Biiinge clash : la série horrifique Au-delà des murs divise

Arte lance ce soir la mini-série fantastique Au-delà des murs, mitonnée par le duo de scénaristes français Hervé Hadmar et Marc Herpoux. Le débat est vif à la rédac de Biiinge. 

Après Pigalle, la nuit, Signature et Les Témoins, les deux scénaristes à la patte reconnaissable ont décidé d'explorer les genres fantastique et horrifique avec Au-delà des murs. Le pitch est des plus classiques pour ce type d'univers. Une jeune femme réservée, Lisa, s’installe dans une maison en ville dont elle a mystérieusement hérité. En se perdant dans ses dédales, elle va vite se rendre compte que la bâtisse, mouvante et terrifiante, n'a rien d'ordinaire.

À la rédac de Biiinge, la mini-série composée de trois épisodes a suscité des réactions diamétralement opposées. On s'est donc dit que chacune devait s'exprimer, à travers un "pour" et "contre".

Une tuerie visuelle

Si Les Revenants ont réouvert la porte (restée longtemps fermée à double tour) du genre fantastique dans les séries françaises, il faut toujours une bonne dose de courage pour imposer à une chaîne hertzienne un programme horrifico-fantastique, en prime time qui plus est. Le duo Hadmar / Herpoux réussit le pari compliqué de proposer une série accessible, que l'on pourrait presque qualifier de mainstream, sans sacrifier leur vision d’auteur.

La force d’Au-delà des murs ne réside pas dans le scénario, plutôt simple, et émaillé de quelques incohérences, il faut l’avouer. Elles sont certes un peu grossières mais vous les pardonnerez aux créateurs si vous vous laissez embarquer dans l’univers fascinant, à la fois angoissant et tirant sur le merveilleux (les séquences avec Geraldine Chaplin figurent parmi les plus réussies de l’oeuvre), proposé ici.

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La photographie, sublime, signée Philippe Piffeteau, nous évoque des pépites de l’horreur comme Les Autres. Le même soin a été apporté aux décors, supervisés par Pascalle Willame. Les plans, accompagnés d’une ambiance sonore toujours inspirée (le titre féerique "The Curse" d’Agnès Obel accompagne idéalement le générique), sont d’une beauté à couper le souffle. Il suffit à Hervé Hadmar (le réalisateur) d’une bougie, d’une tapisserie délabrée, d’une lumière tamisée et de son sens du cadre pour créer une scène intense et angoissante. Le duo de scénaristes, que l’on suit depuis Pigalle, la nuit est un créateur d’atmosphère avant tout.

La série transpire de références du genre (La maison du Diable, Alien pour le jeu tendu de Veerle Baetens, les jeux vidéo Silent Hill et Resident Evil…), mais elle s’en affranchit plutôt bien en proposant une variation réussie sur le thème de la maison hantée, doublée d’un sous-texte psychologique - la quête initiatique de Lisa qui passe par différents états émotionnels, avant de surmonter son traumatisme. Cet aspect aurait mérité un peu plus d’approfondissement, et finalement, on se dit que les faiblesses scénaristiques sont surtout dues au fait qu’Au-delà des murs aurait mérité cinq ou dix épisodes, et non pas trois, pour se développer dans de bonnes conditions.

Une belle maison... aux fondations fragiles

Enfin, la télé française se décide à faire une série d’horreur… le genre fait un comeback aux US grâce à American Horror Story qui a ouvert la voie, pendant qu’ici, on préfère encore et toujours les flics et les fictions à haute valeur sociale. Jusqu'à ce qu'Arte lance Au-delà des murs. Cerise sur le gâteau, celle-ci est écrite par Hervé Hadmar et Marc Herpoux !

Bon, certes, ce n’est qu’une mini-série en trois épisodes, mais on s’en contentera. Pour une fois qu’on nous fait la proposition alléchante d’un voyage aux confins de l’imaginaire. Mais Au-delà des murs, si elle est effectivement pleine de poésie et très belle sur la forme, pèche quand il s’agit pour elle de défendre sa fibre horrifique.

Toute bonne histoire qui fait peur doit avoir un monstre digne de ce nom et, quand on a frissonné devant Silent Hill ou Les Autres, pour ne citer qu’eux (des références d’ailleurs assumées par le duo de scénaristes), les âmes errantes d’Au-delà des murs peinent à susciter le moindre effroi. D’ailleurs, le but de leur présence et la menace qu’ils représentent pour notre héroïne ne sont pas clairs. La faire devenir comme eux ? Ok, et après ?

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On passera sur le cliché de l’actrice française (qui est en fait Belge dans le cas présent) neurasthénique qui prononce chaque syllabe de son texte (personne ne parle comme ça) - quand on lui donne plus d’une phrase de dialogue d’affilée - on est même prêts à pardonner quelques raccourcis, plutôt abrupts, concernant la relation entre les deux héros (la narration étant compressée pour tenir sur trois épisodes).

Mais bidouiller avec les timelines, ce n’est pas donné à tout le monde. Et même les brillants Hadmar et Herpoux viennent de s’y casser les dents. Il y a des choses sacrées. On peut réinventer les codes d’un genre, mais il y a aussi des choses immuables, régies par la logique pure, qui ne sauraient souffrir aucune approximation. La fin d’Au-delà des murs défie, hélas, le bon sens le plus élémentaire.

-Au-delà des murs est à découvrir ce jeudi 22 septembre à 20h55 sur

-Un article rédigé par Marion Olité (pour) et Delphine Rivet (contre)

Par Delphine Rivet et Marion Olité, publié le 22/09/2016

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