American Gothic : un thriller familial ennuyant et cliché

L'épisode pilote d'American Gothic est un échec cuisant, qui ne parvient pas à se distinguer des thrillers sériels, bien plus efficaces en termes d'écriture et de réalisation.

Amateurs de séries horrifiques, ne vous méprenez pas. American Gothic, produit par CBS, n'est pas un remake de la série terrifiante du même nom, créée par Shaun Cassidy en 1995. Ce nouveau thriller a été imaginé par Corinne Brinkerhoff, productrice de Jane the Virgin et The Good Wife. Un show qui n'a malheureusement rien à voir avec la qualité des séries sus-citées.

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American Gothic n'a rien à voir non plus avec le tableau du même nom, peint par Grant Wood en 1930. La série n'a d'artistique que ce nom évocateur. Son épisode pilote ne parvient pas à convaincre. La faute à une intrigue fastidieuse, des personnages mous et franchement peu charismatiques.

Annoncée comme un thriller sulfureux, un plaisir de binge watching pour l'été post-Game of Thrones, American Gothic déçoit par son manque d'imagination et ses airs de déjà-vu.

Ressortez votre Cluedo du placard

American Gothic nous plonge dans la sombre histoire des Hawthorne, une riche famille de Boston. La fille aînée souhaite faire campagne pour devenir maire. Par conséquent, sa famille est appelée à faire bonne figure dans l'optique de lui faire gagner des voix. Mais derrière leur demeure flamboyante et onéreuse se cache une histoire de serial killer qui pourrait bien ruiner les ambitions de la famille.

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On aurait pu avoir à faire à un jeu fascinant d'enquêtes et d'énigmes, dont la finalité serait de déterminer l'identité du tueur en série. Mais American Gothic n'est qu'un ersatz de Cluedo. Dès les premières minutes du pilote, on s'ennuie. Et le problème majeur, c'est qu'à la fin, on a juste passé 40 longues minutes à se demander ce qu'on aurait pu faire à la place.

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De l'alcool et des têtes qui reposent sur des mains : aïe, si même les personnages de la série se font chier, ça ne présage rien de bon (©️ CBS).

L'impression ressentie à travers le pilote, c'est qu'on nous prend pour des idiots. Il ne suffit pas de planter une atmosphère soi-disante mystérieuse pour capter l'intérêt du spectateur. La demeure des Hawthorne, au moins aussi glauque que la maison hantée de la première saison d'American Horror Story, finit surtout par nous hanter d'ennui.

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L'histoire du serial killer arrive comme un cheveu sur la soupe. On a du mal à saisir l'intérêt du mélange entre le drame familial et le soap criminel. En effet, les personnages sont tellement rédhibitoires qu'on voit mal l'un d'entre eux être un meurtrier façon le Tueur de Glace de Dexter ou le John le Rouge du Mentalist, (pour rester sur CBS).

Un beau casting sans personnages

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Le shérif Hood en contre-plongée, toujours aussi classe. Ah non, on s'est trompé de série (©️ CBS).

Le principal intérêt reposait sur la tête d'affiche, Antony Starr, aka Lucas Hood dans Banshee. Le problème de l'interprète, à qui la barbe va toujours aussi bien, c'est son incapacité à diversifier son jeu d'acteur. Sa mâchoire reste toujours aussi crispée, sauf qu'on ne peut plus admirer les accès de colère auxquels il se livrait dans Banshee. Il incarne donc un frère disparu pendant plusieurs années, censé être mystérieux. Mais le seul vrai secret qu'il cache, c'est s'il sait sourire.

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Pourtant, entre Justin Chatwin (Shameless), Juliet Rylance (The Knick) et Megan Ketch (Jane the Virgin), la distribution était pleine de promesses. En dépit de ce beau monde, les scénaristes ont préféré jouer la carte de la fainéantise, et leur accoler des rôles stéréotypés. Du junkie égaré au gamin flippant façon Insidious, on se sent tout simplement gêné rien qu'à les voir évoluer.

En résumé, on pique vite du nez devant tant d'aberrations, de facilités scénaristiques et de protagonistes bien fades. Dommage, car les thrillers bien foutus ne courent pas les rues. Sauf chez nos voisins britanniques qui, malgré le Brexit, nous ont pondu Luther et Broadchurch ces dernières années.

Old school, mais pas dans le bon sens

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Le plan de la voiture, un classique (des sitcoms). (©️ CBS).

En terme de réalisation, American Gothic  est triste dans sa composition de l'image. À la manière des thrillers anglais ou suédo-danois type The Killing, l'image sombre appelle à la noirceur mais sans inspiration. On se prend souvent à tenter d'augmenter la luminosité de son écran, alors qu'elle est déjà au maximum de ses capacités.

On a envie de pointer du doigt une "production value" déplorable. American Gothic semble être tournée dans les 80's, mais avec un côté vieillot qui apporte plus de lourdeur qu'une vraie volonté de se la jouer old school. Au final, l'atmosphère se rapproche davantage d'une série B inavouée que d'un thriller policier.

Si vous êtes en manque de drame familial, puisque American Gothic correspond (médiocrement) davantage à ce type de séries, préférez le foyer des Cody d'Animal Kingdom, bien plus déjanté et intriguant que ce thriller non maîtrisé.

Par Adrien Delage, publié le 30/06/2016

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