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American Vandal, la parodie complètement barrée de Making a Murderer

Le pénis n’aura jamais eu autant d’importance que dans American Vandal.

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Aussi prévisible que ça puisse être, le mois de septembre 2017 a mis l’accent sur le troisième tour de piste particulièrement attendu de Narcos. À tel point que, inévitablement, les autres productions Netflix ont été éclipsées par les trafics du cartel de Cali. Et c’est bien dommage, puisque dans le cru de cette rentrée se cache une pépite sous-estimée : American Vandal. En optant pour un format de "mocumentaire" (comprendre faux documentaire ou mockumentary pour les plus anglophiles), elle parodie les séries inspirées de faits réels dans la veine de Making a Murderer ou encore The Jinx, mais d’une façon bien plus complexe que ce qu’on pourrait croire.

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Une série aussi ingénieuse sur la forme…

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Hanover High School, de nos jours. Cet établissement scolaire lambda est secoué par un événement aussi tragique que désopilant : un individu non identifié a pris un malin plaisir à taguer des bites sur pas moins de 27 véhicules, tous garés sur le parking réservé au corps enseignant. Sans préambule, tout le monde, professeurs comme élèves, pointe du doigt un seul et unique coupable : Dylan Maxwell, un grand dadais au physique de rugbyman et au cerveau d’enfant de 10 ans. Armé de son matos de tournage et épaulé par son meilleur pote, l’outsider Peter Maldonado se donne pour mission de prouver l’innocence de Dylan. Il met alors en place une véritable investigation, qui va prendre plus d’ampleur que ce qu’il a pu anticiper.

À travers huit épisodes d’une trentaine de minutes, American Vandal distrait autant qu’elle fascine. Elle se calque sur les docu-séries qui ont eu la cote ces dernières années, adoptant un montage vidéo similaire. Concrètement, chaque volet du show alterne entre séquences d’interrogatoire face caméra des personnages (ou suspects, comme préfère les appeler Maldonaldo), des scènes filmées sur le lieu du crime et des passages où les enquêteurs en herbe font part de leurs théories les plus perchées. À ça viennent s’ajouter des montages réalisés grâce à un logiciel 3D afin de créer des simulations de scènes qui pourraient avoir eu lieu.

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Oui, American Vandal va plus loin que ce qu’on pourrait attendre d’elle. Tandis que ses deux premiers épisodes servent essentiellement de mise en place, le troisième chapitre nous fait prendre conscience d’une chose : on crève d’envie de savoir qui a dessiné ces fameux zboubs ! L’enquête de Maldonado et son BFF avance à une cadence suffisamment soutenue pour qu’on arrive facilement à saisir les motivations des potentiels malfaiteurs et les alibis de chacun. Grosso modo, on ne se perd pas et on prend même volontiers part à l’investigation.

L’aspect le plus captivant d’American Vandal réside probablement dans le fait que les épisodes que l’on mate sont aussi visionnés par les personnages. En d’autres termes, le documentaire que réalise le protagoniste de la série est diffusé sur son propre site Web et tous les élèves du lycée suivent assidûment la sortie de chaque épisode pour savoir si Dylan Maxwell est coupable, ou non. De fait, au fil de l’intrigue, des secrets enfouis remontent à la surface et sont exposés dans le docu, n’en déplaise aux concernés.

…que sur le fond

Format documentaire oblige, la trame d’American Vandal nous est présentée du point de vue de Peter Maldonado, lequel fait à la fois office de personnage principal et de narrateur, grâce à une voix off omniprésente. À première vue, Peter est ce que les anglophones appellent un wallflower, c’est-à-dire une personne qui se fond dans le décor en raison de son introversion ou sa timidité. Malgré sa posture en retrait, il sait tout ce qu’il y a à savoir sur ses pairs d’Hanover High School. Et des dossiers, il y en a, et pas qu’un peu.

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Plus qu’un mockumentary dont le seul objectif serait de nous faire rire (ça arrive, rassurez-vous), American Vandal dresse un portrait étonnamment réaliste du lycée américain. On ne peut pas dire qu’elle s’apparente à un teen drama, mais presque. De Sara Pearson, la nana populaire à la libido assumée, à Alex Trimboli, le loser prêt à tout pour se faire accepter, les personnages périphériques de la série sont de purs archétypes qu’on a déjà vus mille fois dans Dawson, Glee ou encore Beverly Hills, 90210. En soi, rien de nouveau sous le soleil.

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Seulement, contre toute attente, le format choisi et les interactions entre les élèves permettent de les rendre tout de suite plus crédibles. Plus encore, leur manque éminent de confiance en eux ainsi que l’importance évidente qu’ils accordent à leur réputation reflètent avec brio l’expérience conflictuelle que peuvent représenter les années lycée. Le casting d’American Vandal, majoritairement composé de comédiens novices, facilite l’immersion dans leurs petites histoires et confère d’emblée un capital sympathie aux personnages.

Alors oui, on peut concevoir qu’American Vandal ne soit pas des plus tentantes sur le papier. Or, les cocréateurs Dan Perrault et Tony Yacenda (majoritairement impliqués dans la production de vidéos Funny or Die) ont mis au point un ovni sériel qu’il serait dommage de rater. La série parvient à jongler parfaitement entre une absurdité déconcertante (tout commence par des graffitis de kikis, rappelons-le) et un sérieux étonnamment crédible. En dépit de ses vannes phalliques çà et là, American Vandal est une œuvre subtile et surtout un brillant pastiche des docu-séries ô combien dramatisants.

La première saison d’American Vandal est disponible dès maintenant sur Netflix.

Par Florian Ques, publié le 22/09/2017

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