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Ashton Kutcher : "Dans The Ranch, nos personnages se moquent du reste du monde"

Un an après l'arrêt de Mon oncle Charlie, Ashton Kutcher revient sur le devant de la scène avec The Ranch, la nouvelle sitcom de Netflix dans laquelle il incarne Colt, une ex-étoile montante du foot de retour chez son père, éleveur. Rencontre.

©️Greg Gayne/Netflix

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Biiinge | Qu'est-ce qui vous a séduit dans le projet The Ranch

Ashton Kutcher | La plupart des gens qui vivent dans les grandes villes aux États-Unis viennent en réalité d'ailleurs. Je vis à Los Angeles et je connais très peu de gens qui y ont grandi. Leur ville natale tient une place spéciale dans leur coeur. Et ce qui fait toute la beauté des grands shows, c'est qu'ils nous amènent à découvrir des univers qui nous sont mystérieux, et qu'ils nous les rendent accessibles. Ce monde conservateur de The Ranch nous est étranger.

On peut faire la même analyse avec House of Cards : personne, à part le Président, ne vit à la Maison Blanche. Nous ne sommes pas des politiciens, mais la série nous ouvre les portes de ce monde. Quel est cet univers, que s'y passe-t-il ? C'est pareil pour Urgences et l'univers médical. A quoi ça ressemble de travailler dans un hôpital ?

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The Ranch nous immerge effectivement dans un monde peu mis en scène à la télévision...

Oui, la série parle de ces éleveurs qui gèrent leur entreprise. Les gens sont tellement éloignés du monde de l'agriculture et en même temps, beaucoup se demandent d'où viennent leur nourriture, comment fonctionne un ranch, comment on aide une vache à mettre bas ou à l'inséminer... Tout cet univers nous permet de développer de nouvelles intrigues.

"Je voulais faire une série culturellement pertinente"

Faire une série pertinente culturellement était important pour moi. Elle devrait donc intéresser de nombreuses personnes, même si ce n'est pas leur monde. Et elle possède des points d'entrée différents. The Ranch, c'est aussi l'histoire d'une famille dysfonctionnelle, avec ces deux frères et ces parents qui ne vivent pas sous le même toi.

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Ne pensez-vous pas que The Ranch aurait mérité un traitement plus "drama" ?

Dans les années 80, une série comme Dallas réunissait 74 millions de téléspectateurs sur un épisode qui répondait à la question "Qui a tué JR ?". Et c'était un soap opera. Je pense qu'on peut s'extirper de son genre pour toucher les gens.

©️Greg Gayne/Netflix

©️Greg Gayne/Netflix

Dans la plupart des comédies, les personnages d'un certain type se moquent d'autres personnages d'un autre type, mais dans The Ranch, c'est un peu l'opposé. Nos personnages se moquent du reste du monde (rires). Le show possède une certaine dualité au niveau de son audience. Les spectateurs conservateurs peuvent le regarder et se dire "fuck yeah!", et les autres se diront "Oh mon dieu, c'est vraiment ce qu'ils croient !".

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La clé de la réussite, c'est de créer des personnages intéressants qui reflètent d'une manière ou d'une autre votre compréhension de la vie. On est en empathie avec eux, dans tout ce qu'ils traversent. La perception du show sera de toute façon très différente selon que vous vivez dans une métropole ou un milieu rural.

Comment fonctionne une sitcom comme The Ranch au niveau de sa production ? 

Nous avons construit des arcs narratifs sur dix épisodes, puis dix autres épisodes arriveront bientôt (dans six mois normalement, NDLR). Le modèle économique des sitcoms à multi-caméras est bien spécifique. L'équipe ne se réunit que deux jours par semaine. Il faut alors créer au moins 20 shows pour créer un modèle viable, et dégager un salaire décent pour tout le monde.

On a donc du inventer un nouveau modèle avec Netflix, qui corresponde à nos envies et soit gérable pour notre équipe.

"On vit une situation de blocage politique aux États-Unis"

Lors du panel Netflix, vous vous êtes montré assez agacé par les médias américains. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Je ne suis pas vraiment en colère, mais plutôt résigné quant à la façon dont fonctionne le système politico-médiatique et le fait que les médias recherchent avant tout la rentabilité de leur networks. Est-ce qu'on parle vraiment de politique ou de médias ? Vous êtes journaliste. A quel point faites-vous des efforts pour correspondre à l'idée que vous vous faites de ce métier ? Et à quel point essayez-vous d'être rentable auprès du média pour lequel vous travaillez ? Vous passez chaque jour à négocier avec votre conscience.

©️Greg Gayne/Netflix

©️Greg Gayne/Netflix

En ce moment, aux États-Unis, les médias ont gagné assez de pouvoir pour orienter leurs perspectives et éviter leur devoir de conscience collective auprès du peuple. Le système fonctionne sur un mouvement de balancier pour que rien ne change trop vite.

On est dans un vrai blocage politique. Et les gens ont développé une grande impatience, qui a probablement à voir avec le développement des nouvelles technologies. Tout change si vite dans le high tech, en opposition à la politique qui change si lentement. Beau Bennet (incarné par Sam Elliott), notre père dans The Ranch, est par exemple allergique aux nouvelles technologies. Il dit plusieurs fois que s'il devait voter aujourd'hui, son bulletin irait à Ronald Reagan. Il était "pro-choice" et pour l'immigration d'ailleurs.

Je pense aussi que les points de vue extrêmes sont particulièrement mis en avant dans les médias, plus que leurs poids réels parfois.

"The Ranch, c'est l'histoire d'un homme qui veut se réaliser."

The Ranch brasse des thématiques très américaines. En quoi le show peut-il aussi toucher une audience plus globale, celle de Netflix ? 

On raconte avant tout l'histoire d'un jeune homme paumé qui ne trouve pas sa place dans cette société. The Ranch, c'est une série sur un mec qui veut se réaliser. Colt a été éduqué et entraîné pour jouer au foot. Il ne sait faire que ça, mais il doit retourner vivre chez ses parents car il ne trouve pas de travail. C'est un énorme échec pour lui.

©️Greg Gayne/Netflix

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Derrière The Ranch, il y a cette idée qu'en cas d'échec, les jeunes seront peut-être obligés de retourner vivre chez leurs parents. C'est une peur universelle et très humaine. Dans la série, on pose ces questions : qu'arrive-t-il quand, au moment où tu pensais avoir atteint un vrai degré d'indépendance dans ta vie, tu dois redevenir l'enfant fardeau ?

Et d'un autre point de vue, comment ces parents vivent-ils ce retour à moment où ils pensaient être enfin libérés de leurs enfants ? La dynamique du show repose là-dessus, et je pense que l'on n'a pas vraiment vu ce genre de relation à la télévision.

Les dix premiers épisodes de The Ranch, créée par Jim Patterson et Don Reo sont à découvrir sur Netflix. 

Propos recueillis par Marion Olité. 

Par Marion Olité, publié le 27/04/2016

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