Channel Zero: No-End House et les mécanismes de la peur disséqués par son créateur

À l’occasion du lancement, ce 21 novembre sur Syfy France, de Channel Zero: No-End House, nous avons pu nous entretenir avec son créateur Nick Antosca.

© Syfy

No-End House, la deuxième saison de la série anthologique Channel Zero, débarque sur le petit écran français. Plus discrète qu’American Horror Story, elle est aussi extrêmement différente de cette dernière. Là où la première joue sur des figures connues de l’horreur (les monstres de foire, les sorcières, etc.) et des codes qui composent aujourd’hui une véritable culture du genre, Channel Zero, elle, s’aventure sur un terrain bien plus psychologique.

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Pour cela, elle a choisi pour fondations des contes d’une nouvelle ère : les creepypastas, ces légendes urbaines nées on ne sait trop comment sur le Web et colportées jusqu’à se fondre avec la réalité. La plus connue d’entre elles est sans doute le Slender Man. À ces histoires déjà troublantes, Channel Zero ajoute une touche d’intime, de traumatisme et de rêveries qui rend cette exploration du genre d’autant plus passionnante. Nick Antosca, son créateur, nous raconte comment il joue avec nos peurs.

Biiinge⎜Comment vous est venue l’idée d’adapter des creepypastas ?

Nick Antosca⎜Je ne dors pas beaucoup. Je veille tard et j’erre sur Internet. C’est comme ça que je suis tombé pour la première fois sur une creepypasta, les légendes urbaines de l’ère moderne. Plus tard, mon manager m’a appelé et m’a demandé si Candle Cove ferait une bonne série télé. J’ai proposé qu’on fasse une anthologie de creepypastas. J’ai pensé que ce serait cool de tirer ces histoires qui appartiennent à la marge de la culture Internet, et de les développer.

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Qu’est-ce qui vous effraie le plus, et à quel point vos cauchemars nourrissent-ils vos scripts ?

J’ai peur des chiens. J’ai peur des dents [la première saison de Channel Zero, Candle Cove, avait justement un monstre fait de dents, qui les prélevait chez ses victimes, ndlr]. Mes cauchemars jouent un rôle énorme dans l’écriture de Channel Zero. Cette série est une amicale invitation à partager ses cauchemars.

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Selon vous, qu’est-ce qui fait une bonne fiction d’horreur ?

Le genre d’horreur avec lequel j’aime jouer sur Channel Zero est psychologique, philosophique. Au-delà des monstres, j’explore les angoisses liées à la perte : celle d’un être cher, de soi, ou d’être incapable de se fier au monde autour de nous, à nos propres sens.

Channel Zero va à l’encontre de tous les tropes du genre. À bien des égards, elle est l’antithèse d’American Horror Story. C’est quelque chose dont vous étiez conscient en créant la série ?

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American Horror Story verse dans le théâtral. Elle embrasse tout ce que les gens aiment dans le genre horrifique. Moi, je voulais jouer sur d’autres registres. Prendre ces tropes et les tordre. Explorer l’angoisse plutôt que la frayeur et le théâtral. Channel Zero et American Horror Story sont des séries très différentes. Je pense qu’American Horror Story est probablement plus fun à regarder pour la plupart des gens. Notre série est juste plus discrète et plus étrange.

J’ai lu dans une interview que vous aviez fait appel à des artistes pour donner vie à la maison de No-End House. Pouvez-vous me dire comment ils/elles étaient impliqué·e·s dans le projet ?

J’étais un énorme fan du travail de Sarah Sitkin et je l’ai contactée. Elle a fait beaucoup de sculptures et nous a aidés à concevoir les créatures. Notre réalisateur, Steven Piet, a eu quant à lui beaucoup de liberté créative. Sarah et lui ont brainstormé pour imaginer ce à quoi chaque pièce de la maison allait ressembler, idem pour les "flesh memories" [littéralement, les "souvenirs de chair", ndlr], et ce qu’ils contiendraient. C’est Sarah qui a eu l’idée de faire émerger ces "flesh memories" de "memory pools" [des "flaques de souvenirs", ndlr] et de créer ces drôles d’enveloppes organiques contenant des sortes d’œufs. Isaac Bauman, notre directeur de la photographie, rêve régulièrement d’orbes, ce qui a influencé la création des embryons auxquels Jules est confrontée.

Vous avez travaillé sur Hannibal. C’était une série qui avait également une vision très différente de l’horreur, artistiquement et émotionnellement parlant. Avez-vous appris des choses qui vous ont servi sur Channel Zero ?

Hannibal est une série formidable. J’ai beaucoup appris de Bryan Fuller, le showrunner, et Steve Lightfoot, sur comment diriger une salle d’écriture et collaborer avec une équipe de façon créative. Bryan est un visionnaire, et ce que je voulais qu’il m’enseigne par-dessus tout c’est comment on crée quelque chose d’aussi singulier et étrange à la télévision.

Comment trouvez-vous de nouvelles creepypastas à adapter ?

Il y en a que j’avais déjà lues et aimées. Candle Cove était d’ailleurs la première creepypasta que j’aie lue, il me semble. Et j’étais également très fan de No-End House. Pour les autres, je cherche et j’en découvre de nouvelles. J’essaye toujours de trouver un concept horrifique fort – un programme télé hanté, une maison possédée – qui est riche à explorer et que l’on peut développer davantage.

Quelles sont les creepypastas que vous voudriez adapter ensuite ?

This Man, Mr. Widemouth, et The Russian Sleep Experiment, je les trouve toutes les trois intéressantes, tout comme la série The Boothworld. Mais on ne peut les adapter que si l’on trouve l’auteur·rice ou celui/celle qui en détient les droits.

No-End House est diffusée depuis le 21 novembre chaque mardi à 22 h 30 sur Syfy. Elle sera suivie de Candle Cove, à partir du 12 décembre.

Par Delphine Rivet, publié le 22/11/2017

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