Anna Mouglalis (Amélie Dorendeu), Niels Arestrup (Francis Laugier), Kad Merad (Philippe Rickwaert)

Kad Merad : "Baron Noir peut créer des vocations politiques"

La série politique Baron Noir débute ce soir Canal +. L'occasion de découvrir Kad Merad dans un rôle d'antihéros inédit. Retour sur un projet audacieux. 

Les séries politiques françaises se comptent sur les doigts d'une main (Les Hommes de l'ombre, L'État de grâce), alors même que le genre se porte comme un charme au niveau international (Borgen, House of Cards, Veep pour ne citer qu'elles). "C’est un vrai paradoxe dans un pays où cela passionne tant, où l’identité du pays est vraiment liée à la politique", confirme Jean-Baptiste Delafon, cocréateur de Baron Noir avec Eric Benzekri.

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Passionnés de la chose politique (Benzekri a travaillé dans ce milieu à différents niveaux, du militantisme à l'écriture de discours pour les pontes du PS), les deux hommes ont eu envie de se pencher sur l'histoire de la gauche, qui se trouve être à la tête du pays. Ils ne cachent pas avoir été inspirés par des gens comme Jean-Christophe Cambadélis, Julien Dray, Arnaud Montebourg ou encore François Mitterrand pour le rôle du président.

L'idée de base était de s'intéresser à cette "génération politique des années 1970, travaillée par deux courants contradictoires", explique Jean-Baptiste Delafon.

"Elle est arrivée au pouvoir un peu comme on assiège un château. Et on s'est retrouvé avec des allers et venues entre une volonté de radicalité et le sérieux des responsabilités. Cette tectonique des plaques nous a intéressés. La dichotomie entre l’idéalisme et le réalisme, c’est l’histoire de toutes les générations de la gauche."

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BARON NOIR

© Jean-Claude Lother / Canal +

Tony Soprano au Parti socialiste

Pour incarner ce fameux "Baron Noir", qui donne son titre à la série, les scénaristes et le réalisateur, Ziad Doueri, ont choisi Kad Merad. L'acteur, plutôt connu pour ses talents comiques, incarne Philippe Rickwaert, homme de terrain, populaire, maire de Dunkerque depuis une décennie et proche conseiller du candidat socialiste à la présidentielle, Francis Laugier (Niels Arestrup).

Les jeux de pouvoirs locaux et nationaux, les affaires ainsi que la relation entre les deux hommes se trouvent au cœur de cette première saison aux multiples rebondissements.

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"Ce personnage, son ambiguïté, son intimité m’intéressaient vraiment beaucoup. Il a aussi de la force et de l’humanité." explique Kad Merad, qui tourne ici sa toute première vraie série. Ses deux principaux partenaires de jeu, Anna Mouglalis et Niels Arestrup, viennent aussi du cinéma, comme Ziad Doueri derrière la caméra. "C’était difficile mais excitant, car on tournait de façon non chronologique. Les épisodes s’écrivaient parfois sur le tournage." constate Anna Mouglalis, qui incarne Amélie Dorendeu, le renouveau du PS mais aussi l'antithèse, jusqu'à son milieu social, de Rickwaert.

BARON NOIR - Episode 1

©Jean-Claude Lother / Canal +

House of Cards, L'Exercice de l'État, Borgen, The West Wing... Les deux showrunners avaient bien ces références en tête, mais comme l'explique Eric Benzekri, "Philippe Rickwaert a beaucoup plus d’un Tony Soprano que d’un Arnaud Montebourg." Pour régner sur Dunkerque, l'homme utilise aussi bien sa cote d'amour chez les ouvriers que des méthodes pas franchement légales. Pour lui, la fin justifie les moyens.

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"Philippe est quelqu’un qui manie le verbe avec des phrases complexes. Sa pensée est très évoluée et rapide. C’était un vrai challenge pour Kad. ll a ce côté très aimable qui fait qu’on pouvait le pousser loin. Malgré ses actes, il reste très séduisant. C'était un véritable atout pour le personnage." commente Eric Benzekri.

Dans l'intimité des hommes politiques

L'intimité est l'un des mots qui revient le plus dans la bouche de tous les protagonistes de Baron Noir. "Le scénario m’a séduit. On a beaucoup collaboré avec les auteurs sur ce projet audacieux, culotté, une des rares fois où la télévision française essaie de rentrer dans l’intimité politique." explique Niels Arestrup, qui incarne Francis Laugier, le mentor, rival et ami de Kad Merad dans la série.

Leur relation particulière ("C’est le parrain de ma fille dans la série", nous répète Kad Merad), mi-professionnelle mi-personnelle, prend bien des visages au cours de cette première saison. "Je pense que la relation entre Laugier et Rickwaert est édulcorée. Souvenez-vous de Mitterrand et Rocard, Chirac et Giscard, De Villepin, Sarkozy et le croc de boucher… Ce sont des mises à mort symboliques. Soit il le tue, soit il se met en danger", explique Eric Benzekri.

BARON NOIR - Episode 7

© Jean-Claude Lother / Canal +

Baron Noir peut sembler particulièrement sombre. Elle est surtout réaliste et non dénuée d'espoir selon ses auteurs. "On pense avoir fait une série plutôt idéaliste. Le problème, c’est pas le "tous pourris ou pas tous pourris", c’est répondre à la question : que font-ils ? Au fil des épisodes, on dit justement qu’il est possible de changer les choses", rappelle Jean-Baptiste Delafon.

Kad Merad va dans le même sens : "Je pense même que Baron Noir peut créer des vocations politiques. On peut faire de la politique dans son immeuble, dans son quartier ou dans sa petite ville de Provence. J’espère que la série fera par exemple comprendre l’enjeu de l’Europe, les combats internes dans les partis, etc. C'est un nouvel éclairage de la politique. Elle donne à voir des choses que l’on ne voit pas ailleurs."

En attendant une potentielle deuxième saison, qui pourrait être axée cette fois sur l'histoire de la droite, Baron Noir débute ce lundi 8 février sur Canal + pour une saison composée de huit épisodes.

Par Marion Olité, publié le 08/02/2016

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