Chelsea Handler (Chelsea Does) : "Être politiquement correct n'a jamais fait avancer les choses"

Personnalité atypique de l'entertainment américain, l'humoriste Chelsea Handler vient de sortir la série documentaire Chelsea Does sur Netflix. Rencontre. 

Peu connue du grand public français mais véritable star aux États-Unis, Chelsea Handler a animé pendant sept ans un talk-show sur la chaîne E!, joué son propre rôle dans plusieurs shows, écrit des livres ou encore fait du stand-up.

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Son petit truc en plus : la belle blonde n'a pas de limite. Célibataire et hédoniste, elle se montre seins à l'air dans la pire des positions, boit comme un trou, avoue qu'elle se drogue ou raconte comment elle a obligé son agent à envoyer un jet privé pour faire voyager... son chien. Chelsea est folle, mais elle se pose aussi des questions universelles. C'est ce que montre la série documentaire Chelsea Does.

Mise en ligne le 23 janvier dernier sur Netflix et réalisée par Eddie Schmidt, elle s'attaque à quatre thèmes : le mariage, la Silicon Valley, le racisme et les drogues. Chelsea Handler revient sur cette expérience unique en son genre.

Pensez-vous que cette série documentaire va faire découvrir au public une nouvelle facette de votre personnalité ?

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Chelsea Handler | Oui, quand on travaille sur un même show pendant plusieurs années, les gens ne voient qu'une partie de vous. Je voulais vraiment faire quelque chose qui dévoile ma personnalité entière et pas juste un bout. Et je suis fascinée par ce que je ne comprends pas. J'adore enquêter, aller parler à des gens qui ne sont pas forcément célèbres, et qui ont des histoires passionnantes à partager.

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© Saeed Adyani/Netflix

Donc oui, je pense que les gens verront dans ces docus une facette différente de moi. Le sujet du mariage a été très personnel. Il a pris une tournure surprenante pour moi. Je n'avais pas prévu d'aller interviewer des ex. [...]  Il y a eu des moments embarrassants, comme aller à des dates. Mais quand j'ai regardé l'épisode, je suis presque tombée amoureuse de moi-même (rires) ! J'avais l'air mignonne et vulnérable. Je me suis vue sous un autre jour. Donc j'imagine que ce sera pareil pour le public.

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Avez-vous changé d'avis sur le mariage ? 

Oui, maintenant je pense que je me marierai. Simplement, il fallait que je traverse cette période où tout le monde te met la pression pour que tu te maries. Et je ne voulais pas dépendre de quelqu'un. Il me semblait qu'être la femme de quelqu'un, c'était se rabaisser.

"Je pense maintenant que je me marierai"

J'ai dépassé cet état d'esprit, et je suis capable désormais de séparer toute la commercialisation autour du mariage – et le fait que les gens dépensent la fortune d'une vie en un jour – de la beauté de s'engager dans une relation amoureuse. Pour moi, les deux allaient de pair, mais je me suis rendu compte qu'on pouvait se marier comme on le voulait, sans donner dans le grotesque et faire des listes de cadeaux que les gens vous achètent.

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 Mais tous les épisodes de cette série documentaire m'ont fait changer d'avis sur des tonnes de choses. 

Quelle est la rencontre qui vous a le plus remuée pendant le tournage de ces quatre documentaires ? 

Ce n'est pas dans un sens positif, mais le ségrégationniste dans l'épisode sur le racisme m'a vraiment marqué. On ne le classerait pas naturellement dans la case "suprémaciste blanc" et pourtant, il est pour la ségrégation. Il a ses convictions et il en fait la promotion.

Quand quelqu'un se montre aussi déterminé dans ce genre de croyance, et n'a aucun problème à les expliquer, c'est toujours intéressant de parler avec lui. Il était très éduqué.

On a tendance à associer le racisme aux campagnards pauvres ou qui n'ont pas eu accès à l'éducation. Et ce type était tout le contraire : intelligent et ayant fait des études. C'est une bonne chose, je pense, de montrer qu'il n'y a pas que les gens idiots qui peuvent être racistes. Le racisme s'insinue partout dans notre société. 

En tant qu'humoriste et animatrice, pensez-vous qu'il y ait des limites à la moquerie et aux questions gênantes ? 

Eh bien, par exemple, je trouverais ça assez méchant de faire des blagues sur des enfants moches, ou sur quelqu'un en train de mourir. Ca peut-être marrant de le faire une fois que la personne est morte, mais bon... Disons que les bébés laids et la mort sont mes limites.

Quant à la position d'intervieweur, je pense qu'il faut poser les questions qui dérangent pour avoir des conversations honnêtes. [...] D'ailleurs, je me suis retrouvée dans la position d'interviewée, et c'est toujours plus intéressant de parler de ses convictions et de ses opinions. Être politiquement correct n'a jamais permis de faire avancer les choses. On ne rend pas le monde meilleur en étant tous hypersensibles.    

 "Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu quelque chose d'aussi démoralisant que Making A Murderer"

Dans le documentaire sur la Silicon Valley, vous dînez avec Khloé Kardashian. Ce n'est pas dur de gérer ce genre de rencontres, avec des personnes dont vous avez pu vous moquer dans vos spectacles ? 

Non, Khloé est cool. Nous sommes amies. Les kardashian sont de gentilles filles. Elle se donnent juste un genre. Khloé est ma favorite parce qu'elle a beaucoup d'autodérision et d'humour. De manière générale, si quelqu'un le prend mal, je lui explique que je me moque d'absolument tout le monde. Donc si tu ne peux pas être relax par rapport à ça, ne traînons pas ensemble.

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© Saeed Adyani/Netflix

Avez-vous regardé la série documentaire Making A Murderer, qui est devenue un phénomène aux États-Unis ? Si oui, quel est votre sentiment ? 

Oui, je l'ai vue. Les gens se sont mis par milliers à signer des pétitions. J'aimerais que cette histoire oblige la Cour suprême à se bouger. Je suis sûre que ses membres ont vu le documentaire. Il est tellement... déprimant. Ca faisait très longtemps que je n'avais pas vu quelque chose d'aussi démoralisant. C'est tellement insupportable.

On se dit : "Mon Dieu, si une personne peut-être à ce point jugée coupable à tort, c'est que notre système judiciaire est un désastre." Je pense que les gens savent que c'est déjà une catastrophe. J'espère que cela va changer les choses.

Qu'une histoire pareille soit mise en pleine lumière à l'échelle de Netflix, où les gens peuvent voir le documentaire aux quatre coins du globe, est la meilleure chose qui puisse lui arriver. 

Avez-vous d'autres sujets en tête que vous aimeriez explorer ? 

Absolument. Ces documentaires sont un pont vers mon nouveau show qui arrivera en mai sur Netflix. Il sera diffusé trois soirs par semaine. Je voulais tester l'idée de mixer ce style de documentaire avec le format du talk-show, qui est devenu, seul, un peu redondant pour moi.  

L'idée est donc d'avoir un show plus informatif mais avec des bouts de moi dedans, comme si vous alliez sur Google pour poser une question et que vous tombiez sur une réponse en forme d'émission animée par moi. Je serai toujours là, comme une sorte de malédiction (rires).

Propos recueillis par Marion Olité.

Par Marion Olité, publié le 26/01/2016

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