Affiche de la série

Au service de la France, une plongée désopilante dans l'univers de OSS 117

Ce jeudi 29 octobre, Arte donne le coup d'envoi d'une nouvelle comédie, Au service de la France, écrite par l'auteur de OSS 117. Critique. 

La comédie française se réveille. Après la diffusion de l'excellente Dix pour cent sur France 2, la chaîne franco-allemande prend le relais avec Au service de la France, série que l'on pourrait qualifier d'extension des deux films OSS 117. Écrite par le même scénariste, Jean-François Halin, elle prend place en 1960 au sein des services secrets français. Exit Hubert Bonisseur de la Bath, cette fois le héros se nomme André Merlaux (Hugo Becker) et c'est un jeune homme plein d'espoir et de bonnes intentions qui débarque à l'OSS pour devenir agent. Sur place, il va découvrir que l'endroit grouille de types comme ce bon vieux Hubert... Plutôt progressiste, André se heurte à de purs produits de l'époque, qui refusent de voir que le monde est sur le point de changer.

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Algérie, décolonisation et note de frais

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 "On a imaginé un Service où un vol de trombone serait aussi important qu'une crise à Cuba" explique Jean-François Halin dans sa note d'intention, lui qui avait envie d'explorer plus en détail le quotidien des services secrets français, de son absurdité bureaucratique à sa vision totalement ringarde et colonialiste de la géopolitique des années 60. C'est évidemment avec le recul de notre époque que l'on peut rire devant le comportement ridiculement sexiste ou raciste des agents secrets.

Jean-Edouard Bodziak, Bruno Paviot, Karim Barras et Joséphine de la Baume (Arte / © Luc Roux)

Jean-Edouard Bodziak, Bruno Paviot, Karim Barras et Joséphine de la Baume (Arte / © Luc Roux)

Ancien auteur des Guignols de l'info, collaborateur régulier du Groland, Halin s'y connait en humour irrévérencieux et provocateur. Comme dans OSS 117, il utilise un savant mélange de gags de répétition (le fameux "C'est confidentiel"), un sens aiguisé de l'absurde, sans oublier la connerie congénitale de pléthore de ses personnages, à qui il peut faire dire de façon premier degré des énormités vues par nos yeux contemporains. Tout ne fonctionne pas : certaines blagues sont un peu lourdes, trop simplistes (comme ce jeu sur les prénoms de la délégation africaine que les agents n'arrivent pas à prononcer ou épeler) ou pas assez grosses pour décrocher un véritable éclat de rire.

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Cette première saison composée de 12 épisodes de 26 minutes s'avère assez inégale selon les sujets à l'ordre de l'épisode : la décolonisation africaine, l'Algérie, les femmes, la bureaucratie... On sent que la série cherche parfois le bon ton humoristique. En revanche, elle est particulièrement soignée du côté de sa réalisation, confiée à Alexandre Courtès (Les infidèles, The Incident) et de sa reconstitution. Formé dans une école de graphisme, l'homme s'en est visiblement donné à coeur joie pour réinterpréter les années 60 françaises.

Hugo Becker et Mathilde Warnier (©Arte/Luc Roux)

Hugo Becker et Mathilde Warnier (©Arte/Luc Roux)

Le même soin a été apporté au casting. Pas de stars, mais de très bons acteurs : le craquant Hugo Becker assure sa partition de jeune premier avec style. Les hommes qui composent sa hiérachie, incarnés par Wilfred Benaïche, Karim Barras ou Bruno Paviot, se glissent sans peine dans leur rôles respectifs, tous un peu imbéciles à leur manière. Du côté des femmes, on notera la partition convaincante de la chanteuse et actrice Joséphine de la Baume dans le rôle d'une rousse flamboyante (petit clin d'oeil à la pulpeuse Joan dans Mad Men). Elle incarne la femme moderne, compétente et indépendante qui fait très peur aux machos du service.

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Au final, Au service de la France a plutôt réussi sa mission : celle de nous faire marrer tout en apportant un certain fond, en revenant sur l'histoire de la France, et particulièrement ses sujets toujours sensibles (le racisme, les relations avec l'Algérie traduite par cette réplique qui revient souvent dans la bouche des chefs, "L'Algérie, c'est la France !", le sexisme ambiant) de nos jours.

Note : 3/5

Par Marion Olité, publié le 29/10/2015

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