Dans les coulisses d'Irresponsable, la dramédie française sous influence Judd Apatow

Biiinge s'est rendu sur le tournage d'Irresponsable, la nouvelle série d'OCS centrée sur un adulescent confronté à une inattendue paternité. 

irresponsable-5

Sébastien Chassagne, le héros lunaire d'Irresponsable. (©OCS)

Ce matin du 23 novembre 2015, nous avons rendez-vous au Réservoir, bar et salle de concert du 11e arrondissement de Paris. Il est 11 heures du matin, mais une fois sur les lieux, j'ai l'impression d'avoir été télétransportée un jeudi soir après le boulot. La bière coule à flot (pour de faux), une scène n'attend plus qu'un groupe pour s'enflammer et le comptoir est bondé de jeunes (acteurs) qui tentent désespérément de commander à boire. 

Publicité

Enfant de la Femis

Publicité

L'équipe est en plein tournage du neuvième épisode d'une première saison qui en compte dix. Derrière Irresponsable se cache Frédéric Rosset. Cet ancien étudiant de la Femis (section série) sorti en juillet 2014 a vu les étoiles s'aligner pour ce qui était à la base son projet de fin d'année. Retenu par son école pour tourner un pilote, il est en parallèle approché par la société Tetramedia, tombée sous le charme de cette série centrée sur un jeune trentenaire, Julien (Sébastien Chassagne), qui retourne vivre chez sa mère dans sa banlieue parisienne natale.

Ce Tanguy lunaire va y retrouver son grand amour de jeunesse, Marie (Marie Kauffmann), qui a une nouvelle assez spectaculaire à lui annoncer : il est papa d'un ado de 14 ans ! Quelle chaîne serait intéressée par un pitch de ce genre ? Tetramédia va toquer chez OCS. Le producteur Antoine Szymalka raconte :

"On sait qu’OCS, ce n’est pas des séries mainstream comme celles de France 2, TF1 ou Canal+. On a insisté sur notre ton décalé par rapport à l’esprit un peu bien-pensant des chaînes classiques. On a un père qui donne du shit à son fils, ce qui n’arriverait pas sur France Télé."

Publicité

Boris Duchesnay, directeur des programmes d'OCS, donne son feu vert. De son côté, la Femis a fait tourner un pilote à Frédéric Rosset. Après des ajustements, notamment au niveau du casting (Sébastien Chassagne est le seul rescapé de la première version), un nouveau pilote est retourné.

Entre deux prises, le scénariste nous confie : "J’avais vraiment cet acteur en tête en écrivant la saison 1, ce qui est un luxe assez rare. Ce pilote m’a apporté plein de choses. Son succès m’a conforté sur ce qui marchait ou pas. Il m’a aidé à avancer."

irresponsable-grand

Une certaine idée de la famille en 2016. (©OCS)

Publicité

(Plus si) jeune et (toujours) con

C'est donc avec une belle indépendance mais un budget low-cost (environ 85 000 euros l'épisode) que Frédéric Rosset se lance dans l'aventure d'Irresponsable en piochant dans sa vie et celles de ses proches.

"J'avais envie de parler de Chaville, cette banlieue des Hauts-de-Seine où j’ai réellement grandi. J’approche la trentaine et je suis entouré d’amis qui habitent encore chez leurs parents là-bas. Ça aurait pu m’arriver aussi. Il y a ce mélange de trentenaires déjà mariés, et d’autres qui vivent chez leurs parents et se comportent comme des ados. Je suis un peu entre les deux. Le thème c’est donc : 'Qu’est-ce qu’être trentenaire aujourd’hui ?'"

Ce genre de question existentielle fait fureur aux États-Unis dans ce qui est devenu un genre à part entière, la dramédie. Ces tranches de vie filmées de façon réaliste et souvent portées par la vision forte d'un auteur (Girls, Casual, Looking, Louie, Transparent...) trouvent leurs racines dans le ciné indé US. En France, la dramédie reste très confidentielle. OCS en a fait sa marque de fabrique avec des séries comme In America ou QI. 

Frédéric Rosset lors de la présentation d'Irresponsables à Séries Mania en avril 2016. (©OCS)

Frédéric Rosset lors de la présentation d'Irresponsable à Séries Mania, en avril 2016. (©OCS)

L'auteur de la série confirme :

"La série a effectivement un aspect dramédie. Le pilote est très comique mais au fil de la saison, on a des moments plus dramatiques. J’aime bien mélanger les genres. J’ai besoin de moments comiques  dans des séries comme Breaking Bad ou Six Feet Under.

J’aime aussi les moments de gravité dans des comédies comme Louie, Girls ou BoJack Horseman. J’ai voulu retrouver ce style très présent dans les séries américaines actuelles."

En s'intéressant aussi à l'adolescence (l'un des héros est âgé de 15 ans et une grosse partie de l'action se déroule dans un collège, avec des ados), Frédéric Rosset a conscience d'aller sur un terrain peu ou mal exploré en France : "Assez rares sont les séries ou films français qui parlent des adolescents avec intelligence, sans condescendance et caricature. Je tombe souvent des nues quand je vois certaines fictions qui évoquent ce thème. Il y a de très bonnes exceptions, comme Les Beaux Gosses, une de mes sources d’inspiration pour Irresponsable."

Pour ce qui est de l'esprit "adulescent" et de la bromance entre Jacques (Théo Fernandez) et Julien (Sébastien Chassagne), mi-père, mi-pote, le scénariste avait en tête le style Judd Apatow (lui-même investi dans une dramédie récente, Love) mais aussi la version mini-série (six épisodes) de Dieu seul me voit (Versailles-Chantier) de Bruno Podalydès. Sans oublier la cultissime Malcolm pour les situations purement comiques. 

Irresponsable-4

(©OCS)

Sur le plateau de tournage, Frédéric est remarquablement calme et posé vu les enjeux pour lui (sa première série, premier tournage, tout ça, tout ça). C'est qu'Irresponsable a des bases solides. Le jeune homme a bénéficié des conseils de Vincent Poymiro (Ainsi soient-ils), qui était son tuteur à la Femis. Il a coécrit la moitié des épisodes avec sa sœur, Camille Rosset, faisant aussi appel ponctuellement à d'autres scénaristes. Et en tant qu'auteur, il a passé le plus grand moment de stress pour lui. 

"De fin mars à début septembre, j'avais environ trois semaines d’écriture par épisode, sachant que j’avais écrit le pilote en trois mois. Le changement de rythme a été assez fort, mais la bible et l’arc narratif ont été travaillés en amont. Au moment où OCS nous a dit oui, on savait ce qu’on allait raconter dans chaque épisode. Le rythme est violent mais il apporte aussi des choses positives inattendues."

La réalisation, qui accompagne idéalement l'écriture précise (et très drôle) de Camillle Rosset, est assurée par Stephen Cafiero, à l'œuvre sur Templeton. Présentée à Séries Mania en avril dernier, la série a reçu un accueil favorable, notamment du côté des critiques français.

Frédéric, lui, pense déjà à la deuxième saison. Même si la première possède une fin assez claire pour ne pas décevoir les fans en cas de non-reconduction par OCS, le scénariste a trois saisons en tête. Après l'écriture, la production et les premiers retours publics, il ne lui reste plus qu'un dernier test à passer, celui des audiences.

Irresponsable débute lundi 20 juin sur OCS City.

Par Marion Olité, publié le 17/06/2016

Copié

Pour vous :