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Coincoin et les Z’inhumains ou l’art d’être à côté de la plaque

Bruno Dumont embarque son P’tit Quinquin dans une saison 2 étonnante, mais anecdotique et redondante.

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Septembre 2014. Tous les médias français s’enflamment sur la sensation de la rentrée. Elle a pour nom P’tit Quinquin et son créateur n’est autre que Bruno Dumont, cinéaste récompensé par deux fois à Cannes pour L’Humanité et Flandres. Né à Bailleul, il ne cesse d’être inspiré par le Nord de la France. C’est là qu’il a donné naissance aux personnages loufoques de P’tit Quinquin : à ce préado blondinet et benêt, à ce détective au regard fou et à son adjoint qui kiffe rouler avec sa vieille caisse sur deux roues, à cette fille surréaliste qui chante "Yes I knew, that is youuuuu" lors de funérailles dans une église…

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Quatre ans plus tard donc, on retrouve cette galerie foutraque pour de nouvelles aventures, toujours plus dingues. Quinquin, désormais surnommé Coincoin (parce qu’il a grandi), va se retrouver une nouvelle fois au cœur d’une enquête bizarre, menée par ces bras cassés d’inspecteurs que sont Van der Weyden et Carpentier. Un magma extraterrestre chelou se répand dans la région. Et tout part en sucette.

Si la première saison nous plongeait "au coeur du mal", la deuxième est vécue comme une apocalypse par le duo de flics dépassés par les événements (sous-entendu le monde moderne). Si elle comprend son lot de nouvelles idées burlesques et de punchlines cons et drôles – "Quand c’est l’apocalypse, c’est l’apocalypse, Carpentier" – dont Dumont s’est fait une spécialité avec sa série, force est de constater que l’on tourne un peu en boucle, l’auteur surfant sur les mêmes recettes et thématiques que dans le premier volet. Et dans la société conscientisée dans laquelle on vit tous aujourd’hui, c’est un peu léger pour quatre ans d’attente.

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Pour ceux qui n’auraient pas capté la métaphore, captain obvious nous raconte en sous-texte que les aliens représentent les étrangers (et un peu nous-mêmes), ces derniers se baladant en périphérie des personnages principaux, se faisant insulter ou tirer dessus comme des lapins par les locaux racistes. Au programme : réflexion existentielle sur notre place dans le monde, sur nos peurs, et sur le fait que, finalement, il faut accepter l’autre, sous peine de se couper (littéralement) d’une partie de soi-même. Et si on dit oui à la différence, alors tout est bien qui finit bien.

Le ton burlesque et la liberté créative de Dumont font toujours du bien aux séries françaises, encore trop timorées sur bien des sujets, en particulier sur l’immigration, ici abordée en filigrane. Le mélange des genres – comédie, paranormal, réflexion existentialiste, réalisme social –, on n’a absolument rien contre, bien au contraire. C’est le point de vue qui manque singulièrement d’originalité.

Dumont prétend vouloir parler de "la nature humaine" dans son ensemble, mais ses deux personnages principaux, Quinquin et Van der Weyden, sont deux hommes blancs hétéros (présumés hétéros pour être précise concernant l’inspecteur). Ils appartiennent certes à deux générations différentes, mais ils sont les deux faces d’une même pièce que l’on a que trop vue dans le monde des séries et pas que, puisque cette saison convoque également le souvenir de films comme Le Gendarme et les Extra-terrestres, qui ne date pas d’hier.

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Van der Weyden et Quinquin sont tous les deux réacs à leur façon – l’un ne supporte pas les jeunes, l’autre a à peine évolué, et ne supporte pas que sa BFF soit lesbienne (Dumont nous gratifie d’ailleurs d’une scène de baiser entre les deux amis, alors qu’elle sort avec une jeune femme, totalement inutile si ce n’est pour rassurer Quinquin sur son pouvoir de séduction) –, attachants mais pas bien malins, méfiants envers les migrants… Bref, sous un packaging différent, Dumont ne dit pas grand-chose d’autre qu’une série policière classique, emmenée par un mec blanc cinquantenaire dépassé par la société dans laquelle il vit. Il serait peut-être temps de réaliser que pour décortiquer la condition humaine, le but avoué de Dumont, il faut multiplier les points de vue et ne pas se contenter de celui que l’on nous impose depuis 50 ans.

Le scénariste se fait donc plaisir avec ses personnages chouchous, là où il aurait pu étendre davantage son spectre, donner plus de profondeur aux protagonistes secondaires, notamment aux femmes et aux migrants, dont le rôle est réduit à celui de bêtes curieuses, ce qui se justifie puisqu’ils sont observés par le prisme des habitants xénophobes.

Tout de même, c’est un peu facile de s’arrêter là. Dumont ne sort pas de sa zone de confort, livre un discours simpliste sur la nature humaine, et mis à part quelques scènes qui valent le détour (d’autres en revanche sont inutilement étirées), on sort de ce visionnage un peu indifférent. S’il souhaite poursuivre sa route avec Coincoin/Quinquin et dans le monde des séries, le scénariste aurait tout intérêt à accueillir d’autres plumes dans sa salle d’écriture, pour éviter de faire du surplace.

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Coincoin et les Z’inhumains sera diffusée les 20 et 27 septembre sur Arte.

Par Marion Olité, publié le 20/09/2018

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