Arrowverse : qui a remporté la palme de la meilleure série DC cette année ?

Quatre compétiteurs, d’agréables surprises et d’affligeantes déceptions. Toutefois, les super-héros DC de la CW restent globalement en bonne forme.

dcvere

Cette année, les séries de super-héros de la CW devaient toutes relever un challenge. Après une saison 4 complètement ratée, le Green Arrow était tenu de se rattraper en tant que leader du Berlantiverse. De son côté, Barry Allen pouvait confirmer son statut de meilleur show signé DC du network, concurrençant au passage l’arrivée de Supergirl sur la chaîne. Enfin, les Légendes emmenées par Sara Lance, équipe un peu bâtarde formée de seconds couteaux, avaient pour objectif de justifier leur existence dans le Arrowverse.

Publicité

Une avalanche d’épisodes plus tard, le bilan est plutôt positif. Nous avons même assisté à de très bonnes surprises du côté de Legends of Tomorrow ou encore de Supergirl, qui a réussi sa transition sur la CW. Arrow est quasi revenue à son meilleur niveau notamment par le biais de son season finale littéralement explosif. En revanche, The Flash fait le ventre mou après une saison 3 en dents de scie, qui a cumulé les mauvais choix scénaristiques et les incohérences particulièrement irritantes pour le spectateur.

Alors qu’un nouveau justicier, le Black Lightning, fera son entrée sur la chaîne lors de la prochaine saison sérielle, il est l’heure de faire le point sur les nouveaux chapitres de l’univers super-héroïque débuté par Greg Berlanti en 2012.

#1. Legends of Tomorrow, la buddy série inattendue

legendsoftomorrow

©️ The CW

Publicité

Quoi qu’on pense des séries édulcorées de la CW, et de la comparaison injustifiée faite avec les shows Marvel des chaînes câblées, elles possèdent de nombreuses qualités en matière de narration et de divertissement. Cette année, elles ont toutes marqué leurs fans grâce à un épisode final surprenant, parfois jouissif ou carrément déstabilisant. Cependant, l’une d’entre elles sort clairement du lot, évoluant à un rythme de croisière particulièrement juste et appréciable à regarder. Il s’agit de la saison 2 de Legends of Tomorrow.

J’avais déjà défendu l’équipe de Sara Lance après la diffusion du season finale (LoT n’a eu droit qu’à une saison de 17 épisodes contrairement à Arrow, The Flash et Supergirl). En bref, ce nouveau chapitre brillait grâce au lead de White Canary, bien plus charismatique et attachante que la version gentille de Rip Hunter. Ce dernier, qui avait basculé du côté obscur sous l’influence de la Legion of Doom, était bien plus convaincant dans ce rôle (tout comme son interprète, le génial Arthur Darvill).

En dépit de sa réputation de recycler des personnages tirés du Arrowverse, la saison 2 de Legends of Tomorrow a fait de sa faiblesse une force. Le showrunner Marc Guggenheim et ses scénaristes ont traité avec intelligence leurs personnages. Par exemple, l’idiot du village Mick Rory a pris un virage plein d’autodérision. De cette manière, le monoexpressif Dominic Purcell devenait bien plus drôle, presque attachant dans cette ironie de tous les instants. Les scénaristes ont également éjecté de la série le couple des Hawks, une décision judicieuse au vu de l’intrigue ennuyeuse au possible dont ils avaient écopé dans la saison initiale.

Publicité

Si les effets visuels du show restent toujours aussi cheap, Marc Guggenheim a choisi de jouer à fond la carte de la série décomplexée. Ainsi, ils n’ont plus à se soucier des innombrables incohérences temporelles qui se multiplient à chaque épisode. L’équipe se balade entre le passé, le présent et le futur et tant pis pour les aberrations. On s’éclate à chaque épisode en voyant Ray esquiver un T-rex, Mick grogner des vannes débiles dans les situations désespérées ou encore Sara casser la gueule à tout ce qui bouge.

Divertissante, marrante et touchante, Legends of Tomorrow a prouvé que le recyclage a parfois du bon. Prochaine étape pour les scénaristes : continuer sur cette lancée et offrir au crew les méchants qu’ils méritent, et non un ramassis de crapauds inexpressifs. Pour le moment, elle reste probablement l’une des meilleures séries de super-héros de l’écurie DC. Et, de manière plus inattendue, un buddy show des plus délectable.

Publicité

#2. Arrow, le chemin de la rédemption

Arrow -- "Legacy" -- Image AR501c_0161b --- Pictured: Stephen Amell as Green Arrow -- Photo: Bettina Strauss/The CW -- © 2016 The CW Network, LLC. All Rights Reserved.

©️ The CW

Dans le monde du cinéma et des séries, une opinion commune veut qu’une œuvre de super-héros s’évalue à l’efficacité de son antagoniste. Voilà pourquoi The Dark Knight, et son joker incarné par Heath Ledger, est aussi respecté, contrairement au controversé Batman vs. Superman. Dans la sphère sérielle, Arrow rencontre une situation similaire avec Damian Darhk, son méchant de la quatrième saison, catastrophique.

Autant vous le dire tout de suite, j’ai entamé cette cinquième saison de l’Archer vert avec la plus grande appréhension et une peur profonde de m’ennuyer devant chaque épisode. Après avoir visionné le season finale intitulé "Lian Yu", je suis bien heureux d’avoir insisté avec la série initiale du Berlantiverse. C’est un grand soulagement : Arrow va mieux. Exit les pouvoirs mystiques et la relation tumultueuse entre Oliver et Felicity. Place à un méchant des plus virulents et charismatiques en la personne de Prometheus, qui confirme une fois encore la théorie avancée dans le paragraphe précédent.

La showrunneuse Wendy Mericle a passé un grand coup de balai dans les rangs de la team Arrow. Curtis est devenu Mister Terrific, Wild Dog a fait son entrée et une nouvelle Black Canary est venue remplacer Laurel Lance. Si certains points restent à travailler (sérieusement, Curtis n’a rien de terrifiant), cette équipe flambant neuve est agréable à découvrir. Tina Boland écope d’une storyline bien moins risible que Katie Cassidy, Rick Gonzalez apporte un côté fougueux et sauvage à l’équipe et même Felicity a eu droit à son grain de folie, passant du côté obscur pour un temps.

Surtout, ces personnages au passé tortueux nous replongent dans la facette sombre d’Arrow, qui habitait les débuts de la série. Oliver ne se gênait pas pour tuer ses victimes au cours de la première saison, remettant sur le tapis des questions inhérentes au voyage initiatique du héros, aussi banales et légitimes que "la fin justifie-t-elle les moyens ?". Dans cette saison 5, l’Archer vert se confronte de nouveau à son passé. Mieux, les flash-back ont enfin trouvé une conclusion justifiée qui permet de boucler la boucle quant à son désir de bander l’arc pour défendre la veuve et l’orphelin à Star City.

Toute cette orchestration n’aurait été possible sans le colosse Prometheus, brillamment incarné par Josh Segarra. On retrouve en son personnage la noirceur qui animait Deathstroke et le Malcolm Merlyn des débuts, adversaires causant du tort à la nature même du justicier. Difficile d’ailleurs de ne pas évoquer le retour de Slade Wilson (Manu Bennett) dans ce bilan, qui a ravivé la flamme des fans pour la série.

Avec l’investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis, les scénaristes d’Arrow ont même tenté un épisode politique. Si la série n’est pas parvenue à apporter ne serait-ce que les bases d’une solution, elle a au moins eu l’audace de s’y attaquer et de diffuser un message fort concernant le trafic des armes et la peur du terrorisme. Ils avaient déjà tenté de tacler les forces de répression américaines en saison 3, via la métaphore de l'"Anti-Viligante Task Force". Preuve que série édulcorée ne rime pas forcément avec débilité.

Avec son final explosif, qui a su ramener un nœud de tension et un cliffhanger efficaces, Arrow pose les bases d’une sixième saison quasi rédemptrice. Propulsés par l’arrêt des flash-back, Greg Berlanti et son équipe pourront trouver une nouvelle manière de rythmer la narration, tout en évitant les lenteurs et le désintérêt des spectateurs pour certains fragments du passé. Attention également au retour du couple "Olicity", qui plane dangereusement sur la série (et l’intérêt des fans). Pour l’instant, Oliver a plus d’une corde à son arc pour retrouver son aura d’antan et viser juste par la suite.

#3. Supergirl, la stabilité (et quelques coups d’éclat)

supergirl

©️ The CW

Supergirl a survécu à une étape difficile cette année : passer d’une chaîne à une autre, après avoir échappé de peu à la sanction définitive de l’annulation. Pour la CW, il fallait donc trouver un moyen d’attirer les spectateurs de la série sur CBS tout en séduisant les adeptes du Arrowverse. Comme le show a été renouvelé pour une troisième saison, le pari est visiblement réussi. Si Supergirl adapte le ton des autres séries du Berlantiverse, il faut lui reconnaître des atouts séduisants qui sauront convaincre tous types de spectateurs.

C’est peut-être une surprise pour certains, mais Greg Berlanti est homosexuel. C’est pourquoi il a toujours tenu à représenter la communauté LGBTQ dans ses productions. Supergirl est peut-être la série où il pousse le plus cette volonté de représentation. Si faute de budget les scénaristes et réalisateurs galèrent méchamment à illustrer la puissance inhumaine de Kara et ses compatriotes, ils nuancent en s’attaquant de force à des sujets d’actualité sensibles.

Tout comme dans le film District 9, les aliens de National City représentent une forme d’immigration. À l’ère de l’extrémisme et de Trump, la série se place comme le défenseur de cette diaspora critiquée de toute part. Supergirl est plus souvent politique que ses homologues, n’hésitant pas à affirmer son engagement même à travers les titres de ses épisodes ("Nevertheless, She Persisted" en est l’exemple le plus flagrant). Par certains aspects, elle reste aussi décomplexée que Legends of Tomorrow, comme le prouve l’épisode crossover musical opéré avec The Flash.

Enfin, le show est garant d’une certaine forme de féministe. Plusieurs journalistes et spectateurs s’étaient montrés particulièrement remontés contre l’arrivée de Superman dans la série. Le surhomme était apparu comme un justicier plus responsable et plus fort que sa cousine, créant un décalage flagrant avec le thème principal du show. L’arrivée du Guardian en saison 2 n’a pas vraiment aidé à nuancer cette idée. Mais au fil de la saison 2, Supergirl a retrouvé un porte-étendard de girl power.

Dans le season finale, Kara a mis une raclée monumentale à son cousin. C’est également les femmes qui avaient le pouvoir de sauver le monde, ou même de le détruire via le personnage de Rhea incarnée par l’ex-desperate housewife Teri Hatcher. Un message porteur d’espoir qui poussera les garçons à réfléchir au fait que oui, les femmes peuvent changer le monde et tenir des responsabilités autres qu’une banale assistance des hommes dans la vie quotidienne. Le speech de Cat Grant dans l’épisode final en reste le plus beau symbole.

En termes de série de super-héros, Supergirl n’apporte rien de neuf. Mais est-ce réellement important quand, par son contexte et le traitement de ses personnages, elle apporte une réflexion sur son époque, le statut des femmes et les stigmatisations des minorités ? Vous avez quatre heures.

#4. The Flash, l’erreur de parcours ?

The Flash -- "Back to Normal" -- Image: FLA219b_0131b.jpg -- Pictured: Grant Gustin as The Flash -- Photo: Katie Yu/The CW -- © 2016 The CW Network, LLC. All rights reserved.

©️ The CW

Comme beaucoup d’entre vous, The Flash reste ma série préférée du Arrowverse. Avec sa deuxième saison particulièrement rythmée et prenante, Barry avait même dépassé Oliver en matière de pur divertissement. Il m’est donc difficile d’écrire que ce troisième round résonne comme un échec inouï dans l’histoire du speedster. Un fiasco symbolisé par ce dernier épisode mal foutu, décevant et terriblement idiot.

L’idée de départ d’adapter le comic Flashpoint était pourtant incroyablement excitante. Après avoir une nouvelle fois bouleversé la timeline, Barry devait recoller les morceaux et assumer les conséquences de ses actes. Ainsi, nos héros familiers changeaient du tout au tout, histoire d’apporter un vent de fraîcheur pas si insensé : le vanneur Cisco devenait déprimé et agressif envers son meilleur ami, Caitlin revêtait sa meilleure tenue en incarnant Killer Frost, le charismatique Tom "Malefoy" Felton rejoignait l’équipe, un nouvel Harrison Wells déjanté débarquait à Star L.A.B.S. et Barry prenait en charge Kid Flash, un allié en puissance.

Résultat des courses, tous ces remaniements ont lamentablement échoué. Le déprimé Cisco est devenu déprimant, les blagues de HR n’ont jamais fait mouche et l’intérêt de Wally en speedster est passé d’intrigant à inutile à la vitesse de la lumière. Au lieu de piocher dans l’énorme corne d’abondance d’intrigues mise à disposition par l’ouverture du Multivers DC en saison 1, les scénaristes ont opté pour une sinueuse ligne directrice, bourrée d’incohérences. L’histoire de Savitar, son identité et la création des vestiges temporels ne tiennent pas la route. La série n’a pas le charme ou la carrure de Lost pour se permettre une telle audace.

Quant au personnage de Barry, son écriture en est devenue irritante au possible. Je commence à me lasser de l’entendre clamer en introduction de chaque épisode "je suis l’homme le plus rapide du monde" pour finalement se rétamer la gueule tout du long. Si les bolides comme Reverse-Flash et surtout Zoom étaient particulièrement réussis et permettaient à Barry de développer de nouveaux pouvoirs, Savitar était le speedster de trop.

Je préfère ne pas m’attarder non plus sur les incohérences amenées par le super-crossover de cette année, qui a seulement servi à métamorphoser la fille de Diggle en un petit garçon… Ridicule. Seul petit lot de consolation, les producteurs ont promis que Flash n’affronterait pas l’un de ses homologues dans la prochaine saison.

Heureusement, tout n’est pas à jeter aux oubliettes dans cette troisième saison. L’épisode centré sur l’attaque des gorilles menés par Grodd était plutôt sympa, de même que le retour de Captain Cold dans l’avant-dernier chapitre. Toutefois, ces bons points sont passés inaperçus tant le season finale était raté. C’est dommage, car les ultimes combats contre Savitar faisaient honneur à la série.

Attention, alerte spoilers pour ceux qui ne sont pas à jour. La scène finale où Barry se rend dans la "Speed Force" déstabilisante est d’une nullité aberrante. On se doute bien que les scénaristes ne vont pas en rester là avec leur personnage principal. Autre incohérence : le sacrifice ultime de HR. Le mec a sauvé la mise à Iris et tous ses camarades semblent gentiment ignorer son geste, comme si Harrison Wells venait simplement de leur payer un coup. On a connu la team Flash légèrement plus altruiste quand les vies de Caitlin ou de Cisco étaient en danger.

Avec un méchant décevant, des intrigues bordéliques, des comportements douteux de la part de personnages autrefois loués par les fans, la saison 3 de The Flash a perdu en allure. Le charisme de son héros, pourtant porté par le lacrymal Grant Gustin, en a pâti méchamment. On ne sait pas trop où va nous emmener cette fin abracadabrante, mais une chose est sûre : on aurait préféré un reboot de l’intrigue "Flashpoint", qui aurait au moins eu la décence de reculer plutôt que de s’empaler à toute vitesse dans le mur.

Toutes les séries DC de la CW ont été renouvelées pour une saison supplémentaire.

Par Adrien Delage, publié le 29/05/2017

Copié

Pour vous :