Coup de cœur websérie : le mythe du mort-vivant disséqué dans Tous Zombies

Les zombies, plus que n’importe quelle autre créature du petit et du grand écran, sont les produits de leur(s) époque(s). Un phénomène que le docu-série Tous Zombies s’attache à décrypter pour Arte.

Il a beau être mainstream aujourd’hui, le zombie revient de loin. Et bien que l’on soit tous et toutes mordu·e·s de cette créature, on ne la connaît finalement pas si bien qu’on le croit. Qui est ce mort-vivant, érigé au rang d’icône de la pop culture, et qui en dit tellement long sur notre société ? D’où vient-il ? Pourquoi a-t-il toujours suscité la peur et la fascination ? Sommes-nous tous, déjà, des zombies sans le savoir ? Toutes ces questions, et plus encore, trouveront des réponses dans la websérie documentaire de Dimitri Kourtchine, pour Arte. En treize épisodes de six minutes chacun, différentes thématiques sont abordées, des plus évidentes aux plus pointues. Une plongée passionnante dans le mythe du mort-vivant, de sa naissance à Haïti, au culte populaire que lui voue la télévision avec The Walking Dead, en passant par les films de George Romero qui l’ont inscrit à jamais dans l’inconscient collectif.

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Disséquer le zombie

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Voir au-delà des entrailles et du spectaculaire, c’est la mission que s’est donnée Dimitri Kourtchine. Car avant d’être une menace (de plus en plus lointaine, mais c’est un autre débat) dans The Walking Dead, le zombie a eu plusieurs facettes et a servi d’étendard à plusieurs causes. Mais toujours, il a une dimension politique ou sociale. Même si, comme aime à le rappeler George Romero, le king du genre au cinéma hélas décédé en juillet dernier, le mort-vivant doit avant tout divertir et faire peur. Et c’est justement dans les racines du mal, aux origines de l’horreur et de sa légende, que siège le véritable symbole qu’il représente. Et selon le contexte et les époques, celui-ci peut donc varier.

Comme le montre très bien ce docu-série, le zombie a des origines qui mêlent folklore et injustices sociales. À Haïti, certains criminels récidivistes, à défaut de peine de mort, étaient condamnés à être "zombifiés". Après de fausses funérailles, définitivement coupées du reste de la communauté et de leur famille, les victimes étaient réduites à l’esclavage, droguées, traitées comme des êtres inférieurs et forcées à travailler dans les pires conditions qui soient. Pas étonnant que, depuis, on associe certaines tâches, en particulier dans le cadre professionnel, à des travaux si abrutissants que celui ou celle qui les exécute se sente comme un zombie.

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Au cinéma, ils ont mis quelques décennies à s’imposer comme un incontournable de la pop culture. On en trouve dans des films des années 1950, plutôt propres sur eux, mais c’est véritablement le long-métrage La Nuit des morts-vivants, sorti en 1968, qui les place au centre de l’attention. George Romero a changé à jamais notre perception du zombie qui, contrairement au vampire, avec le Dracula de Bram Stocker, ou à la créature de Frankenstein, avec Le Prométhée moderne de Mary Shelley, n’avait pas de Bible, pas de livre sacré qui établissait les bases de son mythe. Il y avait donc tout à inventer. C’est ce qu’a fait Romero en lui donnant sa forme canonique : un zombie en putréfaction (ils étaient représentés de façon bien plus "proprette" avant), qui avance lentement et surtout, qui se propage.

Culture zombie

Le zombie agit sur deux cordes sensibles : la peur de devenir comme eux, et qui est alors le symbole d’une angoisse existentielle, celle de devenir grabataire, sénile, contagieux, un paria, un marginal ; et la peur du zombie en lui-même et ce qu’il représente, le fléau, l’épidémie, l’invasion massive et incontrôlable. Un basculement dans l’origine de l’angoisse qui a des retentissements encore aujourd’hui dans ses nombreuses manifestations à l’écran ou dans la littérature et les comics. Et dans La Nuit des morts-vivants, bien que son légendaire réalisateur s’en défende, le fait que le héros, joué par Duane Jones, soit noir, a immédiatement donné au film une aura politique. Pour Dawn of the Dead en revanche, la critique du consumérisme est un parti pris totalement assumé.

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Et comme on le voit au tout début de Tous Zombies, les morts-vivants peuvent être utilisés à toutes les sauces. Citée en exemple de la démocratisation de ces créatures putrides, The Walking Dead a même servi d’argument, bien malgré elle, à une campagne anti-immigration pour Donald Trump. Un spot de pub, inséré dans un épisode de la série d’AMC, qui visait spécifiquement les amateurs du show. Selon une étude marketing, les téléspectateurs de The Walking Dead sont en effet plus sensibles à ces questions, et seraient plutôt contre l’ouverture des frontières. Leur amour pour une fiction qui joue sur la peur de l’invasion n’est donc pas totalement innocent. De là à prêter les mêmes intentions à la série…

Bref, vous l’aurez compris, Tous Zombies ne se contente pas de faire le portrait-robot des morts-vivants. Le docu-série fait appel à toute une panoplie d’experts – George Romero (réalisateur), Chera Kee (auteure de Not Your Average Zombie), Rafik Djoumi (critique), Julien Bétan (coauteur de Zombies !), Dominic Mitchell (créateur de la série anglaise In the Flesh), pour ne citer qu’eux – dont les interventions sont autant de clés pour percer le mystère de ces fascinantes créatures, difficiles à cerner car pas tout à fait vivantes, ni tout à fait mortes, mais qui, pourtant, nous ressemblent tant.

Les treize épisodes de la websérie documentaire Tous Zombies sont disponibles depuis le 11 septembre sur le site d’Arte.

Par Delphine Rivet, publié le 21/09/2017

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