Aurore, un face-à-face entre Élodie Bouchez et Lolita Chammah qui ne tient pas toutes ses promesses

La nouvelle mini-série d’Arte propose un double portrait de femmes intéressant mais inabouti.

Après le magistral Top of the Lake de Jane Campion, on attendait beaucoup de cette nouvelle mini-série de Laetitia Masson, réalisatrice française de films d’auteur qui s’initie pour la première fois à l’exercice sériel, en tant que cinéaste et scénariste. D’autant que pour Aurore, elle s’est entourée d’un casting féminin très convaincant : Élodie Bouchez et Lolita Chammah dans les rôles principaux sont entourées d’Hélène Fillières, Aurore Clément (marquante dans le rôle d’une mère abusive) ou encore Anna Mouglalis.

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L’intrigue avait aussi son intérêt : Aurore se penche sur les trajectoires de deux petites filles, l’une témoin d’un crime, l’autre auteure de ce crime, devenues femmes. La mini-série se découpe en deux parties nettes : le premier épisode qui a lieu au moment des faits, et les deux suivants se déroulant 25 ans plus tard. Lolita Chammah incarne la témoin impuissante, qui n’a jamais vraiment réussi à se reconstruire après le drame, tandis qu’Élodie Bouchez incarne la coupable, Aurore, devenue mère entre-temps.

Sur la forme, peu de choses à redire. La cinéaste Laetitia Masson maîtrise complètement l’esthétique visuelle de sa mini-série, dans les tons rose et bleu. Elle distille de très beaux plans et se démarque des productions habituelles du petit écran par la création d’une ambiance assez unique de western ensoleillé (la série a été tournée en Camargue). La cinéaste se réclame d’ailleurs de deux inspirations pour Aurore : Les Grandes Espérances de Dickens, et Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan.

© Arte

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La forme visuelle, aboutie, est en revanche affaiblie par des dialogues sursignifiants, qui manquent singulièrement de naturel. Une critique malheureusement récurrente adressée aux séries françaises, encore trop marquées par la Nouvelle Vague et les pratiques du grand écran. Élodie Bouchez et Lolita Chammah, d’excellentes actrices au demeurant, perdent donc forcément en naturel de jeu quand le script leur fait dire des choses comme "C’est drôle, moi aussi un jour je suis morte" ou "Tout le monde a peur d’elle, moi j’ai peur pour elle". Ces dialogues qui se veulent poétiques sonnent complètement faux et ont pour conséquence directe de nous faire sortir complètement de la série.

Les deux actrices se retrouvent de fait enfermées dans des personnages cliché : Aurore, la coupable, est une femme "sauvage" qui passe son temps à fuir quand Maya se trouve dans la position passive du témoin, et est donc devenue une sorte de femme-enfant asociale, qui n’a développé aucune relation avec autrui. Le mélange des genres n’est pas forcément une mauvaise idée, il a même donné des œuvres magistrales, mais dans le cas d’Aurore, la greffe forcée entre conte existentialiste et naturalisme ne prend pas, la faute à une écriture tout sauf subtile.

Aurore, 3 épisodes diffusés sur Arte le jeudi 11 janvier puis disponible en replay.

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Par Marion Olité, publié le 11/01/2018

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