La maison hantée de Channel Zero est un cauchemar arty et envoûtant

Les terrifiantes creepypastas sont de retour et s’annoncent toujours aussi saucées. Attention, spoilers.

©️ Syfy

Les maisons de quartier. Grandes, décrépies, symétriques, asymétriques, envahies par la vigne… Nous passons chaque jour devant des allées et des allées de bâtisses auxquelles nous ne prêtons guère attention. Pourtant, elles renferment parfois un terrible secret, qui aurait mieux fait de rester terré entre quatre murs. De temps à autre, notre curiosité maladive pour l’inconnu nous pousse à ouvrir des portes qui devraient demeurer fermées. C’est une leçon que Margot et ses amis auraient dû garder en tête avant de pénétrer dans la maison hantée de la deuxième saison de Channel Zero.

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Après avoir revisité un creepypasta sur une émission pour enfants cauchemardesque, la série d’anthologie horrifique signée Syfy s’attaque au trope le plus célèbre du cinéma d’épouvante. À l’aide d’une histoire originale dégotée dans les tréfonds d’Internet, cette nouvelle saison fait le pari de tourmenter des adolescents en s’inscrivant dans le genre du teen drama horrifique. Bien entendu, ces derniers vont rapidement oublier la musique pop de Glass Animals, les beuveries entre potes et les amourettes de jeunesse pour affronter le sombre destin qui les attend au sein de la maison.

Horreur et teen drama

Nouvelle saison, nouveau point de vue. Le ton de ce nouveau chapitre est résolument moins adulte alors que, paradoxalement, il se concentre sur des adolescents à la place des enfants de la saison initiale. L’épisode introduit le personnage de Margot (Amy Forsyth, The Path), une jeune fille solitaire bouleversée par la mort de son père. Vivant recluse dans sa chambre et refermée sur elle-même, Margot a très peu d’amis sur qui compter et se rend responsable de la perte de son paternel, qu’elle aurait pu sauver si elle n’était pas sortie le jour de sa mort.

Dans une sorte de flagellation de l’esprit, Margot s’interdit désormais toute distraction extérieure. Mais ses pulsions qu’elle retient se retrouvent désinhibées le jour où elle entend parler de "No-End House", une maison hantée comportant six pièces successives de plus en plus terrifiantes, le but étant bien entendu de les traverser. L’attraction attire de nombreux curieux et Margot décide d’y pénétrer avec trois de ses amis. Mais des phénomènes étranges et sanglants vont bientôt leur faire regretter cette imprudence.

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©️ Syfy

Troublante et charismatique, Amy Forsyth livre une prestation qui n’est pas sans évoquer, dans une moindre mesure, celle habitée de Jessica Biel dans le récent thriller The Sinner. Attiré par la maison et en manque de sensations fortes, son personnage dégage une certaine aura de naïveté qui la rapproche de l’héroïne d’Alice au pays des merveilles. En pénétrant dans la maison, Margot est elle aussi tombée dans un trou du lapin blanc, s’engageant dans un voyage plus terrifiant que psychédélique. Amy Forsyth représente un lead féminin à première vue plus sensible et consistant que Paul Schneider en saison 1. C’est la promesse d’une héroïne à laquelle il est possible de s’identifier. Car après tout, qui ne s’est jamais infiltré dans une propriété privée ou un endroit interdit à la recherche du grand frisson ?

Autour d’elle naviguent quelques personnages secondaires qui évitent les clichés habituels du genre (la jolie blonde ne meurt pas en premier) mais manquent de consistance dans ce season premiere. Forcément, l’intrigue se focalise sur Margot afin de montrer son rapport intime avec la maison hantée et introduire son passé pour ensuite construire des enjeux dramatiques solides. Des enjeux qui prennent d’ailleurs tout leur sens dès la fin de l’épisode, la série se permettant un twist haletant et ingénieux.

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Un season premiere référencé

©️ Syfy

On le sait depuis peu, mais les saisons d’American Horror Story sont officiellement connectées entre elles malgré le caractère anthologique de la série. À première vue, Channel Zero adopte la même stratégie entre ses histoires horrifiques. L’émission Candle Cove qui engendrait des enfants tueurs dans la première saison pourrait très bien s’inscrire comme un préquel à No-End House, tant les ponts semblent possibles entre les deux.

La maison hantée signale aux adolescents sa présence en ville par le biais de la télévision, le même média de diffusion de Candle Cove. Petit clin d’œil sympa me direz-vous. Plus frappant, la jeune actrice Abigail Pniowsky, qui incarnait Lily Painter dans la première saison, est de retour. À vrai dire, elle pourrait être assimilée à une version de Margot âgée d’une dizaine d’années puisqu’elle apparaît dans les flash-back de l’enfance du personnage. Dans tous les cas, on apprécie ces Easter eggs qui proposent une certaine continuité dans l’univers cohérent et stylisé de la série.

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Parlons-en du style justement. La mise en scène imposée par le showrunner Nick Antosca est toujours aussi faussement dépouillée. Si Channel Zero ne coche pas les cases du gore et du spectaculaire, elle répond par une inventivité et une poésie presque macabre à toute épreuve. On retrouve la patte artistique de la série à travers ces longs plans où une caméra stable et posée sur un rail se rapproche petit à petit de l’objet horrifique, rythmés par une BO inquiétante qui va crescendo. À l’inverse, la caméra s’éloigne parfois très vite des personnages pour souligner leur détresse et leur solitude, sans jamais tomber dans le grotesque du mouvement.

Tout le travail des réalisateurs de Nick Antosca se trouve dans le détail et la mise en scène de l’horreur par petites montées. Le plan-séquence au début du season premiere illustre à merveille ce procédé, lorsque la caméra tourne très lentement vers la maison hantée, avant de s’emballer quand le personnage se met à courir d’effroi. L’angoisse ressentie par les victimes et l’atmosphère oppressante sont totalement maîtrisées. Au "jump scare" redondant, la série répond par l’effet de surprise du hors champ, sans pour autant paraître désuète. En somme, c’est un bel effort dans le "cinéma" de genre.

L’attention portée aux détails se remarque principalement dans l’architecture de la maison hantée, dont le design est une œuvre d’art à part entière. Malgré ses caractéristiques surnaturelles, la demeure est ancrée dans un environnement très réaliste. Elle est présentée comme une attraction mais arbore des sculptures qui évoquent les détournements flippants de Douglas Gordon. Avec ses pièces qui renvoient autant aux couloirs étroits du Shining de Kubrick qu’aux vidéos sordides du Vidéodrome de Cronenberg, la maison assume ses références et les sublime par des passages complètement hallucinés. Si l’innocence de l’émission Candle Cove cachait le jeu macabre des enfants, c’est le merveilleux de la bâtisse qui dissimule ses pièges lugubres.

Lugubre, envoûtant et surtout honnête dans ce qu’il présente, ce season premiere confirme l’authenticité certaine de Channel Zero par rapport à ses concurrents. Ici, on ne joue pas sur les explosions d’hémoglobine, les allégories à Trump ou tout autre effet fastidieux. Dans Channel Zero, on vous conte une histoire d’épouvante moderne et on le fait bien.

En France, la saison 2 de Channel Zero reste inédite.

Par Adrien Delage, publié le 25/09/2017

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