Genius : Antonio Banderas est Picasso dans un biopic qui manque de folie

Un génie de la peinture, pas franchement des relations humaines.

Après une première saison consacrée au physicien Albert Einstein, National Geographic poursuit son anthologie sur les grands génies de l’Histoire avec une saison 2 qui va voir du côté de l’art en se centrant sur la vie de Pablo Picasso. Plusieurs acteurs incarnent le peintre espagnol, fondateur du cubisme, à différents âges, mais ce sont les acteurs Antonio Banderas et Alex Rich qui se taillent la part du lion. La star espagnole interprète l’artiste à la fin des années 1930, alors qu’il se décide à peindre Guernica en réaction aux violences franquistes et fascistes, tandis que Rich campe un Picasso dans la vingtaine, qui cherche son art et étouffe face au classicisme de ses profs.

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Retracer la vie d’un peintre de génie, qui se refusait à reproduire ad vitam æternam le goût de l’époque et qui a bousculé les formes géométriques, en adoptant le format si classique du biopic à l’américaine a quelque chose de plutôt ironique. Non pas qu’on s’ennuie au visionnage du premier épisode, la vie de Picasso étant assez passionnante pour ne pas piquer du nez. D’autant que le récit se déploie sur plusieurs temporalités. Mais contrairement à l’œil révolutionnaire du peintre, la série s’applique comme une bonne élève à retracer les moments clés de sa vie : une naissance difficile, la mort de sa jeune sœur, sa passion pour la tauromachie transmise par son père, son don de peintre détecté jeune, les différentes écoles d’art qui vont finir par l’oppresser par leur rigueur, son début d’émancipation, Guernica…

Ce season premiere a des airs de biopic cinématographique trop propre. Antonio Banderas, qui admire beaucoup Picasso, est sur un rôle à Emmy (on dirait "un rôle à Oscar" si Genius: Picasso eut été un film). Il lui fallait 5 heures de maquillage avant de pouvoir incarner l’artiste. Sans être une catastrophe, son interprétation trop appuyée (avec ces grandes intonations tout d’un coup) fait qu’on a du mal à oublier que c’est Antonio Banderas qui joue Picasso sous nos yeux. En un mot : cabotinage. Avec un jeu plus naturel (et sans être grimé puisqu’il l’incarne dans sa vingtaine), Alex Rich s’en sort mieux pour le moment.

Clichés en série

© National Geographic

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Sur le fond, toutes les plus grosses "infos Wikipédia" de Picasso sont là, mais pour le moment, la série échoue à nous transmettre véritablement la passion qui animait l’artiste. À l’exception de cette scène saisissante du bombardement de la ville de Guernica, qui l’inspirera à peindre ce fameux tableau engagé, à l’origine une commande pour le pavillon espagnol de l’Exposition universelle de Paris de 1937. Mais c’est peu, le reste du temps, la recherche esthétique de Picasso se résume à des phrases comme "Je ne peux peindre que ce que je vois !", ou "Les artistes doivent être libres !". Certes.

Notons aussi que la série pèche dès le début par manque d’authenticité en n’optant pas pour la langue espagnole, mais anglaise. Alors oui, les Américains n’aiment pas les sous-titres et les doublages, mais Narcos et Netflix sont passés par là. Si une série de braquage comme La Casa de Papel est proposée en langue originale, Genius: Picasso, qui retrace une partie de l’histoire espagnole, devrait l’être, au moins pour les scènes se déroulant dans le pays.

Le rapport de Picasso aux femmes reste aussi pour le moment particulièrement superficiel. L’homme était coureur, multipliait les conquêtes, son intérêt passait de femmes en femmes selon ce qu’elles pouvaient lui apporter. Dans le premier épisode, le peintre propose à deux de ses compagnes de choisir laquelle des deux peut rester, s’ensuit une bagarre légèrement ridicule. Poppy Delevingne, Clémence Poésy et Samantha Colley se succèdent dans son lit et reproduisent chacune à leur manière le trope de la femme qui sert à déclencher tout le talent du génie mâle. C’est l’œil du peintre qui est mis en avant, on ne comprend pas ce qui l’inspire véritablement, ce que ressentent ces femmes-muses. Picasso prend ce qu’il veut, certes, et le showrunner le montre bien, mais c’est aussi un choix de sa part que de réduire les personnages féminins à de simples outils, comme Picasso. On assiste donc à un genre de relations hommes-femmes vu mille fois dans divers biopics centrés sur des hommes bigger than life.

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La suite de Genius: Picasso saura-t-elle rectifier le tir ? C’est toute la beauté des séries que d’avoir la capacité de nous emmener vers des horizons imprévus. Tel Picasso quand il rencontra ses potes surréalistes et cofonda le mouvement du cubisme, on se prend à espérer que la série se libère des carcans du biopic hollywoodien.

La deuxième saison de Genius est diffusée tous les mardis sur National Geographic.

Par Marion Olité, publié le 26/04/2018

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