Coup de cœur websérie : à la découverte des street dancers parisiens avec Les Promesses du sol

Visible sur Arte Creative, Les Promesses du sol est une véritable ode poétique à la street culture et aux talents nés entre les murs de la capitale.

En cette ère de Peak TV, les sériephiles amateurs de hip-hop trouvent facilement de quoi satisfaire deux passions communes. On ne compte plus le nombre de shows qui intègrent des bandes originales composées par des emcees célèbres comme Marvel’s Luke Cage, The Get Down, Atlanta ou encore Empire. En revanche, les œuvres centrées sur les talents entourant les rappeurs en studio, en concert ou même au quotidien sont plus rares. Heureusement pour eux, Arte Creative vient de mettre gratuitement à disposition une nouvelle websérie documentaire franco-française qui s’intéresse aux danseurs nés dans les rues parisiennes.

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Baptisé Les Promesses du sol, ce docu-série est né de l’amour de Raphaël Stora pour le cinéma et la danse urbaine. Lui-même breaker pendant une grande partie de sa vie, il est parti à la rencontre des jeunes talents dissimulés dans les ruelles parisiennes et quelques villes européennes comme Amsterdam. Avec son expérience et muni d’anciennes images d’archives et d’une petite caméra, Raphaël Stora a écrit et réalisé une véritable introspection de sa passion à travers une vision kaléidoscopique de la nouvelle génération hip-hop française.

Des bouts de vie mélancoliques et plein d’humilité

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©️ Arte Creative

La Villette, La Chapelle, La Défense, Châtelet… Des lieux parisiens aujourd’hui connus pour leur grande esplanade ou leurs couloirs de métro labyrinthiques. Mais au début des années 2000, les premiers danseurs hip-hop s’y retrouvaient pour rivaliser de mouvements chorégraphiés dans des battles. C’est au cours de ces événements urbains que Raphaël Stora est entré dans cet univers fraternel. La première chose qui frappe en regardant Les Promesses du sol, ce ne sont pas les moves stylés voire impressionnants des danseurs, mais bien l’humanité qui en émane.

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Ces groupes qui viennent danser le hip-hop new style, le krump ou encore le break sont avant tout des amis, des frères, des compagnons de vie. Ils partagent une passion commune qui, comme tout art, leur sert d’exutoire. Mais la danse est également un moyen de s’oublier en tant qu’individu. Comme Raphaël Stora l’évoque dans les premiers épisodes, lorsqu’il voit ses amis ou filme des inconnus en train de danser, c’est comme s’il voyait des morts s’animer. Pour lui, la danse était un moyen de dépasser les conventions sociales ou des tares de jeunesse telles que l’acné et la maigreur.

Dans les images d’archives, on a parfois l’impression d’assister à des performances de possédés. Les danseurs laissent libre cours à leur imagination et au feeling, repoussent les limites de la gravité voire de la perception du temps qui passe. Le côté cru, presque brut, que réfléchissent les images d’archives délivre une véritable leçon d’humilité et d’humanité via le récit de vie de Raphaël Stora. À travers Les Promesses du sol, on lit en filigrane des valeurs universelles comme le dépassement de soi, la famille et l’épanouissement personnel.

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©️ Arte Creative

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À plusieurs reprises, on entrevoit également dans la websérie les dangers et les peurs liés à cet art. Il est difficile d’en vivre comme en témoigne le réalisateur, et les danseurs ne sont pas à l’abri de la blessure de trop qui pourrait briser leur carrière. Si leurs mouvements racontent une histoire, celle-ci n’est pas toujours joyeuse et traite souvent de la solitude et de l’enfermement. Paradoxalement, si les danseurs se libèrent de leur condition humaine à travers leur art, ils risquent aussi de s’y retrouver piégés s’ils échouaient à se démarquer, comme ce fut le cas pour Raphaël Stora.

Si Les Promesses du sol est empreinte d’une certaine forme d’hommage à une génération disparue, elle se fait aussi la voix des danseurs d’aujourd’hui. Raphaël Stora part à la rencontre de ces passionnés qui breakent dans la rue, dans le métro, dans leur chambre ou dans les gymnases. Ils sont les hommes de l’ombre du rap, ceux qui accompagnent les emcees en toile de fond sur scène ou dans leurs clips. Même Marvin Gofin, petit protégé de Madonna, est toujours obligé de repousser ses limites et d’étaler ses performances sur le Net pour ne pas être oublié. La danse est un univers impitoyable, que ce soit dans les ruelles parisiennes lors des battles ou sur les plus grandes scènes du monde.

Au-delà de son message et de son témoignage, Raphaël Stora explique sa démarche de cinéaste, de ses envies de monter une comédie musicale à cette volonté de réalisme qui transpire des images des Promesses du sol. Il capte l’âme d’une Paris loin d’être romantique et touristique, quasi disparue et reléguée à des montagnes de cassettes enregistrées en amateur puis entassées dans le grenier. Comme le réalisateur le souligne dans la websérie, "la foule se souvient seulement du dernier à passer". Mais grâce à des performers comme lui, on espère qu’il y aura toujours un dernier courageux pour danser et passer le flambeau.

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La websérie Les Promesses du sol est disponible en intégralité sur Arte Creative.

Par Adrien Delage, publié le 14/06/2017

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