Caitriona Balfe (Outlander) : "Pour la première fois, Claire va explorer sa féminité"

De passage à Paris pour promouvoir la saison 2 d'Outlander, diffusée en US+24 sur Netflix, nous avons rencontré la Sassenach, Lady Broch Tuarach en personne : Claire Fraser. Son interprète, Caitriona Balfe, nous en dit plus sur cette héroïne qui défie les siècles.

[Attention, si vous n'êtes pas à jour (saison 2 épisode 6), spoilers !]

Caitriona Balfe

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Biiinge | En tant que femme du 20ème siècle, c’est toujours difficile pour Claire de se sentir à sa place, que ce soit en Écosse ou à Versailles. Aujourd’hui, on en est à l’épisode 6 de la saison 2, pensez-vous qu’elle soit à 100% prête à rester avec Jamie ? Y a-t-il encore une petite part d'elle qui souhaiterait retourner vers Frank ?

Caitriona Balfe | Non, je ne pense pas qu’elle veuille revenir vers Frank. Je pense qu’il est possible d’avoir une place dans son cœur pour deux personnes en même temps. Pour moi, Jamie est véritablement son âme sœur, c’est un amour qu’elle n’a jamais ressenti avant, c’est différent. Mais Frank était son premier amour et c’était un homme bon, qui la traitait bien.

Leur dynamique était légèrement différente. J’ai toujours pensé que c’était la fille qui était tombée amoureuse de Frank, et c’est la femme qui est tombée amoureuse de Jamie. C’est ce qui les différencie. Tous ses efforts pour sauver Frank, en réclamant à Jamie d’épargner la vie de Black Jack Randall pendant un an jusqu’à ce que la lignée de Frank soit assurée, c’est comme pour protéger un ami, un membre de sa famille.

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Et dans un sens, Frank est sa famille. Donc ce n’est pas qu’elle est incertaine de sa place auprès de Jamie, mais elle veut sauver cet autre homme qui l’a très bien traitée.

"Ron voulait faire une série d'un point de vue féminin"

Ils avaient pourtant l’air du parfait couple marié au début...

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Exactement, c’était un mariage heureux. Elle l’a aimé. On le voit d’ailleurs, en particulier au début de la saison 2, à quel point il l’aime, elle. C’est pour cela que c’est si tragique : à cause des circonstances, elle ne peut pas l’aimer en retour. Mais elle a trouvé quelque chose de plus fort, de plus profond que ce qu’elle aurait pu espérer : son amour pour Jamie.

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De Claire qui apprend à Jamie comment la satisfaire sexuellement, à Jenny qui tire son lait en gros plan uniquement pour se soulager - et pas pour nourrir son enfant, ce qui est rarissime - en passant par le viol d’un personnage masculin, Outlander va plus loin que n’importe quelle autre série. À quel moment avez-vous compris que vous faisiez partie de quelque chose d’aussi progressiste ?

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Lors de ma première rencontre avec Ron [Ronald D. Moore, le showrunner, ndlr], j’étais en lice pour le rôle de Claire. Je venais de refaire une audition et je l’ai rencontré immédiatement après. On m’a fait partir pour l’Écosse dès le lendemain. On s’est assis et il était catégorique sur un point : il voulait faire une série qui se déroulerait du point de vue d’une femme.

Il m’a dit que ça impliquerait de la nudité, et ce genre de choses, mais qu’il ne l’utiliserait que si ça faisait avancer l’histoire, que ça racontait quelque chose, et que, le moment venu, ce serait raconté du point de vue de Claire. À ce moment là, je me suis dit "Ok, ça ne ressemble pas au discours habituel de la part d’un producteur".

Quand on a commencé à tourner, ces premières scènes d’amour qu’on a filmées, ne serait-ce que les conversations qu’on a eues à leur sujet et le fait qu’il y ait cette scène géniale dans les ruines du château où Claire demande à Frank, ou plutôt lui dit quoi faire, vous savez… [rires] Je crois qu’on s’est tous dit "Oh, en fait c’est vraiment intéressant, ce n’est pas du tout ce à quoi on est habitué".

"On est trop habitués aux univers centrés sur des hommes où les femmes font tapisserie"

Mais surtout, on doit beaucoup au fait que notre matériau d’origine est écrit par cette femme incroyable, courageuse et progressiste qu’est Diana Gabaldon. Elle n’en fait qu’à sa tête et suit son propre chemin, c’est une femme très cool. Donc sachant d’où venait cette histoire, on avait déjà la certitude que ce serait du même acabit.

Traditionnellement, les séries nous ont habitués au "male gaze", qui consiste à exploiter le corps des femmes pour flatter le regard du public masculin. Or, Outlander a renversé ce cliché en proposant plutôt un "female gaze", et en faisant cela, elle parvient à ne pas objectiver les hommes.

J’espère que non ! Nous n’essayons pas de reproduire à l’opposé ce que les autres ont fait. Dans les autres séries centrées sur un personnage masculin, on est souvent confronté à des personnages féminins sans relief, à peine définis. Notre série est centrée sur le personnage de Claire, mais ça n’empêche pas à Jamie d’être un protagoniste à part entière, compliqué, qui vit ses propres traumatismes.

Et Black Jack, et Frank, tous ces hommes sont aussi pleinement caractérisés. On obtient un univers parfaitement équilibré. Et effectivement, on n’est pas habitué à ça, mais plutôt aux univers centrés sur des hommes où on a une femme qui fait tapisserie et qu’on balance ici ou là. Je pense qu’on aspire à quelque chose de plus équilibré.

Quand Claire a été sexuellement agressée, à plusieurs reprises, on n’a pas passé énormément de temps avec elle, à la voir surmonter ce traumatisme. Quand Jamie a été violé, on a passé un épisode entier insoutenable à regarder, et on peut encore aujourd’hui assister aux conséquences de son traumatisme. Comment expliquez-vous cette différence de traitement ?

Eh bien, déjà, Claire n’a jamais été violée, c'est donc légèrement différent. Elle a été agressée sexuellement, mais pas violée.

Dans la scène de la prairie en saison 1, quand Jamie et elle sont interrompus par les soldats, il me semblait pourtant…

[sourire gêné] Oui je vois, mais… non, en fait, il n’y a pas eu de viol. Il n'est pas parvenu à... Jamie est intervenu juste à temps. Mais vous avez raison, je me souviens d’avoir eu cette conversation quand, à de nombreuses reprises en saison 1, je disais "Vraiment ? Elle s’en remet aussi vite et continue de vivre sa vie comme si de rien n’était ?". J’en ai discuté avec les scénaristes, car pour moi, en particulier en saison 1, beaucoup de situations semblaient de pas avoir de prise sur Claire.

"Claire est très différente dans cette saison 2"

Selon moi, il y a deux raisons à cela : d’abord, elle revient d’une zone de guerre. Elle est dans un mode de survie "marche ou crève" et je pense que tout son périple en saison 1 était très réactionnaire, dans le sens où les choses lui tombaient dessus de façon si rapide et si violente qu’elle n’avait pas le temps de les absorber. On voit une Claire très différente cette saison, elle reste au même endroit pendant une longue période de temps.

Bien sûr, il y a toujours des adversaires, des ennemis, mais elle ne fait pas face à un danger constant comme lors de la saison passée. On la voit devenir plus contemplative, prendre davantage conscience de ce qui lui arrive, ressentir tout cela plus fortement. Et vous verrez dans les épisodes suivants que les événements ont bien plus d’effet sur elle qu’en saison 1.

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Maintenant que Claire est à Versailles, vous avez l’opportunité de porter des robes toutes plus belles les unes que les autres. J’ai le sentiment que chacune d’elle, de la robe de mariée en saison 1 à la robe rouge en saison 2, est une affirmation de ce qu’elle est et de ce qu’elle vit à un moment donné. La fameuse robe rouge semble crier "je suis une femme moderne, indépendante".

Absolument ! Terry Dresbach, la créatrice des costumes, est une femme incroyablement talentueuse et elle a une façon merveilleuse de concevoir ces vêtements pour les personnages. Et à chaque fois, Terry et moi avons discuté. Elle me montrait ses idées et m’expliquait pourquoi elle avait fait tel ou tel choix. Ça me fascine toujours à quel point elle tape dans le mille. Vous savez, Terry est fan des livres depuis des années, donc c’est un peu son rêve qui se réalise.

Ce que j’ai adoré cette saison, c’est que nous avons estimé important que Claire et son regard de femme des années 40 soient toujours présents au 18è siècle. Et parce que, bien sûr, si vous arriviez à Paris à cette époque, on vous aurait amenée chez un couturier et vous auriez discuté de l’élaboration de vos robes. Il y a cette adorable réplique, je crois que c’est dans l’épisode 2, où elle est dans cette robe rouge et elle dit "Mais j’ai moi-même aidé à la dessiner !".

Et pour la première fois, on voit Claire vraiment explorer sa féminité comme on ne l’a jamais vue avant. C’est une merveilleuse idée, et j’ai adoré la façon dont Terry a continué d’incorporer des éléments des années 40 dans ses costumes. Tout le monde porte des choses pleines d’ornements et de froufrous, tandis que Claire est une personne très pragmatique, qui a le sens pratique. Donc tout est très dépouillé, très simple, et pourtant, ça reste fort et percutant.

Par Delphine Rivet, publié le 18/05/2016

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