiment.

© Netflix

Les fans de End sont en plein dilemme, entre ceux qui veulent voir une saison 2 et les autres qui y sont opposés. Dans quel camp êtes-vous ?

J’ai adoré tourner dans cette série. Je serais ravi d’avoir une nouvelle chance de retrouver l’équipe : Jess, Charlie, nos scénaristes, bref toute l’équipe. Mais il faut voir ce que ça voudra dire pour l’intrigue et les personnages. Il y aura peut-être une saison 2 dans laquelle James ne figurera pas. Ou peut-être qu’il y sera. Je ne sais pas du tout.

Quelle est votre théorie justement sur ce qui arrive à James. Pensez-vous qu’il est mort ?

Je n’en sais vraiment rien ! Quand nous avons tourné cette scène, la façon dont cela a été fait me donnait l’impression que c’était une fin définitive pour James, qu’il était mort. Mais quand j’ai regardé la scène montée sur Netflix, ce n’était plus aussi évident. Je suis aussi perdu que les fans sur ce coup-là !

"Il y aura peut-être une saison 2 sans James. Ou peut-être qu’il y sera"

Avez-vous un épisode ou une scène qui vous a particulièrement marqué ?

J’ai vraiment pris du plaisir à tourner l’épisode dans lequel Alyssa et James dévalisent une station-service. C’était très cool de travailler avec Earl Cave, qui incarne Frodo. C’est vraiment un de ces moments où tu te dis : "Mais mon métier est vraiment improbable !"  [Rires] Je peux faire semblant de braquer une station-service, c’est pas vraiment le genre de truc que tu peux faire dans la vraie vie [rires] ! C’est bête, mais c’était très drôle.

Avant End, on a pu vous voir dans un épisode très perturbant de Black Mirror, "Shut Up and Dance". Avez-vous hésité avant de dire oui ?

Je n’ai eu aucun doute au moment de dire oui. En tant qu’acteur, vous priez pour avoir ce genre de rôle, si bien écrit. Et quand vous êtes jeune, en plus, c’est rare de tomber sur une histoire aussi noire et complexe que celle de Black Mirror. Dans mon esprit, je n’ai donc pas hésité une seule seconde. Je me suis dit aussi que si j’avais été choisi, c’est qu’ils pensaient que j’étais la bonne personne.

Après, cela dit, j’ai quand même dû faire face à des personnes qui m’abordaient dans la rue pour me demander si j’étais comme mon personnage [qui se révèle être, attention spoiler, un pédophile, ndlr] ! J’imagine que c’est le prix à payer quand vous travaillez sur un matériel aussi sombre. Mais ça a été une super expérience de travail. L’écriture était si bonne.

Ça fait deux fois que vous vous retrouvez dans une série Netflix. Êtes-vous un binge-watcher ?

J’adore The Crown ! Je viens de la finir. Et même si c’est une grosse série en Angleterre, je n’étais pas franchement la cible. Je ne suis pas un grand fan de la royauté, mais Stephen Daldry et Peter Morgan ont réussi à rendre cette figure de reine très humaine.

Je ne regarde pas vraiment The Crown pour en apprendre davantage sur la famille royale, mais pour voir ce que Claire Foy et Matt Smith vont livrer ensemble. C’est un duo tellement brillant. Ils sont tellement bons. J’ai été surpris de la rapidité avec laquelle je suis devenu accro à cette série.

Vous êtes au début d’une prometteuse carrière. Avez-vous un·e cinéaste avec qui vous rêvez de tourner ?

J’adore tout ce que fait Mia Hansen-Løve. Elle est française je crois et je suis d’ailleurs en train de tourner pour la première fois en français, dans le film Les Traducteurs.

C’est une belle aventure pour moi, j’espère pouvoir continuer à tourner en France. Je vis dans un pays qui s’apprête à quitter l’Union européenne et j’aimerais bien continuer à travailler sur le reste du continent.

La saison 1 de The End of the F***ing World est disponible sur Netflix.

Par Marion Olité, publié le 07/02/2018

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