And Then There Were None : l'œuvre d'Agatha Christie sublimée

Diffusée pendant les fêtes, And Then There Were None, la mini-série adaptée des Dix Petits Nègres d'Agatha Christie, est parvenue à sublimer l'un des meilleurs "murder mysteries" de la littérature moderne.

Été 1939. Huit personnes sont invitées sous de faux prétextes à séjourner sur l'île de Soldier Island. Ils ne se sont jamais rencontrés et leurs hôtes, Monsieur et Madame U. N. Owen, sont inexplicablement absents. Accueillis dans l'imposante demeure, seule habitation de l'île, par deux employés de maison, ils réalisent très vite qu'un tueur les élimine un par un, selon les vers d'une chanson dont les paroles sont affichées dans chaque pièce de la maison.

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Au Royaume-Uni, les fêtes de fin d'année à la télé, c'est sacré. Les grands classiques de leur littérature aussi. Alors, ce 26 décembre, BBC One a mis les petits plats dans les grands. C'est la papesse de l'adaptation, Sarah Phelps, qui a eu la lourde tâche de donner corps à And Then There Were None. Cette dernière s'était déjà attaquée, avec brio, aux classiques Great Expectations (Les Grandes Espérances, en VF), Oliver Twist ou le plus récent The Casual Vacancy de J. K. Rowling.

Adapter un classique avec grâce

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Considérée comme la plus grande œuvre d'Agatha Christie, Les dix petits nègres n'en est pas à sa première adaptation télé (qui se souvient de la purge made in USA, Harper's Island ?). Mais c'est la première, en langue anglaise, à conserver la fin telle qu'elle a été écrite en 1939. Sarah Phelps a donc pris les rênes de cette mini-série en trois épisodes diffusés les 26, 27 et 28 décembre et qui a rassemblé jusqu'à 5,5 millions de téléspectateurs. Une réussite pour BBC One, mais aussi un succès critique.

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La première force de cette adaptation, si l'on excepte le matériau d'origine de haute volée, réside dans son casting. Des visages bien connus des sériephiles : Charles Dance (Game of Thrones), Maeve Dermody (Serangoon Road), Aidan Turner (Poldark), Burn Gorman (The Man in the High Castle), Toby Stephens (Black Sails), ou encore Sam Neill et Noah Taylor (vus dans Peaky Blinders).

Une interprétation sans faille qui sert à merveille cette histoire d'une redoutable efficacité, dont la tension monte crescendo, jusqu'à en devenir suffocante. Mis en image par Craig Viveiros, ce huis-clos rend justice au matériau d'origine avec beaucoup de grâce, et est sublimé par une mise en scène d'une élégance folle.

Fouiller la psyché pour déterrer la culpabilité

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La mini-série reprend évidemment le principe, cher à Agatha Christie, du "whodunnit" (un procédé qui repose presque uniquement sur la découverte de l'identité du meurtrier), mais c'est aussi une exploration, tout à fait perverse, de la culpabilité et de la condition humaine. Les personnages ont tous commis des crimes, c'est d'ailleurs la raison de leur présence, mais aucun ne le vit de la même façon. Et le huis-clos renforce cet effet de loupe, à la limite de l'expérience sociale et psychiatrique.

Et, comme si And Then There Were None n'était pas déjà réussie en tous points, elle se dote en plus d'un générique élégant et stylisé qui prend tout son sens après le visionnage du premier épisode. Ces statuettes de jade, au nombre de dix, sont le symbole de la fragilité psychologique de ces petits soldats décrits dans la chanson et de la facilité avec laquelle le poids du secret peut les briser.

Par Delphine Rivet, publié le 30/12/2015

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