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Preview : Ben Stiller explique pourquoi Escape at Dannemora est une série (et pas un film)

Il a réuni Benicio Del Toro, Patricia Arquette et Paul Dano.

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De passage au Mipcom, le marché international des contenus audiovisuels, Ben Stiller a présenté en avant-première le pilote de sa série limitée, Escape at Dannemora, qui arrivera en décembre sur Showtime et dans la foulée sur Canal+ en France. Il a planché pendant deux ans sur cette adaptation d’une histoire vraie, celle de l’évasion de deux meurtriers de l’établissement correctionnel de Clinton, en 2015. Richard Matt et David Sweat n’auraient pas pu prendre la poudre d’escampette sans l’aide de Tilly Mitchell, une femme mariée sans histoires, qui a entretenu une liaison avec les deux hommes puis les a aidés à s’échapper. Comment en est-elle arrivée là ? Toujours est-il que l’évasion a déclenché une gigantesque chasse à l’homme et s’est achevée (spoiler alert) dans le sang.

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Après avoir eu vent de cette affaire bigger than life dont raffole Hollywood, Ben Stiller s’est retrouvé avec de l’or (narratif) en barre dans les mains : des hors-la-loi vont séduire une femme banale et réussir une spectaculaire évasion, qui va donner suite à une toute aussi spectaculaire traque par les autorités. Ajoutez à cela le label "histoire vraie", l’occasion de fouiller – une fois de plus – les dysfonctionnements du système carcéral américain, plus un trio d’acteurs hollywoodiens de premier plan (Benicio Del Toro, Patricia Arquette et Paul Dano), et vous obtenez un produit premium à vendre à la planète entière.

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Il y a dix ans, on aurait sans nul doute fait un film de cette histoire. Mais nouvel âge d’or des séries oblige, Ben Stiller, qui connaît le monde de la télévision, s’est tourné vers le format mini-série, en toute conscience.

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"C’est un rêve de voir ce pilote sur grand écran. On l’a réfléchi comme une œuvre cinématographique, explique Ben Stiller, producteur. […] Mais si on en avait fait un film de 2 heures, ça aurait été une version complètement différente. Je ne pense pas que ça aurait été aussi intéressant, car on aurait dû simplifier plein de choses au niveau des arcs narratifs et des personnages. En optant pour huit épisodes, on a eu la chance de pouvoir décortiquer ce monde en détail, et de construire un univers autour de ça, mais aussi de créer une tension et un rythme particulier.

On peut aussi développer davantage les personnages. Souvent, dans ce genre, vous voyez directement le prisonnier s’échapper, mais vous n’avez pas eu le temps de le connaître. C’est sûr qu’ici, ils allaient s’échapper aussi. On en a parlé avec les scénaristes, et on voulait vraiment les montrer avant cela, voir quel genre de personnes ils étaient, pourquoi ils étaient en prison… On n’aurait pas pu faire ça en un film de 2 heures. La nuance de la réalité est importante. […] Dans la vraie vie, cette histoire a eu lieu sur environ un an. On a essayé de deviner en combien d’épisodes on pouvait raconter ça. On est tombés d’accord sur huit."

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Escape at Dannemora propose-t-elle vraiment quelque chose de neuf, dans le genre balisé du drama carcéral avec option évasion ? Si Brett Johnson et Michael Tolkin, les deux scénaristes de la mini-série, dépeignent avec réalisme le fonctionnement de cet univers carcéral, ses newbies, son organisation mafieuse, la corruption de certains gardiens de prison, sa hiérarchie, ce n’est pas la première fois que le système carcéral américain est étudié à la loupe dans une série.

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En revanche, c’est assez rare de voir une femme au milieu de cet environnement masculin tenir un rôle aussi important dans l’histoire. C’est elle le rouage essentiel, qui supervise une quarantaine de criminels œuvrant au sein d’un atelier de couture. Vieillie, mal fagotée, transformée en épouse américaine de la classe ouvrière, Patricia Arquette semble tout droit sortie d’un épisode de Fargo, autre série qui aime mélanger les hors-la-loi avec des personnes a priori ordinaires et regarder ce qui se passe. Benicio Del Toro est parfait en mafieux séducteur et menaçant, et Paul Dano brille aussi dans une partition moins show off, mais au final, le cœur de la série, c’est Tilly. "C’est un personnage si complexe, une minute on pense qu’elle se fait manipuler et l’autre, que c’est elle qui manipule tout le monde", explique Ben Stiller, qui a réalisé tous les épisodes de la mini-série.

D’ailleurs, il ne voulait personne d’autre. Et c’est après avoir convaincu Arquette de se glisser dans les pompes de la trouble Tilly Mitchell que Benicio Del Toro, qui n’avait jamais travaillé pour la télévision, a dit oui.

"Elle a toujours été mon premier choix. Parce que c’est une actrice incroyable et qu’elle ne cherche pas à se faire aimer du public à travers son personnage. […] Benicio était intrigué par le projet. Je l’ai vu plusieurs fois. Il était intéressé par l’aspect artistique, étant peintre lui-même, du personnage de Richard Matt [on le voit en effet peindre des tableaux en prison, ndlr]. Et je crois qu’il voulait travailler avec Patricia Arquette. Il a fini par décider de plonger avec nous dans cette histoire."

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Armé d’un casting trois étoiles, Ben Stiller producteur a fini par la force des choses par endosser une nouvelle casquette, celle de réalisateur. Et par obtenir les droits nécessaires pour tourner des scènes dans la véritable prison de Clinton où se sont déroulés les événements. Comme beaucoup de séries limitées bénéficiant d’un cast et d’une production proches des moyens du cinéma, Escape at Dannemora est particulièrement soignée côté réalisation et direction d’acteur. C’est une série qui a le luxe du temps pour installer son ambiance et nous présenter ses personnages hauts en couleur. Stiller cite en inspiration des films des seventies comme Un après-midi de chien ou Le Récidiviste. Le pilote est assez intrigant pour qu’on ait envie d’y revenir. Rendez-vous le 19 novembre pour découvrir la série, diffusée sur Canal+ Séries et MyCanal en US+24.

Par Marion Olité, publié le 16/10/2018

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