Dans son season premiere, Broad City nous parle du destin, de New York et d’amitié

Surtout d’amitié !

© Comedy Central

S’il y a bien une chose qu’Ilana Glazer et Abbi Jacobson maîtrisent, c’est raconter des histoires d’amitié. Ou plutôt, de leur amitié. Celle qui les unit, dans la vraie vie, depuis des années, et qui sert de matière première à l’hilarante et brillante Broad City. Ce n’est pas pour rien que leurs héroïnes portent le même prénom qu’elles. La hype de la série (OK, parmi un cercle d’initié·e·s… mais des initié·e·s au goût certain !) n’est plus à démontrer. Aussi, on attendait avec une certaine excitation le retour de ces deux BFF qui ont fait de la gêne (la nôtre) et de l’effronterie (la leur) des piliers de leur humour. Et ce season premiere n’a pas déçu !

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L’épisode 1 de la saison 4 de Broad City s’empare d’un vieux trope de la SF, qui a parfois été digéré et recraché par des comédies romantiques, le fameux "what if?". Et si, au lieu de prendre à gauche pour aller au boulot ce jour-là, vous aviez pris le chemin de droite ? Ilana Glazer et Abbi Jacobson ont donc tenté l’expérience pour nous embarquer aux origines de leur amitié indéfectible. Et, au risque de paraître cucul la praline, pour ces deux-là, c’était écrit. Littéralement. Écrit dans le ciment. On va y revenir…

Once upon a time

2011. Barack Obama est président (le bon vieux temps, quoi) et le New York City Snipper traumatise la ville en coupant les queues-de-cheval d’inconnues. Ilana et Abbi sont sur le point de se rencontrer pour la première fois. L’une est en galère avec un forfait métro à sec, l’autre la dépanne, puis se retrouve coincée à son tour. Sa générosité la perdra, mais pour l’instant, les deux jeunes femmes préfèrent en rire. Elles se ruent toutes les deux pour sauter dans leur wagon et… Ça pourrait être le début d’une magnifique histoire d’amitié. À cet instant, le fil de la narration se dédouble. Dans l’un, qu’on appellera "Timeline 1", elles parviennent à monter à bord. Chacune poursuit son trajet de son côté, et elles vivront cette journée (de merde, soyons clairs) séparément.

Dans l’autre, qu’on nommera donc "Timeline 2" (admirez ce souci du détail et de la cohérence), elles ratent le métro. Sur le quai, elles décident tacitement que ce malheureux contretemps ne les pourrira pas davantage. Elles partiront ensemble. Durant les heures qui suivent, les deux jeunes femmes apprennent à se connaître et constatent leur incroyable complémentarité : Abbi a tendance à se faire marcher sur les pieds alors qu’Ilana n’est vraiment pas du genre à se laisser impressionner ; Ilana n’assume pas son capital héréditaire, ou plutôt capillaire (elle est juive et a appris à détester sa chevelure bouclée), et Abbi la guérit de ses complexes avec un compliment. Parce que, ouais, Ilana est canon avec ses boucles. Et en parlant d’assumer sa coupe de cheveux, pendant ce temps, sur l’autre Timeline, Abbi, attaquée par le "trancheur de queues-de-cheval", se balade dans la rue avec un look à la Bon Jovi sans que ça la déprime plus que ça.

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Et évidemment, on sent le truc venir gros comme un bus avec la tronche de Donald Trump… La Timeline de la solitude, où les filles enchaînent galère sur galère, chacune de son côté, ne fait pas le poids face à la Timeline du bonheur, celle où Abbi et Ilana ont été poussées par le destin l’une vers l’autre, et s’apprivoisent très rapidement. Évidemment que la vraie histoire de leur rencontre, c’est celle-là ! C’est si beau et si doux, New York est si hospitalière, étrange, mais dans le bon sens, précieuse, agitée et inspirante…

Sauf que lorsque arrive la fin de l’épisode, on doit se rendre à l’évidence : la seule origin story, c’est celle de la zermi, celle où on te coupe ta queue-de-cheval sans sommation (désolée d’insister, mais l’agression est traumatisante pour quiconque a un jour eu les cheveux longs et soyeux), celle où un sale vendeur du coin de la rue te désarçonne avec ses blagues bien crades et sexistes, celle où un scooter te rase de tellement près que tes fringues se prennent dans le carénage de l’engin.

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Cette Timeline du seum, où tout fout le camp et rien ne va dans le bon sens pour nos deux héroïnes, qui ne se recroiseront peut-être jamais, c’est en fait celle du destin. On touche là à l’essence de Broad City, qui a judicieusement attendu la saison 4 pour nous dévoiler le secret de leur amitié. Malgré les embûches et l’infime probabilité pour que ces deux comètes entrent en collision, Ilana et Abbi étaient faites pour devenir les meilleures amies du monde. Cette relation a débuté alors qu’elles vivaient toutes les deux une journée de merde, où elles n’étaient certainement pas les meilleures versions d’elles-mêmes, et vulnérables pour couronner le tout.

That’s fate, bitches!

L’idée de cet épisode leur est en fait venu à l’esprit il y a quelques années. Abbi Jacobson et Ilana Glazer avaient l’intention, dès la saison 1, d’en faire le series finale de Broad City. C’était avant que la série soit renouvelée sur Comedy Central, et les filles se sont dit qu’après tout, si cela devait être leur dernier épisode, autant partir dans un feu d’artifice. Sauf qu’Amy Poehler, productrice exécutive sur la série et scénariste et actrice comique chevronnée, a mis le holà. Pour elle, il était bien trop tôt dans l’histoire d’amour toute fraîche qui se tissait entre la série et son public pour montrer l’origin story de ces filles. Les deux créatrices de Broad City ont donc attendu le moment parfait. Et comme elles ont bien fait…

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Nos deux brillantes showrunneuses ont été fortement inspirées par le film de Peter Howitt, Sliding Doors, sorti en 1998 (Pile et Face en français, au cas où vous voudriez le louer en VHS) qui a donné son nom à cet épisode, et dans lequel l’héroïne, jouée par Gwyneth Paltrow, vient d’être licenciée et s’apprête à rentrer chez elle. C’est alors que sa vie se scinde en deux : dans une des réalités alternatives, elle rate le métro, dans l’autre, elle monte dedans et arrive chez elle juste à temps pour découvrir que son mec la trompe.

La comédie romantique empruntait le trope SF du "what if?" pour explorer comment un événement mineur dans une journée ordinaire peut changer le cours d’une existence. Broad City prend, quant à elle, le contre-pied de cette morale ultra-attendue et revendique haut et fort que, quoi qu’il ait pu arriver, Ilana et Abbi étaient destinées à devenir BFF. Un moment qu’elles immortalisent sur une couche de ciment frais. Leur amitié ainsi gravée est à l’épreuve du temps et des obstacles. Elle guérit de tout, même des journées de merde.

Est-ce que le fait de connaître leur origin story les présente sous un jour différent ? Absolument pas. Est-ce que cela sert de "coup de boost" à une série qui s’essoufflait ? Non mais ça va pas bien, jamais de la vie ! Est-ce que l’épisode Sliding Doors vient au contraire renforcer notre amour pour ces deux déglinguées et donne une dimension encore plus inéluctable à leur amitié ? À cela, nous ne répondrons que deux mots : YASSSSS QUEEN !

Par Delphine Rivet, publié le 21/09/2017

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